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Il faut résister à l'approche idéologique de la gouvernance de l'État québécois

31/05/2014 08:59 EDT | Actualisé 31/07/2014 05:12 EDT

Une étude de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) vient confirmer que la rémunération des employés secteur public prend du retard par rapport à celle du secteur privé. Déjà, les dernières données annuelles de l'Institut de la statistique du Québec démontraient que le retard est toujours réel. L'IREC a le mérite de faire ressortir qu'il s'agit d'une tendance lourde se poursuivant depuis le début des années 2000, s'accentuant sous le gouvernement de Jean Charest.

Le gouvernement Charest a pris des décisions basées sur une idéologie qui a considérablement nui à la fonction publique québécoise. On nous répétait constamment qu'il fallait à tout prix réduire la taille de l'État, mais on se gardait bien d'ajouter que l'objectif était aussi de réduire l'attrait pour une carrière dans l'administration publique.

On connait la stratégie: prétendre que la situation est catastrophique, décréter le non remplacement d'un départ sur deux à la retraite, offrir des augmentations salariales moindres que dans le secteur privé, bref mettre la table pour faire de l'État québécois un employeur à éviter. C'est hélas réussi comme stratégie, puisque pour les jeunes diplômés le choix de faire carrière dans la fonction publique québécoise vient au 5erang, après même celui de travailleurs autonomes.

Qu'en sera-t-il de l'administration de M. Couillard?

Est-ce que le cabinet des ministres va résister à la tentation de prendre des décisions basées sur l'idéologie plutôt que sur le pragmatisme?

Encore cette semaine, l'ancien ministre des Finances sous le gouvernement Charest, M. Raymond Bachand, revenait à la charge en décrétant que le déficit du Québec est structurel et que la situation est tellement catastrophique qu'il faut se serrer la ceinture. M. Bachand parlait au nom d'un nouveau think tank de droite, l'Institut du Québec (IDQ), dont les prémisses idéologiques de droite sont bien connues. On sait que le fiscaliste Godbout et l'économiste Montmarquette soutiennent eux aussi que le problème budgétaire du Québec est structurel.

Or, pendant que l'écart salarial grandissait entre le public et le privé, le gouvernement augmentait considérablement le recours à la sous-traitance. Encore là, l'idéologie primait sur le gros bon sens. On nous répliquait que le privé était meilleur que le public, se gardant bien de nous dire combien cette idée fausse nous coûtait.

Le vrai problème structurel est là, dans cet abus de la sous-traitance qui place l'État dans une situation de vulnérabilité. Nous préparons d'ailleurs un mémoire que nous soumettrons à la commission Charbonneau afin de contribuer à la recherche de solutions face à la collusion et à la corruption. Pour nous, il est clair que le manque d'expertise dans des secteurs névralgiques est un important facteur explicatif de ce phénomène.

Les premières décisions du gouvernement libéral me laissent songeur. En revanche, j'ai été encouragé d'entendre le premier ministre dire, dans son discours inaugural, ce qui suit (on me permettre de le citer malgré la longueur de l'extrait):

«Les prochaines années seront également marquées par le renouvellement des ententes collectives qui lient l'État et la fonction publique. Nous l'aborderons avec ouverture et respect. Parce que nous les considérons comme de véritables partenaires, nous proposerons aux organisations syndicales de nouvelles façons de faire, de partager les difficultés et les bénéfices comme le font de véritables partenaires. Il faut faire en sorte que notre jeunesse soit attirée par le service public et que nous en préservions l'expertise.»

Je tiens à redire que nous sommes tout à fait ouverts à des échanges dans le but à la fois de réduire les dépenses et d'attirer les jeunes qui sortent de nos universités.

Pour moi, c'est par une approche pragmatique des difficultés que vivent nos finances publiques que nous allons assurer la pérennité des services publics de qualité. Il s'agit là d'un objectif que nous partageons avec le premier ministre.

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