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Des rencontres improbables plus que réussies

07/09/2013 10:14 EDT | Actualisé 07/11/2013 05:12 EST

Le Londres de la fin du XIXe siècle reste un terrain fertile pour l'imagination. Que ce soit en cinéma, en roman ou en bande dessinée, les créateurs, même encore aujourd'hui, aiment explorer la capitale anglaise entourée de l'aura de mystère et de promesses de la révolution industrielle. Il faut dire que la période victorienne, où la science fait des bonds spectaculaires, où la technologie laisse entrevoir un avenir radieux, où des figures publiques plus grandes que nature s'imposent, où la grande misère sordide côtoie la richesse excessive, où le passé et l'avenir s'affrontent, offre plein de possibilités aux auteurs les plus talentueux comme les moins bons.

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C'est justement dans ce terreau que Sylvain Cordurié et Laci plantent Sherlock Holmes et le Nécronomicon, la rencontre improbable entre deux univers que rien ne destinait à se côtoyer; celui de la déduction et de l'implacable logique de Sir Arthur Conan Doyle et celui de l'émotivité et de l'horreur innommable du grand maître H.P.Lovecraft. Sous la plume de Cordurié et de Laci, Sherlock Holmes doit empêcher son ennemi de toujours, le professeur Moriarty, de mettre la main sur l'inquiétant Nécronomicon. Le livre de l'arabe fou Abdul al-Hazred, pour reprendre les écrits de Lovecraft, permettrait au génie du mal de s'assujettir la force des anciens dieux (Chtulhu, Nyarlathotep, Azathoth et toute la ribambelle du panthéon lovecraftien) et de mettre l'Angleterre de Victoria sous son joug.

Si de prime abord la proposition des auteurs est surprenante et enthousiasmante, elle est aussi inquiétante. L'histoire est peuplée de ces livres qui proposent des rencontres improbables et qui s'avèrent des rendez-vous manqués. Mais heureusement ce n'est pas le cas ici. Au contraire les auteurs ont su tisser une histoire solide, intelligente aux nombreux rebondissements où les deux grands maîtres se rencontrent, se complètent et se métissent à merveille dans une atmosphère victorienne conquérante où triomphent le machinisme, la révolution industrielle et le rationalisme scientifique. Et si le pari est réussi, on regrette qu'il se termine avec cet album, on aurait bien pris un troisième opus de cette rencontre entre ces deux univers.

Jack L'Éventreur: dans la peau de l'inspecteur Frederick Abberline

Si la proposition de Cordurié et de Laci est séduisante, celle de Debois et Pourard l'est tout autant. Les deux auteurs ont ici décidé de s'attaquer à un des personnages les plus mythiques de l'histoire de l'occident, Jack L'Éventreur. Plusieurs théories ont été émises sur l'identité du fameux tueur, allant d'un médecin canadien en exercice dans la capitale anglaise à un membre de la famille royale. Et si certaines sont plus farfelues que d'autres, il reste que l'énigme de l'identité du premier tueur en série continue de nous titiller l'esprit.

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Debois et Poupard se mettent dans la peau de l'inspecteur responsable de l'enquête, Frederick Abberline, et revisitent avec beaucoup de liberté ses investigations. Et c'est justement ces libertés qui rendent cette histoire si intéressante. En mélangeant adroitement ses recherches à la naissance de la psychanalyse, aux premiers pas de l'hypnose thérapeutique, aux codes d'honneur des voyous de Whitechappel, d'où il serait originaire, et aux balbutiements de la police scientifique, les auteurs ont concocté une excellente bédé policière, classique certes, mais qui sait nous surprendre par ses conclusions. Et si le célèbre éventreur était la création d'expérimentations visant à développer l'hypnose et à prouver sa légitimité scientifique. Une théorie un peu audacieuse bien sûr, mais pas plus que d'autres qui ont aussi été évoquées dans plusieurs autres bouquins plus sérieux.

Mais au-delà de l'identité du célèbre éventreur, il reste que cette bande dessinée vaut le détour et nous offre un bon divertissement et quelques surprises en prime. Quant à l'identité de Jack, il faudrait laisser l'enquête entre les mains de notre blogueur policier Daniel Marois qui doit bien avoir son idée là-dessus.

Sylvain Cordurié, Laci, Sherlock Holmes et le Nécronomicon, tome 2 La nuit sur le monde, Soleil, 48 pages

Jacques Debois, Jean-Charles Poupard, Jack L'Éventreur, tome 2 Le Protocole Hypnos, Soleil, 52 pages

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