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Les gepetto de l'ombre

13/09/2014 08:28 EDT | Actualisé 13/11/2014 05:12 EST

Ils ne font rien, ils se situent/ Ils sont consultants ambigus/ des hydres multinationales/ Pas de nom, que des initiales/ Pas de nom et pas de photo/ Ils prennent, ils se gavent, ils se tuent/ La réussite dans les crocs/ Ils sont là à tous les niveaux/ C´est le règne des troisièmes couteaux.

(Bernard Lavilliers, troisièmes couteaux.)

Les troisièmes couteaux connus

Le groupe Bilderberg, la Trilatérale, les Skull and Bones, les Francs-Macons, les Illuminati, nous connaissons tous ces organisations occultes accusées de contrôler le monde. À ces sombres associations il faut maintenant ajouter Kontest, une société privée qui organise depuis 132 ans une compétition internationale pour déterminer la meilleure force d'intervention nationale.

Le jeu est simple, chaque pays participant doit mettre en jeu un secret d'état. Par la suite une chasse s'organise pour les récupérer. Pour la phase finale huit finalistes s'affrontent dans un combat sans règles dans une ville inconsciente de ce qui se trame.

Malheureusement il y a toujours un os et ici il prend la forme d'un enquêteur de la police hongkongaise qui veut comprendre pourquoi des gangs étrangers et armés jusqu'aux dents s'amusent à rejouer la fusillade d'OK Corral dans les rues de sa mégapole.

Il fallait le grand talent de Jean-David Morvan pour imaginer cette histoire, à la fois touffu et limpide, qui carbure à l'action et dont les 39 premières pages ne sont qu'une longue suite de rebondissements, sans explication mais pleine d'interrogations. A mi-chemin entre l'ouverture de Casino Royale - rappelez- vous la fabuleuse poursuite brésilienne- la série Bourne et l'incompréhension déstabilisante de The Game, ce film de David Fincher avec Michael Douglas, Spygames sent la testostérone et la violence exacerbée de case en case.

Une fois assommé par ses 39 pages haletantes, le lecteur découvre les explications nécessaires à la compréhension de l'intrigue. Un procédé audacieux de la part de Morvan certes, mais il faut reconnaitre qu'il sait raconter son histoire, qu'il maitrise à merveille la science du rebondissement et qu'il sait nous tenir en haleine.

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Appuyé par le dessin dynamique et hyper nerveux de Kim Jung Gi, qui manie sa plume comme s'il l'avait trempé dans un sextuple expresso bien tassé, Spygames est une surprise, une bédé essoufflante qui laisse cette impression de tension et d'épuisement qu'on retrouve dans les moments les plus efficaces des Mission impossible de J.J. Abrams.

Un thriller efficace, rondement mené, sans temps mort. On a déjà hâte à la suite.

Les troisièmes couteaux anonymes

France, dans un futur très rapproché, un virus « zombifiant » frappe l'Hexagone et le reste de l'Europe. Le salut se trouve peut-être en Suisse où la fin du monde peine à traverser la barrière alpine ? C'est du moins ce que croient Charles et Bernardi deux membres de la garde rapprochée du président Hollande.

Fortement influencé - même un peu trop - par les Walking Dead de Robert Kirkman, Tony Moore et Charlie Adlard, le premier tome du Zombies néchronologies est réjouissant. Il y a effectivement quelque chose d'extrêmement amusant dans cette histoire de zombies, outils de groupes occultes pour le contrôle de la planète (le virus serait, selon la rumeur, sortie des laboratoires secrets de l'armée américaine.)

Bien sûr il n'y a rien de nouveau sous le soleil, on retrouve dans l'histoire de Peru des clins d'œil à 28 jours plus tard et de 28 semaines plus tard , dont la scène d'ouverture qui se déroule à Paris la où se terminait le second film. Mais malgré ce parfum de déjà vu, la lecture reste agréable, grâce aux dessins de Petrimaux tout en dynamisme et en rythme , grâce à l'utilisation très judicieuse des rebondissements, des moments de tension et de détente, grâce à des héros - un gros raté, lâche et peureux et un ex-garde du corps présidentiel taciturne et un brin psychopathe - à des années lumières de Brad Pitt, grâce à des personnages secondaires attachants dont une vieille anarchiste handicapée mais surtout grâce à l'humour cynique drôlement efficace du scénariste qui transforme par exemple un François Hollande, suffisant, incompétent et couard en un zombie ridicule de médiocrité et de petitesse.

Peru capte notre attention du début à la fin. Et même si on prédit les péripéties des protagonistes, on garde un souvenir agréable de cette petite virée dans le monde des zombies et des complots.

Maintenant a savoir qui est le créateur fameux virus, je laisse aux conspirationistes le plaisir d'y répondre... en attendant la suite

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Une petite mais fabuleuse activité à mettre à votre agenda bd. Dans le cadre des célébrations du 35e anniversaire du FIJM, la Maison du Festival Rio Tinto Alcan présente BD en musique, une sympathique mais trop courte exposition bédé consacrée à la musique. Jimmy Beaulieu, Fred Jourdain, Philippe Girard, Boum, Djief, Julien Paré-Sorel, Gautier Langelier, Jeik Dion et plusieurs autres nous présentent le fruit de leurs réflexions dessinées. Véritable plaisir pour les oreilles et pour les yeux, l'exposition est un merveilleux blues langoureux au rythme des illustrations de nos talentueux bédéistes « maide in Québec », Une mention toute spéciale à Gautier Langevin et à Jeik Dion qui concocte l'oeuvre coup de coeur,, une fabuleuse rencontre entre Joseph Kosma, Jacques Prevert et le Frank Miller de Sin City. Une expo à voir à tout prix et qui justement est gratuite!

- Jean David Morvan, Kim Jung Gi, Spygames tome 1 dissidents, Glénat.

- Peru, Petrimaux, Zombies néchronologies tome 1 Les misérables, Soleil

- Exposition BD en musique à la Galerie Lounge TD de la Maison du Festival Rio Tinto Alcan (305 Sainte-Catherine Ouest, 2e étage) jusqu'au 23 novembre www.galerieloungetd.montrealjazzfest.com

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