LES BLOGUES

Créer de meilleures options politiques pour les minorités québécoises

Comment les minorités peuvent-elles trouver des options politiques qui reflètent mieux leurs vues et leurs intérêts?   

11/01/2018 09:00 EST | Actualisé 11/01/2018 11:55 EST
Getty Images/iStockphoto

Une stratégie «frères» inspirée par les partis frères que l'on voit en Europe aiderait à restaurer les choix des électeurs perdus durant des décennies de polarisation autour de la souveraineté.

La séance d'automne de l'Assemblée nationale a révélé des différences persistantes qui peuvent exister dans la culture politique entre la majorité et les minorités du Québec. Le projet de loi 62, à titre d'exemple, a trouvé peu d'appui au sein des groupes religieux minoritaires affectés. Et la résolution Bonjour-Hi de fin d'année de l'Assemblée n'a servi qu'à offenser les anglophones.

Alors, comment les minorités peuvent-elles trouver des options politiques qui reflètent mieux leurs vues et leurs intérêts?

La bonne nouvelle est que la question de la souveraineté commence à s'estomper, l'impératif pour se rallier derrière le parti libéral du Québec devenant moins urgent.

La bonne nouvelle est que la question de la souveraineté commence à s'estomper, l'impératif pour se rallier derrière le parti libéral du Québec devenant moins urgent. La minorité des électeurs à tendance de droite pourrait trouver attrayantes les politiques économiques et fiscales de la Coalition Avenir Québec (CAQ). Il en va de même pour les gens à tendance sociale-démocrate qui voudraient jeter un regard sérieux sur Québec solidaire (QS). Mais il y a un piège.

Il est difficile d'imaginer des électeurs minoritaires tant de gauche que de droite votant pour un des partis d'opposition existants si certains ou l'ensemble de ces partis ont des politiques basées sur l'identité (langue, laïcité, statut du Québec dans le Canada) qui sont plus nationalistes ou coercitives que celles des libéraux.

Il n'en reste pas moins qu'il serait peu clairvoyant de la part des électeurs minoritaires d'ignorer complètement l'ouverture que les divers partis d'opposition ont manifestée depuis quelques années. Si ces avancées restent complètement sans réponse, ces partis pourraient perdre leur intérêt. En conséquence, les libéraux du Québec pourraient se désintéresser des questions relatives aux minorités, assurés de savoir que leur monopole sur l'électorat minoritaire demeurerait entier.

En solution de rechange, une autre stratégie pourrait être utilisée pour garder la concurrence active. Laquelle? En utilisant une approche 'frère' inspirée par la tradition des partis régionaux non séparatistes que l'on trouve dans des endroits comme le Royaume-Uni et l'Allemagne. Comme c'est le cas du Bloc Québécois, les partis frères représentent des groupes ethniques/religieux spécifiques aux régions. Mais à la différence du Bloc, ils n'ont pas cherché à séparer leurs régions de leurs pays, de sorte qu'ils ont été en mesure d'être partenaires de coalition dans les gouvernements nationaux.

En Allemagne, le gouvernement de l'Union chrétienne-démocrate (UCD) d'Angela Merkel s'est appuyé sur le parti idéologiquement semblable de l'Union chrétienne-sociale de Bavière (CSU) pendant la durée de son mandat. Et le gouvernement conservateur actuel de la première ministre Theresa May s'appuie actuellement sur le Parti unioniste démocrate d'Irlande du Nord uniquement, de tendance de droite, pour rester au pouvoir.

Les pourparlers entre partis séparés raviveront à coup sûr les souvenirs de l'ancien Parti Égalité pour la défense des droits des anglophones, lequel a élu quatre membres à l'Assemblée nationale en 1989. Ses membres, qui s'étalaient sur un spectre idéologique trop grand, de gauche à droite, n'ont pu s'entendre sur autre chose que leur répugnance à propos des agendas nationalistes. Cela n'a pas suffi pour garder ensemble les militants du parti initial.

Cette fois, une stratégie 'frères' par une minorité de militants politiques de gauche et de droite allait faire en sorte d'approcher leur parti d'opposition idéologiquement correspondant afin de voir si les candidats, élus dans des circonscriptions à minorité dominante pourraient être exemptés d'avoir à voter pour une législation basée sur une identité avec laquelle ils ne sont pas à l'aise. À titre d'exemple pratique, ces caucus frères n'auraient pas été obligés de voter pour le projet de loi 62 et/ou les résolutions Bonjour-Hi ; ils n'auraient pas été réprimandés par les whips ou les leaders des partis pour s'être abstenus de le faire.

Bien sûr, la direction de ces partis pourrait rapidement rejeter cette éventualité et les groupes minoritaires pourraient alors explorer les partis frères limités à Montréal afin de conserver la pression au fil du temps. Toutefois, éventuellement, des partis comme la CAQ et QS pourraient envisager d'avoir un appui qualifié de la part des minorités plutôt que d'être simplement condamnés à toujours regarder de l'autre côté de l'allée de l'Assemblée nationale vers les MAN des circonscriptions dominées par les minorités.

Et plaise au ciel que l'ensemble des francophones ne présume que le développement d'un parti frère est de par sa nature un développement centrifuge dans la politique québécoise qui soit considérée avec suspicion. Bien que ce ne soit pas très connu, la Commission-Jeunesse du Parti Égalité (CJPE) pour sa majorité à droite depuis sa fondation en 1990 jusqu'en 1992, a préconisé que le Québec devrait avoir sa propre constitution écrite séparée comme moyen de reconnaître et consolider son statut distinct.

De plus, après que la CJPE, sous la direction du président d'alors Giuliano D'Andrea, se fût séparée du Parti Égalité pour former le Mouvement du Grand Québec (MGQ), celui-ci s'est fait connaître pour sa défense d'une « école québécoise » (un modèle intégré d'éducation publique française/anglaise avec instruction à prédominance française) comme étant un meilleur moyen d'intégrer les anglophones à la société québécoise. Si de telles politiques centripètes ne militent pas en faveur de l'unité québécoise par une communauté minoritaire – quoi d'autre le fera?

Le monopole libéral québécois des électeurs minoritaires, même s'il est présidé par des MAN décents et dévoués, se doit de commencer à décliner pour le mieux-être démocratique et social de la province. Et restaurer les choix des électeurs, perdus durant des décennies de polarisation autour de la souveraineté, constituera un pas critique dans cette direction.

Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost