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Il était une fois... un fait divers transformé en histoire

18/01/2014 09:03 EST | Actualisé 20/03/2014 05:12 EDT

Toutes les histoires ont une origine et quelques fois ces origines sont plus intéressantes que les histoires elles-mêmes. Mais intéressante ou non, le processus de la transformation d'un fait divers en scénario, en pièce de théâtre, en roman, en nouvelle ou en conte, lui, est fascinant et mérite d'être raconté. Toutes les histoires ont une origine, même les plus terrifiantes, même les plus féeriques. Il était une fois...

... Le Neonomicon

Merryl Brears et Gordon Lamper sont deux agents du FBI qui se voient confier une enquête tordue sur des meurtres rituels. Sans le savoir, les deux agents viennent de mettre la main dans un engrenage qui les conduira vers un monde terrifiant, peuplé de dealers mystiques, de fétichistes sectaires et de dieux endormis, depuis longtemps oubliés des hommes.

style="float: Hommage du grand Alan Moore (Watchmen, From Hell, etc.) au non moins immense H.P. Lovecraft, Neonomicon est aussi une fantastique relecture de l'œuvre du maître. À partir de la mythologie « lovecraftienne » Moore nous amène avant la naissance de Cthuluh et des autres anciens dieux, comme si Lovecraft avait écrit sur le futur de l'humanité et non pas sur son passé.

C'est cette hypothèse audacieuse que propose le père de V pour Vendetta dans ce polar glauque à la démesure de son inquiétante imagination. Tout au long des pages Moore met en place les éléments nécessaires à un thriller terrifiant, mêlant adroitement, à l'instar de l'auteur de Dagon, la réalité et la fiction. Parsemée de lieux, de concepts et de créatures sombres issus du patrimoine de l'écrivain, Moore concocte une intrigue étouffante qui se déroule dans un New-York oppressant (le quartier Red Hook où jadis Lovecraft avait habité) et dans une Nouvelle-Angleterre aux parfums de mystère, de satanisme, de sorcières et de rigorisme religieux.

On savait Moore intelligent, on le savait grand connaisseur du père de La couleur tombé du ciel mais on ignorait qu'il était aussi habile à intégrer des éléments d'informations essentielles sur l'écrivain, sa psychologie -gamin sa mère l'obligeait à se déguiser en fillette-, ses influences -Edgar Allan Poe et Robert W. Chambers-et son héritage littéraire -perceptible selon les dires de Moore dans les écrits de Borges, de Burroughs et de Deleuze-, sans sacrifier le rythme, l'action et les rebondissements. Dès lors Neonomicon passe d'un polar bien torché, admirablement mis en image par Jacen Burrows, à une analyse intelligente et subtile des écrits de Lovecraft. Sans aucun doute la meilleure adaptation de l'univers de l'écrivain de Providence que j'ai lue. Les anciens dieux en auraient été fiers s'ils ne dormaient pas encore...

« N'est pas mort ce qui à jamais dort. Et dans les ères peut mourir même la mort »

... Blanche Neige

Les relectures des frères Grimm ont la cote ces dernières années, que l'on pense à la série télé Grimm ou encore aux long métrages Blanche Neige et le chasseur, Miroir, Miroir, Raiponce ou encore Les frères Grimm. Il était donc normal que la bande dessinée saute elle aussi dans le train et s'intéresse aux deux conteurs.

style="float: Par le plus grand des hasards, la vie fait bien les choses, Jacob et Wilhelm Grimm trouvent un livre racontant l'histoire d'Otilie, une charmante demoiselle victime des manigances de sa belle-mère. Cette dernière, une psychopathe arriviste, veut s'accaparer la richesse du père d'Otilie, qu'elle vient d'assassiner. En danger de mort la jeune femme, héritière légale de son père, joint une confrérie de saltimbanques errants (composé d'un géant, d'un nain, de quelques enfants et d'un ours) dont la belle-mère, une écuyère connue sous le nom de Lorelei, fut jadis membre. L'histoire marque tellement les deux frères qu'ils décident de l'adapter en conte. Une histoire que la postérité retiendra comme Blanche Neige et les sept nains.

La proposition de Bonifay est alléchante; découvrir ce qui a enflammé l'imagination des frères Grimm et les modifications qu'ils ont dû faire pour plaire aux lecteurs et donner une fin plus heureuse -la véritable conclusion est assez dramatique merci- à l'histoire de Blanche Neige. Malheureusement le résultat n'est pas à la hauteur des attentes. Pourtant il y a des moments lumineux, de grandes inspirations de la part du scénariste. Avec habilité il tisse une histoire qui capte notre attention et qui réussit à nous surprendre en proposant des pistes qui brisent notre confort et nos certitudes de lecteur. Alors que l'on se réfère constamment à la Blanche Neige du conte, de Disney ou de nos souvenirs embrumés, Bonifay brouille les pistes en évoquant l'histoire d'Otilie, qui a connu une autre vie et un autre destin, qui fut l'inspiration de Blanche Neige, mais qui ne fut pas que ça.

Mais si Bonifay sait nous garder sur le pied d'alerte, sa narration comporte une part de confusion. En mettant en parallèle dans les premières pages la vie quotidienne d'Otilie et celle de Lorelei, le scénariste peine à mettre en place le rythme. Il faut attendre leur rencontre pour que la recette prenne enfin et que disparaissent les hésitations scénaristiques. Mais c'est peut-être aussi la faute du dessin de Meddour qui bien que superbe n'est pas toujours efficace et embrouille à l'occasion le scénario.

Blanche Neige manque de fini. J'ai l'impression que les créateurs n'ont pas eu le temps ou le recul nécessaire pour présenter une œuvre mieux construite. Même si elle vaut la peine d'être lue, elle reste en deçà des attentes qu'elle avait suscitées.

Alan Moore/Jacen Burrows, Neonomicon, Urban Indies

Bonifay/Neddour, Blanche Neige, Glénat

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