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«Coquelicots d'Irak»: la dernière floraison d'une magnifique saison chaude

23/09/2016 09:42 EDT | Actualisé 23/09/2016 09:42 EDT

L'été 2016 a été une excellente saison bédé. La belle saison nous a proposé des albums de grande qualité. Alors que les feuilles commencent timidement à tomber et que les dernières belles journées chaudes s'estompent tranquillement, il reste encore d'excellentes bédés d'été qui ne demandent qu'à être découvertes. Si l'automne qui vient est comme l'été qui se termine, on risque d'avoir une saison très chaude et, une fois de plus, nous pourrons dire à l'instar de Fred: «Il n'y 'a plus de saisons mon bon Monsieur.»

Des bulles dans le croissant fertile

La fin de l'été, avec ses couchers de soleil plus hâtifs et ses températures plus froides, est un moment rêvé pour s'envelopper dans la réconfortante nostalgie. Et si à l'occasion elle semble avoir un goût un peu trop sucré, mâtinée d'impressions altérées par les brumes du temps qui passe, elle peut nous aider à mieux saisir la réalité de certaines situations loin de notre réalité. C'est exactement le cas de Coquelicots d'Irak, la toute première bande dessinée de Brigitte Findakly.

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Brigitte Findakly est une coloriste de grand talent. Le chat du rabbin de Sfar, Le retour à la terre de Larcenet et Ferri et Les formidables aventures de Lapinot de Trondheim, c'est elle. Née d'un père irakien et d'une mère française, la future bédéiste vit sa jeunesse à Mossoul, dans un Irak perturbé par une série de coups d'État mais pas encore sous la coupe rigide de Saddam Hussein. Avec l'aide du talentueux Trondheim, elle nous raconte cette enfance partagée entre l'ancienne Mésopotamie et la France, où sa famille se réfugie en 1972.

Considérée par plusieurs médias français comme la bédé de la rentrée, Coquelicots d'Irak, prépubliée initialement dans Le Monde, mérite amplement ce qualificatif. Assemblage judicieux d'anecdotes révélatrices, certaines drôles, d'autres plus révoltantes, et de moments historiques importants de l'Irak des 50 dernières années, la création de l'auteure émeut, bouleverse, fait rire, fait réfléchir, et nous permet de mieux saisir une réalité irakienne qui trouve encore aujourd'hui des échos dans l'actualité internationale.

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Si la bédéiste s'engage sur une voie déjà explorée par le génial Arabe du futur de Riad Sattouf, elle s'en distingue néanmoins par la simplicité du dessin de Trondheim, par les couleurs éclatantes, chaudes et lumineuses, et par l'environnement où elle évolue.

Loin d'être étouffée dans un milieu déstabilisant, rural et conservateur, comme le jeune Sattouf, Findakly grandit dans un milieu ouvert, tolérant, moderne et aisé - son père est dentiste pour l'armée - qui subit quand même les contrecoups des différentes dictatures, mais qui ne les vit pas de la même façon. Beaucoup plus inquiète par son futur pays d'adoption que par l'Irak, où elle a tous ses repères, la jeune Brigitte nous raconte avec nuance, sobriété, lucidité et un parfait dosage d'émotion, son adaptation à deux sociétés totalement différentes.

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Avec son rythme, ses émotions, sa poésie et sa tendresse, Coquelicots d'Irak est un très beau récit autobiographique incontournable qui se lit d'un souffle, qui charme, et qu'il faut ranger à coté de l'Arabe du futur et des bédés de Marjane Satrapi, des autobiographies dessinées fascinantes qui n'ont pas le goût trop sirupeux de certaines nostalgies.

Les bulles de l'innommable

Deux cent millions, c'est le nombre de femmes qui sont actuellement excisées dans le monde. Deux millions: le nombre de fillettes qui risquent de subir l'excision.

Toutes les quatre minutes, une femme est victime d'une mutilation génitale quelque part sur la planète. Les chiffres sont horrifiants. Pourtant, malgré les accords internationaux et les promesses de vigilance des pays où elles se pratiquent, la situation ne change pas. Une situation qui révolte Raphaël Beuchot et Zidrou, qui viennent d'y consacrer un album Un tout petit bout d'elles, dernier opus de leur trilogie africaine.

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Yue Kiang est un Chinois né en Belgique qui travaille pour une entreprise de l'Empire du Milieu sur un site africain d'abattage d'arbres. Comme beaucoup de ces travailleurs prêtés par le gouvernement chinois, condition sine qua non pour avoir droit aux investissements chinois, Yue Kiang a une petite amie locale, malgré les interdictions des autorités chinoises, Antoinette, mère de Marie-Léontine, une charmante fillette qu'il adore, et de Léopold, un jeune bambin tout aussi irrésistible.

Un soir, Yue découvre qu'Antoinette à une énorme cicatrice à la place du clitoris. Pourquoi a-t-elle été excisée? Qui a exigé cette mutilation? Yue cherche des réponses, et elles pressent puisque l'adorable Maire-Léontine est en âge de se faire, elle aussi, exciser.

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Avec les excellents albums publiés cet été, j'avais presque oublié ce Tout petit bout d'elles. Pourtant, rien ne justifiait que cette bande dessinée passe sous mon radar. Surtout pas le sujet, que les auteurs abordent courageusement en le ramenant à hauteur d'homme - ou de femme, devrais-je plutôt écrire.

Et même si certains critiques ont reproché aux auteurs de ne pas avoir abordé l'influence et les racines culturelles de cette tradition barbare, il reste qu'en abordant la situation à partir de personnages ordinaires, les auteurs donnent une crédibilité et des visages aux victimes de cette horrible pratique.

Et au-delà de l'épineuse question des mutilations génitales, les auteurs abordent aussi la présence de ces nouveaux colonisateurs chinois qui, tout comme les anciens des pays européens, sont en train de piller l'Afrique et se comportent de façon aussi raciste que les anciens empires, au détriment de l'Afrique et des populations locales. Et cette situation est aussi révoltante.

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Une belle surprise. La preuve que les petits bijoux éclatants se démarquent toujours, et ce, même parmi les plus beaux trésors.

• Brigitte Findakly, Lewis Trondheim, Coquelicots d'Irak, L'association,Éditions Pow Pow ;

• Raphaël Beuchot, Zidrou, Un tout petit bout d'elles, Le Lombard.

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