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Château Bordeaux: les bulles de Bacchus

21/10/2016 10:29 EDT | Actualisé 12/11/2016 09:25 EST

Ce n'est pas parce que l'Action de grâce est passée qu'on ne peut pas continuer à remercier la vie pour ses bienfaits, qu'ils soient alimentaires ou technologiques, qu'ils soient de divins nectars alcoolisés qui nous égayent, nous donnent du cœur au ventre et nous accompagnent fidèlement sur les chemins sombres du désespoir ou des robots chargés de nous protéger malgré nos pires conneries ou malgré nous. Voici deux façons de montrer notre gratitude, même si la journée officielle pour le faire est passée.

In vino veritas

Interviewé lors du dernier salon du livre de Montréal, j'avais demandé à Éric Corbeyran s'il allait, une fois sa série Château Bordeaux terminée, se consacrer à une autre saga, mais sur le whisky ou le scotch. «Peut-être...» m'avait-il répondu avec un sourire énigmatique. Je comprends plus maintenant sa réponse évasive, puisqu'il planchait à ce moment sur une nouvelle série Cognac, portant sur le cognac, dont le second tome vient d'atterrir sur les rayons de nos librairies. Et comme Bacchus fait toujours bien les choses le septième tome de Château Bordeaux, Les vendanges, se pointe aussi au Québec. Deux séries différentes, mais le même regard presque anthropologique sur les liens qui unissent les grands alcools aux sociétés humaines.

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Si les grands crus, ne semblent pas à première vue le sujet le plus dynamique et le plus captivant pour une bande dessinée, il faut avouer que Corbeyran, appuyé par le dessin solide d' Espé et de Brahy, s'en tire admirablement bien. Le scénariste réussit dès les premières pages à capter notre attention, et ce pour chacune des deux séries.

Ce n'est pas la première fois que les liens entre l'alcool et la société font l'objet d'une bande dessinée. Déjà Van Hamme et Vallée avaient, dans leur excellente saga Les Maîtres de l'orge, abordé l'histoire de la bière à travers une famille de brasseurs belges et prouvé que le terreau était fertile pour mettre en place des tensions, des conflits familiaux et du suspense.

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Une leçon que Corbeyran a comprise et un sentier qu'il emprunte avec succès. Comme le père de Thorgal, il maîtrise à merveille ce difficile exercice qui consiste à élaborer le dosage idéal entre l'information, l'histoire et le suspense. Avec le talent d'un vigneron d'expérience, le scénariste concocte une intrigue qui accroche le lecteur, une saga familiale pour Château Bordeaux et une enquête journalistique et policière pour Cognac, et qui jamais ne sombre dans un didactisme scolaire qui pourrait à la longue tuer notre plaisir de la lire.

Au contraire le créateur des Stryges réussit à nous accrocher autant par ses histoires que par le mystère et la magie inhérents à la fabrication de ces alcools. Et si le procédé est moins surprenant dans Cognac, puisqu'il y reprend à peu près la même recette que celle de Château Bordeaux, il reste que les deux séries se lisent d'une traite, fascinent et nous donnent le goût d'attendre la suite.

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Et puisque les relations entre les hommes et le vin et le cognac sont tellement riches, les deux filons vont prendre beaucoup de temps à se tarir.

L'esprit des lois

1-Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni rester passif, ni laisser cet être humain exposé au danger.

2-Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la Première Loi.

3- Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième loi.

On connait tous ces trois lois de la robotique, édictées par Isaac Assimov dans sa nouvelle Roundaround (Cercle Vicieux en français) publiée en mars 1942 dans le populaire pulp magazine Astounding Science Fiction. Depuis elles constituent toujours la charpente des œuvres de SF qui s'intéressent aux robots.

Et la nouvelle série Androïdes, une tétralogie consacrée aux humanoïdes, élaborée par 4 équipes d'auteurs différentes parmi les plus talentueux de l'équipe Soleil, n'y fait pas exception. Chaque équipe revisite à sa façon les fameuses lois d'Asimov, les poussant à leurs limites, les confrontant à des situations hors du commun que le génial écrivain n'avait surement pas, et ce malgré tout son talent de futurologue, imaginé lors de leur rédaction en 1942.

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Ce n'est pas la première fois que Soleil se lance dans ce type d'exercice porteur de belles promesses, mais trop dépendant de l'inspiration des auteurs et de leur chimie. Il ne suffit que d'un mauvais album pour plomber l'impression générale de l'ensemble.

Pour l'instant, après deux des quatre tomes prévus, ce n'est pas le cas d'Androïdes. Il faut dire que pour le premier tome Résurrection, Soleil à réuni une équipe de choc : Jean-Luc Istin, Jesús Hervás Millán et Olivier Héban. Le trio nous propose une intrigue classique au parfum d'un polar sombre qui rappelle beaucoup dans son esprit, son graphisme et ses couleurs glauques le fameux Blade Runner de Ridley Scott et son inspiration Philip K Dick, mais qui aurait peut-être mérité de se prolonger sur deux tomes ou sur la série au complet.

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Quant au second tome, Heureux qui comme Ulysse, signé Peru, Geyser et Lamirand, avec sa société humaine retournée à l'âge de pierre, il explore avec succès des chemins défrichés par la SF pessimiste, post-apocalyptique et environnementaliste des années 70. Et si le résultat est intéressant, quoique légèrement plus faible que le premier, il faut reconnaître qu'ici aussi l'intrigue aurait mérité plus d'un album. Ce qui est en soit une bonne nouvelle.

Maintenant il ne reste qu'a attendre les deux derniers tomes. Espérons qu'ils seront à la hauteur des attentes que j'ai.

Toujours dans le domaine de la science-fiction, le nouveau numéro de Zidara9 est enfin disponible. Comme le veut la tradition, le nouveau numéro est plein de belles surprises.

Corbeyran, Espé. Château Bordeaux. 7 tomes, Glénat;

Corbeyran, Chapuzet, Brahy, Cognac, 2 tomes, Delcourt;

Istin, Hervás Millán, Héban, Androïdes tome 1 Résurrection, Soleil,

Peru, Geyser, Lamirand. Androïdes tome 2 Heureux qui comme Ulysse, Soleil;

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Dessins au stylo de l'artiste Samuel Silva

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