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«Les Autres»: portrait de l'adolescent en être normal

07/10/2016 10:46 EDT | Actualisé 12/11/2016 09:25 EST

Ah l'adolescence! Véritable période de bonheurs pour certains et de malheurs pour d'autres, l'adolescence est sans aucun doute la période préférée des nostalgiques. Sûrement parce qu'elle est un moment charnière où la personnalité se construit et le corps se transforme, un instant où on s'engage à tombeau ouvert dans la vie et un terrain idéal pour raconter des histoires drôles et émouvantes enveloppées dans les réconfortantes brumes déformantes de la nostalgie.

Des ados bien ordinaires

Entre À l'ouest de Pluton et Ramdam, Skin et Glee, Degrassi et Watatatow, les Nombrils et Archie, il y a toute une kyrielle d'adolescents aux caractères différents les uns des autres. Entre les rebelles, les populaires, les sportifs et les nerds, il y a les autres, ceux qui ressemblent à Monsieur et Madame Tout-le-Monde, ceux qui voient rarement leur vie racontée dans les productions consacrées à l'adolescence.

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Et ça tombe bien parce que Les Autres, la toute récente bédé d'Iris, se consacre à ces adolescents normaux, d'une hilarante banalité. Qui a dit que la vie ordinaire ne pouvait pas être drôle?

Surtout pas Iris qui manie l'humour de main de maître, son Hostie de chat, en collaboration avec Ziviane, demeure une des bédés les plus désopilantes des dernières années. Et si la recette a été payante pour sa trilogie du chat, elle l'est aussi pour les Autres où on retrouve le même humour, légèrement adouci toutefois, le même sens aigu de l'observation et la même tendresse qui avaient fait de son Hostie de chat un incontournable de l'humour «maide in génération Y.»

Sous forme de gags en deux pages, pré-publiés dans Curium, Iris raconte les tribulations quotidiennes d'une petite bande d'ados apprivoisant tranquillement l'adolescence. Le résultat est un portrait amusant et sympathique de cette période, qui me rappelle la mienne où je n'étais ni nerd, ni rebelle, ni populaire et surtout pas sportif.

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Avec son œil aiguisé, Iris scrute les comportements des adolescents et en tire des petites anecdotes pleines d'humour et de tendresse qui nous font toujours sourire quand ce n'est pas rire aux éclats.

Tout comme Glorieux Printemps de Sophie Bédard et les Nombrils de Delaf et Dubuc, Iris nous propose une autre image réjouissante de l'adolescence, rigolote, plein de rires, de quiproquos, de petits bonheurs et de grands malheurs - tout est toujours plus gros chez les ados - loin de celle de ces productions culturelles bourrées d'adolescents en mal de vivre, victimes des drogues, de la prostitution, des gangs de rues et de l'intimidation.

Un vent rafraichissant dans un univers trop souvent associé au côté sombre de la vie.

Le petit Nicolas féminin

Si l'adolescence est un terreau fertile pour les créateurs, l'enfance l'est tout autant, une période merveilleuse où un créateur talentueux peut, par l'intermédiaire de ses personnages, poser sous le sceau de la naïveté les questions les plus percutantes sans avoir à subir les foudres de la rectitude politique et de la bienséance. Et par le plus grand des hasards Riad Sattouf, oui toujours lui, maîtrise parfaitement ces deux périodes, comme il excelle aussi avec celle des jeunes adultes, rappelons-nous son fabuleux Jérémie, espèce de Grand Duduche du nouveau millénaire. Décidément ce Sattouf a tout pour lui, le veinard.

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Si dans l'Arabe du futur, le bédéiste avait abordé sa propre enfance, dans cette nouvelle production, Les cahiers d'Esther, Histoires de mes 10 ans, il observe le quotidien d'Esther, une jeune demoiselle de 10 ans qui vit avec son frère, un ado un peu débile, son père et sa mère.

Inspiré par la vie d'une véritable fillette qu'il compte suivre jusqu'à ses 18 ans, Sattouf propose des petites anecdotes sous forme d'un journal personnel où la jeune Esther nous raconte sa vie, nous parle de son école, de ses amies, de ses étranges créatures que sont les garçons, de sa famille, de ses idoles et de Raiponce, tout en se posant des questions. Et des questions elle en a des tonnes: sur l'importance d'être blonde et souple, sur les critères de beauté, sur la richesse et la pauvreté, sur le racisme, la discrimination et l'homosexualité, sur les attentats de Charlie Hebdo, sur Dieu, les religions et le père Nöel, sur la grosseur des seins et surtout sur le refus de ses parents de lui acheter un I-Phone 5 alors qu'eux et son frère, l'ado débile qui émet des grognements animaliers, en ont un chacun.

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Qualifié de Petit Nicolas féminin par plusieurs observateurs de la presse bédé, en référence à la célèbre création de Goscinny et de Sempé, les cahiers d'Esther sont des petites bulles de bonheur et d'humour faussement naïf dans un monde en plein désenchantement. Seul le talent de Sattouf pouvait traduire avec autant de justesse, de nuances et d'émotions les pensées de cette jeune demoiselle qui jamais ne perd son enthousiasme, son dynamisme sa foi en l'avenir et sa lucidité sur l'égoïsme, la cruauté et la dureté du monde qui l'entoure.

60 ans séparent peut-être Esther du Petit Nicolas. Mais jamais leurs présences n'ont semblé aussi essentielles dans un monde en quête de poésie et de folie.

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Triste nouvelle, Ray Banana n'est plus. Finies les pérégrinations de cet élégant aventurier philosophe. Son papa Ted Benoit a rendu l'âme nous laissant seuls sans ses implacables réflexions sur le sens de la vie et sur la guerre contre les robots. Au moins il nous reste les superbes bédés du maître au magnifique trait «fifty» et à l'humour décalé. Merci pour tout Ted Benoit et ne vous inquiétez pas, nous surveillerons les signes annonciateurs confirmant cette fameuse guerre à venir.

Iris, Les Autres, tome 1, Bayard Canada;

Riad Sattouf, Les carnets d'Esther, Histoires de mes 10 ans, Allary Éditions.

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Dessins au stylo de l'artiste Samuel Silva

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