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Maide in Kébec II

04/10/2014 09:27 EDT | Actualisé 04/12/2014 05:12 EST

La bande dessinée québécoise explose littéralement ces dernières années. On ne compte plus les productions de qualité sur les tablettes de nos librairies. Le plus réjouissant, c'est que cette qualité est présente dans toutes les déclinaisons de notre 9e art. Si le présent est garant de l'avenir, les prochaines années seront tout simplement passionnantes. C'est ce que j'ai envie de croire suite à la lecture de deux de nos plus récentes productions.

Un hiver éternel

On lui avait promis un avenir radieux. Mais pour Flavie jeune étudiante de l'UQAM, c'est plutôt à un avenir irradié qu'elle a droit. Il faut dire qu'après l'explosion de la centrale nucléaire Gentilly-3 - que des politiciens aussi avisés que brillants avaient construit en plein Montréal - et la neige éternelle qui recouvre la ville, les possibilités de carrières pour une étudiante en science de la météo sont assez bouchées, d'autant plus que la météo est maintenant toujours la même. Une chance, Flavie est habile avec une motoneige, qualité indéniable pour devenir courrier. Mais hélas ce n'est pas un métier de tout repos. Surtout quand elle doit livrer quelques bagels chez des « hipsters » en plein cœur du terrifiant Mile-End, un «no man's land» inquiétant, et qu'une autre foutue tempête de neige menace la métropole.

Merveilleux récit de science fiction, Hiver Nucléaire surprend par son intrique, son dynamisme graphique, son sens de l'observation et sa maitrise du sarcasme. Plus qu'une fable post-apocalyptique Hiver nucléaire c'est aussi et surtout une étude des comportements humains en temps de chaos et qui tout compte fait ne sont pas tellement différents des nôtres.

Avec justesse et précision Cab met en scène une galerie de personnages, quelques fois affligeants, souvent décourageants mais toujours insouciants, qui maitrisent avec grand talent l'insoutenable légèreté de l'être et qui tentent tant bien que mal de s'accrocher à la vie qu'ils menaient avant la catastrophe. Avec son humour cynique - dernier rempart de l'idéalisme- et l'intelligence de ses observations du quotidien, l'auteur nous guide dans un univers fragile qui se réfugie derrière les mirages du « party » continuel, de la suffisance et du sarcasme de bon aloi.

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Seule dans ce miroir aux alouettes, Flavie traîne son authenticité, supportant son flemmard d'amoureux, arpentant avec sa fidèle motoneige les rues gorgées de neige, se réconfortant de thé et de whippets et regardant avec délice ce petit monde dans un univers qui part à la dérive.

Sans remord, sans accusation, sans prêchi-prêcha vaguement gauchisant sur les méfaits de-la-société-de-consommation-et-des-méchants-industriels-qui-mènent-la-planete-à-sa-perte, la bande dessinée au parfum de fin du monde se concentre avec succès sur la vie des survivants, avec ses rires, ses pleurs, ses bonheurs, ses tristesses et ses comportements imbéciles. Comme si rien n'avait changé entre le avant et le après.

Une belle bédé.

Robot spaghetti

Si Hiver Nucléaire s'inspire des apocalypses nucléaires à la Robert Merle, Far Out lui relève du western. Certes un western qui met en vedette des robots, mais un western quand même. Un western classique mais pas traditionnel comme pouvait l'être ceux d'Howard Hawks, de John Ford et des autres cinéastes des années 50. Non Far Out est plus proche des westerns spaghetti, mais des grands, ceux du maître, ceux de Sergio Leone.

D'ailleurs tout se prête dans cet album à un hommage au cinéaste, que ce soit le rythme lent, les couleurs chaudes et suffocantes, la musicalité qui se dégage des pages - on entend facilement les notes de Morricone - la succession intelligente des plans, la construction dramatique et même les personnages qu'auraient appréciés Jean Michel Charlier et Jean Giraud.

Un automate solitaire et amnésique se réveille sur une planète désertique. Malheureusement pour lui et heureusement pour nous il ressemble à un chef de bande qui à maille à partir avec un autre gang. Malgré lui ce Jason Bourne de métal se retrouve au coeur d'une nouvelle version de la Guerre du comté de Lincoln, mais cette fois joué par des morceaux de tôles, de fils et de vis. À partir de ce malheureux quiproquo Langevin et Carpentier tisse une intrigue qui rapidement prend des airs d'un opéra où les protagonistes se déplacent au rythme de l'implacable soleil et de la poussière d'un environnement aride qui assèche les gosiers.

Alors que plusieurs auteurs auraient adopté un rythme rapide et un montage hyper nerveux, Langevin et Carpentier optent pour la lenteur. Une lenteur qui donne le temps à l'histoire de se développer et à l'atmosphère de s'installer au son de la « slide guitar » plaintive de Ry Cooder, le Ry Cooder de Paris Texas. Une lenteur qui sied merveilleusement au son, à l'odeur et au rythme du désert.

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Et si les auteurs ne répondent pas à nos questions sur la provenance du robot et les causes du conflit, ils nous charment et nous hypnotisent de la première à la dernière page, comme le faisait si bien ce cher Sergio.

Une grande réussite.

Une belle initiative de IciQuébec, chaque jeudi l'antenne québécoise de la société d'état met sur son site facebook une courte bande dessinée de l'excellent Philippe Girard. À travers le quotidien et les réflexions de Rita et de son chien Riton, Girard avec sa verve et son talent habituel commente autrement l'actualité. C'est un rendez-vous tout les jeudis sur facebook.com/iciquebec.

Cab, Hiver Nucléaire, Frond Froid

Langevin, Carpentier, Far Out, Studio Lounak

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