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<em>Cobayes </em>, la face sanglante des essais cliniques

25/10/2014 08:41 EDT | Actualisé 25/12/2014 05:12 EST

L'Halloween et son cortège de peur, d'effroi et de terreur frappent à nos portes. Période bénie pour l'industrie de la frayeur, la mouture chrétienne de la fête païenne de Samoen est l'occasion rêvée pour faire paraître des œuvres au goût amer du sang qui gicle à profusion. Et si longtemps le Québec a été peu enclin, dans ses productions culturelles du moins, à profiter du moment chéri des amateurs de fantastique, il a, depuis quelques années, rejoint le clan de ceux qui aiment avoir et faire peur; on pense à VRAK. TV qui diffusait il y a quelques jours une nouvelle Nuit de peur - écrit cette fois par l'excellent Bryan Perro--, mais aussi aux éditions de Mortagne qui viennent de lancer le premier volume de Cobayes une série chorale d'horreur, écrite par 7 auteurs différents. Rencontre avec Chloé Poitras initiatrice du projet et Marilou Adisson auteur d'Anita le premier opus de la série.

Au premier coup d'œil le projet Cobayes surprend. 7 romans, 7 auteurs différents, 7 histoires d'horreur qui se situent toutes dans le même environnement : les locaux d'Alphalab, un laboratoire pharmaceutique qui effectue des études cliniques sur un nouveau médicament dont les effets secondaires terrifiants transforment littéralement les participants à l'étude. Si l'initiative est surprenante, c'est parce qu'il n'existe pas beaucoup d'exemples similaires sur la planète livre. en bande dessinée DC et Marvel l'ont fait plus d'une fois, mais du côté de la littérature ils sont relativement rares. « Il y eu quelques précédents comme L'Orphéon ou Les clowns vengeurs ,mais les liens entre les différents romans ne sont pas aussi développés que dans Cobayes» explique l'éditrice de la maison d'édition Chloé Poitras.

L'exercice est séduisant, mais il est aussi contraignant, la quantité d'auteurs pouvant facilement devenir un obstacle à une certaine homogénéité. « C'est un danger reconnaît Chloé Poitras, mais nous avons pris toutes les précautions pour avoir une cohérence. Nous avons demandé aux auteurs de faire un plan précis, que nous devions approuver, de leurs récits. De plus chaque auteur a dû créer une ligne du temps, de plus ou moins trois mois, qui établit quotidiennement l'emploi du temps des personnages, leurs déplacements, les conditions météo, etc. Par la suite ils devaient tous s'entendre sur cette ligne du temps et la respecter » ajoute-t-elle.

Chaque auteur devenait ainsi responsable d'un cobaye qui croisait à l'occasion les autres cobayes et certains personnages récurrents de la série. « Nous avions tous le plan des autres. Quand un de nous devait faire intervenir le personnage d'un autre, il devait le consulter pour savoir si son utilisation correspondait à sa personnalité, à ses comportements, à son langage, etc. Par la suite il faisait les modifications nécessaires pour respecter la personnalité que lui avait donnée son collègue. C'était très stimulant d'être en équipe moi qui d'habitude travaille en solitaire» s'empresse de souligner Marilou Addison, auteur d'Anita, l'opus initial de la série.

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Si à première vue ce processus de consultation peut sembler lourd, il n'a pas tellement affecté Marilou Addison. « Nous n'avions pas beaucoup de rencontres parce que les personnages ne se rencontraient que dans quelques petits moments clés. Comme je connaissais le plan des autres romans, leurs personnages, leurs aspects physiques, les endroits qu'ils fréquentaient et quand ils les fréquentaient, je pouvais me laisser guider par ma propre inspiration et quand venait un moment où ils devaient se rencontrer, et ils ne sont pas nombreux, je faisais attention à bien respecter la vision des autres. Je n'ai vraiment pas vécu ça comme une contrainte» renchérit l'auteur qui toutefois a dû apprendre à travailler avec un plan défini, une habitude qu'elle n'avait pas.

Toutefois même si les auteurs sont libres de leurs histoires et de leurs styles, il reste que le tout premier tome peut imposer une couleur et un rythme à la série que les autres auteurs devront adopter pour ne pas trop bousculer les habitudes des lecteurs. Une constatation que nuance Chloé Poitras « chaque auteur garde son style, chaque personnage garde sa psychologie, ce sont tous des livres différents, mais qui se recoupent grâce à Alphalab et c'est ce qui fait la beauté de cette série. Je ne pense pas que les lecteurs seront déstabilisés, je pense plutôt que ça va piquer leur curiosité.»

L'éditrice prend le pari que les lecteurs suivront la série, dont chaque nouvelle parution sera disponible à tous les deux ou trois mois, jusqu'au dernier tome en août 2015. Une stratégie intéressante tout comme la petite énigme à la fin de chaque nouveau roman et la bande-annonce de la série qu'on peut visionner au https://editionsdemortagne.com/a-la-une/une-serie-incontournable-ecrite-par-7-auteurs/ qui risque si la série à du succès de bousculer les habitudes du petit monde bien tranquille de notre industrie littéraire.

Le pari est risqué, mais à la lumière du premier tome, qui contient de belles trouvailles, une écriture très rythmée, un bon sens du suspense et une belle connaissance des codes du « gore » le reste de la série devrait être intéressante. Le projet est bien parti, voyons maintenant la suite.

La série Cobayes est publiée aux éditions de Mortagne, le premier tome Anita a été écrit par Marilou Addison.

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