LES BLOGUES

Corto Maltese: la traversée du «miroir du prêtre Jean»

Cette année le 10e mois est celui de la résurrection, celle de 3 héros que la rumeur laissait pour moribonds, disparus ou pire encore morts.

11/11/2017 08:00 EST

Octobre c'est souvent tristounet, surtout quand il amorce son dernier tour de piste, un soleil froid, de la pluie et des feuilles qui tombent les unes après les autres. Octobre ce n'est pas tout à fait le mois de morts, mais presque. Mais curieusement cette année le 10e mois est celui de la résurrection, celle de 3 héros que la rumeur laissait pour moribonds, disparus ou pire encore morts. La fête de Pâques et sa renaissance aurait-elle déménagé en automne? Avec les changements climatiques, tout est possible.

Le dernier baroud

Ça fait longtemps que n'avions pas parlé de Corto Maltese, le plus célèbre des gentilshommes de fortune, ces baroudeurs philosophes romantiques, ironiques, laconiques, prêts à parcourir les endroits les plus reculés et les plus dangereux de la planète à la recherche d'un trésor, d'une révélation, d'une personnalité légendaire ou d'une cause perdue, pour le sourire d'une femme ou l'honneur d'une veuve, d'un orphelin ou d'une bourgade faible et isolée. Presque deux ans que le fils de la Niña de Gibraltar et d'un Britannique des Cornouailles n'avait pas visité les cases de la bande dessinée.

Mais pour le marin, les vacances sont terminées et il est enfin prêt à bourlinguer de nouveau partout où l'appel irrésistible de l'aventure et d'une jolie femme se fait entendre. Ici, c'est Venise et l'impénétrable et angoissante jungle de l'Afrique équatoriale où Allemands, Anglais et tribus locales s'affrontent.

Casterman

Mais comme à son habitude la vie n'est pas simple pour celui qui s'est taillé une ligne de chance sur la main et rapidement le Maltais se retrouve entre les pattes du lieutenant Richard Meinertzhagen, un officier psychopathe et raciste des King's African Rifles, qui ne rêve que d'imposer manu militari la pax britannica à tous ces territoires indigènes.

Tout respire Hugo Pratt dans ce réjouissant Équatoria jusqu'à la couleur qui me rappelle le Corto des Pif Gadget.

Alors que la reprise de Corto Maltese pouvait laisser craindre le pire, on doit bien se rendre à l'évidence après deux albums que Canales et Pellejero ont parfaitement compris la personnalité du marin de Malte. Les deux bédéistes se glissent avec tellement d'aisance dans le séduisant univers d'Hugo Pratt, qu'on en vient presque à oublier le maître, comme si Corto avait toujours navigué à travers les eaux des deux Espagnols. Même ambiance ésotérique, mêmes dialogues ironiques et laconiques, même folie dans les yeux des personnages, même contre-emploi de personnages historiques, ici Winston Churchill et Henry de Monfreid, qui s'amusent à se jouer de Corto et du destin. Tout respire Hugo Pratt dans ce réjouissant Équatoria jusqu'à la couleur qui me rappelle le Corto des Pif Gadget.

Casterman

Le fantôme du bédéiste riminesi peut s'endormir en paix, ses créations sont entre bonnes mains et ses héritiers relèvent avec brio le défi de la grande aventure romantique, celle d'avant les dernières décennies du siècle précédent alors que le vaste monde était plein de territoires inconnus et qu'elle nous attendait au détour de chaque rue, bien avant que les chaînes d'information en continu, l'Internet et la réalité «bulldoze » notre imagination et nos rêves d'une ultime frontière.

Une belle bouffée de vent frais au parfum d'une autre époque.

C'est pô possible

Deux ans sans Corto c'est long, tout comme 10 ans sans Titeuf. Même s'il n'était mort et que son absence n'avait pas été si longue ( 2 ans), il y avait quand même plus d'une décennie que je n'avais pas fréquenté l'incroyable humour potache « zeppien ». Bien sûr, j'avais lu ses bédés ados, les filles électriques, ou adultes, What a wonderful World où le magnifique Un bruit étrange et beau, mais ne me demandez pas pourquoi je ne m'intéressais plus à son célèbre gamin.

Glénat

Pourtant à la lecture du 15e tome du bédéiste qui sera parmi nous au prochain Salon du livre, je me demande comment j'ai pu me passer aussi longtemps de son humour totalement débridé. Dès les premières pages, j'ai retrouvé le même plaisir que j'avais jadis que je parcourais les pages de ses premiers albums. Et même si on retrouve dans certains gags les échos de ses productions antérieures, il reste que Titeuf n'a pas pris une ride et qu'il demeure toujours aussi décapant. Avec un rythme effréné, Zep explore toutes les facettes d'un monde qui n'en finit plus de nous surprendre et qu'il maitrise avec succès.

Manifestement, Zep est en parfait contrôle de son univers et sa machine est très bien huilée.

Nous ne parlerons pas ici du nouvel Astérix, que j'ai apprécié que timidement, même si le dessin de Conrad est toujours aussi fabuleux, mais plutôt du seul épisode bédé du Petit Nicolas, création mythique de Goscinny et de Sempé

Imav éditions

Réalisés entre septembre 1955 et mai 1956, soit trois ans avant la mouture romanesque du Petit Nicolas qui va marquer l'imaginaire, ces gags familiaux publiés dans Le Moustique ne sont pas sans nous rappeler les premiers Boule et Bill, naïfs et aux sonorités de la société rigide et conservatrice des années 50. Intéressant pour les amateurs de l'histoire du 9e art et pour les fans ou nostalgiques du Petit Nicolas - c'est fascinant de voir les premiers pas hésitants du Goscinny scénariste – l'album risque toutefois de séduire un peu moins les autres, ceux qui comme moi, ne sont pas sensibles au charme désuet de son univers ou ceux qui ne le connaissent pas.

Une curiosité, mais pour nostalgiques, historiens ou amateurs du Petit Nicolas avant tout.

Canales, Pellejero, d'après l'œuvre d'Hugo Pratt, Corto Maltese, Équatoria, Casteman.

Zep Titeuf tome 15, À fond le slip, Glénat.

Conrad, Ferri, d'après Goscinny et Uderzo, Asterix et la Transitalique, Les Éditions Albert-René.

Sempé, Goscinny, Le Petit Nicolas, la bande dessinée originale, Imav éditions.

Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost