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Les dieux sont tombés sur nos têtes

16/08/2014 09:21 EDT | Actualisé 16/10/2014 05:12 EDT

Rien n'est plus imprévisible qu'un dieu. Les dieux se moquent aisément des humains, s'amusent avec eux, exigent amour inconditionnel et soumission et ne donnent pas grand-chose en échange. Les dieux ont des plans pour les hommes, souvent improvisés, menés par la passion, le désir, le pouvoir, la vengeance, la possession ou l'amour. Qu'ils soient grecs, celtes ou chrétiens, les dieux sont incompréhensibles, brouillons et égocentriques: parlez-en à la Pythie ou à Uther Pendragon.

La vengeance des dieux

Depuis la nuit des temps, la Pythie est la femme la plus puissante de Grèce, grâce à un don que même les dieux ne possèdent pas. Celle que ses compatriotes considèrent comme la messagère des dieux connaît le côté sombre de l'avenir, les batailles qui défont les puissants, les sécheresses qui affament les paysans, les tempêtes qui emportent les navires... Malheureusement, elle n'est pas à l'abri de la convoitise humaine ou divine, d'autant plus que la vierge consacrée à Apollon est une des femmes les plus sensuelles du monde hellénique. Quand un dieu décidera de la posséder, la Pythie devra manipuler le destin des hommes pour assouvir sa vengeance.

Ce premier tome de Oracle, la toute nouvelle série de Peru et de Martino, explore l'univers de cette grande devineresse, craint autant par les hommes que par les dieux, qui s'enfonce implacablement dans une vengeance insatiable. Avec adresse, le scénariste nous guide sur les sentiers d'une obsession aveugle, démesurée alimentée par l'énorme pouvoir corrupteur d'une manipulatrice de génie.

Tout au long de ces 51 pages, Peru nous présente avec un plaisir communicatif sa vision de la célèbre voyante, maîtrisant les rebondissements et les clins d'œil et métissant adroitement la légende à la réalité.

Mais tout le talent du scénariste Oracle ne serait rien sans le dessin de Martino, puissant, spectaculaire, tout en furie et en muscle, fortement influencé par l'adaptation cinématographique du 300 de Miller, qui traduit à merveille les mots de Peru. L'utilisation de teintes brunes, noires et blanches vaguement vaporeuses et qui rappelle les daguerréotypes du XIXe siècle accentue cette atmosphère légèrement imprécise comme si l'histoire était altérée par les brumes du souvenir et les volutes du temps qui passe.

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Un bon péplum qui ne fracasse pas les règles du genre, mais qui nous fait passer un bon moment et qui remet au goût du jour une légende un peu oubliée.

L'adieu aux dieux

Si les dieux grecs se servent des humains pour briser la monotonie des journées éternelles de l'Olympe ce n'est pas le cas des dieux celtes qui eux doivent lutter contre l'arrivée d'une nouvelle religion, d'un nouveau dieu et de son héraut, le Christ.

Merlin le prophète raconte cette ultime résistance, ce dernier baroud d'honneur des anciens dieux. Cette série qui se situe avant les légendes arthuriennes, raconte la jeunesse de Merlin, ses efforts pour concrétiser la prophétie qui annonce la venue d'un roi qui unira tous les Bretons, constamment en guerre fratricide stérile et sous la menace des visées expansionnistes des Saxons. Mais au-delà de cette quête d'un roi rassembleur, c'est vraiment cette lutte à mort entre deux religions pour l'amour des hommes qui est au cœur de cette série.

Dans ce 4e tome, Istin continue avec intelligence son exploration d'un monde pré-arthurien à la fois proche et loin. Uther Pendragon, en rébellion ouverte contre le roi de la Bretagne, continue son combat contre l'usurpateur Vortigen. Privé de Merlin son conseiller - emprisonné dans les prisons royales - manipulé par son désir charnel pour la femme de son allié Gorlois duc des Cornouailles, Uther héritier légitime du trône breton s'enfonce inexorablement vers son implacable et tragique destin. Le reste de l'histoire a été racontée mille fois et les dernières cases de ce 4e tome nous font entrer de plain-pied dans la légende arthurienne que l'on connaît.

Pourtant si l'histoire est connue et prévisible, Istin emprunte de nouveaux sentiers pour la raconter. Le résultat est à la fois réconfortant et surprenant puisque le scénariste sait disséminer sur cette route connue des chemins inquiétants peuplés d'ombres aussi menaçantes que séduisantes. Istin nourrit la légende, lui donne une nouvelle dimension, comble les vides et la réinvente tout en respectant ses règles.

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Le résultat, comme le reste de l'œuvre arthurienne d'Istin d'ailleurs, est une relecture captivante de cette légende fondamentale et fondatrice de l'imaginaire collectif occidental. Une série de grand cru, pour les aficionados, les amateurs et les néophytes.

Oups une petite erreur s'est glissée la semaine dernière, Sherlock Holmes et les voyageurs du temps est publié chez Soleil et non chez Delcourt. Désolé, j'ai été victime de ce génie du mal qu'est le professeur James Moriarty.

Peru, Martino, Oracle tome 1 La Pythie, Soleil

Istin, Yukio, Jacquemoire, Merlin le prophète, tome 4, l'âme du monde, Soleil.

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