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Scandale informatique: un sérieux coup de barre s'impose, M. Bédard (1/2)

07/11/2013 11:49 EST | Actualisé 07/01/2014 05:12 EST

Tous les yeux sont tournés vers la commission Charbonneau. Presque jour après jour, celle-ci nous fait la démonstration que la corruption et la collusion coûtent cher, très cher. À juste titre, nous attendons des solutions qui vont à la fois éloigner la racaille et réduire le fardeau financier que cause son appétit. On ne peut que s'en réjouir. Pourtant, pendant ce temps, un autre secteur demeure dans l'ombre : celui des contrats informatiques du gouvernement du Québec.

Je suis le président d'un syndicat qui représente des milliers de professionnels dont les mandats sont liés au développement et au maintien des systèmes informatiques du gouvernement. Récemment, nous avons participé, de bonne foi, à un comité de concertation patronale-syndicale relatif à la sous-traitance en informatique. Tout le monde s'est entendu sur le fait que la maîtrise d'œuvre des projets informatiques du gouvernement lui échappe presque complètement. Ce que le contribuable doit savoir, c'est que cette perte de contrôle lui coûte une véritable fortune.

Pourquoi ? Parce que le gouvernement s'est placé dans une situation de vulnérabilité envers quelques firmes qui font la pluie et le beau temps.

Le vérificateur général du Québec, dans son rapport 2012-2013, constate que, dans les ministères et organismes du gouvernement, la proportion des dépenses en matière de traitement de l'information consacrées aux ressources externes (sous-traitance) a plus que doublé depuis 1996-1997, passant de 26 à 55 %. Les coûts totaux des ressources informatiques sont passés de 305 millions de dollars en 1996-1997 à 905 millions de dollars en 2008-2009. La part des ressources externes, dans ses totaux, est passée de 79,3 M$ en 1996-1997 à un gargantuesque 470,6 M$ en 2008-2009. C'est plus de 500 M$ aujourd'hui.

À titre de comparaison, la firme de recherche spécialisée en technologies de l'information Gartner a publié les résultats d'un sondage qu'elle a mené sur les dépenses en la matière auprès d'organismes de gouvernements locaux et provinciaux à l'échelle internationale. Selon ces données, le pourcentage de ces dépenses en ressources externes en informatique a varié de 8 à 24 % entre 2004 et 2011. De plus, cette même firme a publié un autre sondage conduit auprès d'organismes de gouvernements nationaux et internationaux. Pour ce dernier sondage, le pourcentage variait de 17 à 35 %. Au Québec, nous atteignons 55 %, alors qu'un sous-traitant privé coûte beaucoup plus cher aux contribuables! Cela est en soi un scandale, surtout si on pense aux échecs des projets et à la mauvaise gestion dont ce secteur vital est victime depuis plusieurs années. Les professionnels, que je représente, nous le confirment de jour en jour et s'en insurgent.

On est en droit de s'interroger sur ce qui fait qu'ici, au Québec, le recours à la sous-traitance est de deux à six fois plus élevé que ce que l'on retrouve ailleurs dans le monde. Peut-être y aurait-il lieu d'enquêter sur la question pour trouver une réponse. Le vérificateur général du Québec s'inquiète de la situation, mais il n'a pas le mandat d'enquêter sur la collusion ni sur la fraude. Le gouvernement doit agir radicalement à ce chapitre : un sérieux coup de barre s'impose, monsieur Bédard.

Dans un second billet, j'aborderai un aspect clé expliquant la perte de contrôle sur les coûts du développement et du maintien des systèmes informatiques du gouvernement du Québec.

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