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L'Esprit du Camp: l'aventure estivale

Le remède parfait en attendant la saison deux de Stranger Things...

22/07/2017 08:00 EDT | Actualisé 22/07/2017 08:00 EDT

Vous n'en pouvez plus de vous repasser en boucle la première saison deStranger Things - en attendant avec impatience la diffusion de la seconde saison des aventures des ados de la petite ville d'Hawkins. Eh bien, voici le remède parfait pour combler cette insupportable attente et vous empêcher de revoir pour une Xe fois Stand By Me, The Goonies ou encore Super 8 : l'Esprit du Camp, une excellente bande dessinée signée Michel Falardeau, qui devrait réjouir tous les amateurs d'aventures mystérieuses et initiatiques vécues par des ados.

Studio Lounak

Il faut le reconnaître, la nouvelle création de Falardeau est non seulement excellente, mais elle est en aussi sa plus aboutie. Pour la première fois, on sent que le bédéiste peut enfin se rendre au bout des idées mises en place dans ses albums précédents. « Je ne le voyais pas en la faisant, mais en terminant la bédé je me suis aperçu que je me rendais au bout des thématiques que j'avais abordées dans mes autres albums et que je n'avais pu mener à bon port à la suite de certaines décisions de mes éditeurs qui m'octroyaient moins d'albums ou de pages que le nombre prévu à l'origine. Par exemple, on retrouve dans ce nouvel album des thèmes abordés dans le Domaine Grisloire : le coup de foudre en amitié, la fille mystérieuse, le tandem petite brune, grande blonde, les jeunes adultes qui vivent encore comme des adolescents » et nous pourrions aussi y ajouter le parcours initiatique d'ados qu'on retrouvait dans French Kiss. « J'ai l'impression qu'inconsciemment je devais me rendre au bout de ces sujets pour me permettre dans une prochaine série soit d'aborder de nouvelles pistes, soit de continuer à les développer. Mais c'est amusant que vous parliez de French Kiss parce qu'à l'époque j'avais eu beaucoup de plaisir à la faire, l'histoire sortait toute seule. C'est l'esprit que je voulais retrouver quand j'ai commencé à imaginer l'intrigue de cette nouvelle bédé. »

Glénat Québec

Si l'album est plus achevé, c'est aussi parce qu'il maitrise maintenant parfaitement la recette qu'il expérimente depuis plusieurs années. Comme un Nicolas Flamel du 9e art, Falardeau métisse savamment son irrésistible humour, le subtil art du rebondissement qui sait garder le lecteur constamment sur le bord de sa chaise et la quête initiatique dont il est passé maître à un séduisant climat fantastique qui baigne sa forêt. « J'avais envie de travailler de nouveau sur le coup de foudre amical et sur la quête initiatique, mais je ne voulais pas réécrire French Kiss. Alors j'ai décidé d'inclure un élément qui pourrait être fantastique » rajoute le natif du Témiscouata qui insiste sur le « pourrait être. »

Si l'album commence comme une traditionnelle comédie d'ados, truffée de personnages truculents, comme cet incroyable directeur, version sataniste de Ned Flanders, sur la vie dans un camp de vacances perdu dans le fond des bois, il se transforme peu à peu en quelque chose qui s'annonce beaucoup plus « dark. »

Si l'album commence comme une traditionnelle comédie d'ados, truffée de personnages truculents, comme cet incroyable directeur, version sataniste de Ned Flanders, sur la vie dans un camp de vacances perdu dans le fond des bois, il se transforme peu à peu en quelque chose qui s'annonce beaucoup plus « dark. » Conteur exceptionnel Falardeau tisse imperceptiblement un climat d'angoisse qui teinte les pages de son récit, le transformant en ces contes drôles et inquiétants, au parfum de la série Are you afraid of the dark (Fais-moi peur en français) qui a fait les délices des préados des années 90, racontés les soirs d'été devant le feu de camp, dans le silence oppressant d'une nature qui dort et sous l'éclairage diffus du ciel étoilé. « Je ne connais pas cette série, mais effectivement c'est le climat que je voulais instituer. D'ailleurs, le prochain album devrait être plus stressant encore, mais il va quand même y avoir de l'humour. Il va peut-être même se terminer avec de l'humour, mais je ne le sais pas encore puisque je suis toujours dans ma cuisine à préparer le bon dosage pour le deuxième tome », renchérit-il avec une lueur de malice presque diabolique dans l'œil.

Glénat Québec

« Ça risque d'être plus « dark », mais ça ne sera pas que ça. Il ne faut pas oublier que je traite avant tout d'une histoire d'amitié. Le côté angoissant n'est qu'une de ses facettes » précise le bédéiste qui n'a surtout pas envie que son Esprit du camp se termine en récit gore où les participants se font assassiner les uns après les autres comme le font les films de ce genre depuis le Halloween de Carpenter. « Surtout pas » se défend-il en soulignant au passage l'excellent travail de sa coloriste la très talentueuse Cabfolio qui a su insuffler dans ses couleurs l'atmosphère nécessaire pour faire prendre sa concoction.

« Je n'avais pas le choix de prendre une coloriste, je suis très lent, si je n'avais pas eu Cab je serais encore en train de colorier le début de l'album », explique-t-il dans un éclat de rire. « Blague à part, j'aimais beaucoup ce que Cab faisait, j'avais adoré son Hiver nucléaire. Dès ses premiers essais sur l'Esprit, j'ai vu qu'elle composait exactement les bonnes ambiances. J'espère que ce sera le début d'une longue et riche collaboration » conclut le dessinateur dont on peut supposer, à la lumière de leur complicité, qu'il a vécu avec la coloriste un coup de foudre créatif.

Front Froid

Mais coup de foudre ou non, la présence de Cab lui permet maintenant d'envisager une parution plus rapide pour le deuxième tome, une bonne nouvelle pour nous puisque nous n'aurons pas à soupirer pendant plusieurs années avant de lire la suite.

En attendant de lire le deuxième tome, on pourra toujours dès le 27 octobre prochain, écouter la deuxième saison de Stranger Things pour tromper notre attente... ou Stand by Me... ou The Goonies... ou Super8.

L'Esprit du Camp de Michel Falardeau est édité au Studio Lounak.

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