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Le gouvernement doit ranger l'épouvantail de la décote!

25/02/2015 09:29 EST | Actualisé 27/04/2015 05:12 EDT

Depuis son arrivée au pouvoir le 7 avril dernier, le gouvernement, drapé de ses vertus de transparence, répète sans cesse la même rengaine. Les dépenses sont hors de contrôle et l'équilibre budgétaire doit être atteint immédiatement, alors que le gouvernement fédéral vient de reporter, encore une fois, cet objectif sans que personne s'en émeuve. À écouter ces défenseurs de l'austérité, la situation économique du Québec ne peut être sauvée que par une diminution radicale des services offerts par l'État.

Mais les dépenses du gouvernement sont-elles vraiment hors de contrôle? En étudiant les données et en se fiant aux économistes de renom, la situation économique du Québec est loin d'être aussi catastrophique que le prétend le gouvernement. Le gouvernement brandit la menace d'une décote, mais justement les dernières analyses de l'agence de notation Moody's, publiées le 23 février 2015, sont claires : le fardeau de la dette au Québec est stable depuis 2009. Ce qui est tout le contraire de l'Ontario où la dette n'a fait qu'augmenter pendant la même période.

D'ailleurs, François Delorme, un ancien haut fonctionnaire du ministère des Finances à Ottawa, critiquait en ces termes l'empressement du gouvernement Couillard à ramener l'équilibre budgétaire rapidement : « On évoque souvent le spectre d'une décote par les agences de notation pour justifier les politiques de rigueur budgétaire. Mais moi, je les connais bien, ces jeunes hommes blancs avec complets et mallettes noirs qui débarquent un jour dans ton bureau. Ce ne sont pas des fous. Ils sont capables de comprendre que vous avez besoin de plus de temps pour équilibrer le budget si vous leur présentez un plan crédible. » (Source : Le Devoir, Courir à sa perte en improvisant des réformes parfois nécessaires, 6 décembre 2014).

Bref, le gouvernement prend les Québécois pour des enfants à qui l'ont fait peur en leur faisant croire que le Bonhomme Sept Heures viendra les traquer s'ils n'écoutent pas leurs parents, ou le discours gouvernemental en l'occurrence.

Pour éviter la pseudo-menace de la décote, le gouvernement continue de resserrer l'étau sur la classe moyenne. Il diminue les services et augmente la contribution fiscale. Le saccage des services en région, l'abolition du tarif unique dans les centres de la petite enfance (CPE), les attaques contre les régimes de retraite, les coupes dans les groupes de défense des droits des femmes et les organismes communautaires, le gel des salaires et les réductions de personnel de l'État le prouvent.

Bref, il faut faire le ménage dans les finances publiques, clament nos décideurs. Cependant, ce ménage a déjà débuté depuis un bon moment. Les dernières données du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) en font foi. Par exemple, les investissements du gouvernement en matière d'emploi et de solidarité sociale ont grandement diminué ces dernières années, passant de 1,80 % du produit intérieur brut (PIB) en 2000-2001 à 1,2 % en 2013-2014 : une réduction du tiers.

Sans autres débats, le gouvernement se limite à répéter qu'il y a péril en la demeure, qu'il faut absolument réduire les dépenses de l'État. Mais, en analysant ces chiffres, il est clair alors que la réduction des dépenses dans le secteur des services sociaux a débuté depuis belle lurette. Et à tout cela, il convient d'ajouter le surplus de 1,6 milliard de dollars prévu pour l'an prochain. Cette somme sera versée dans le Fond des générations, mais elle pourrait plutôt servir à financer les services sociaux et à s'assurer que l'État québécois puisse conserver son expertise à l'intérieur de sa fonction publique.

Le gouvernement a le devoir d'offrir à prix abordable des services de qualité aux citoyens. Il se doit également de prendre ses responsabilités dont celle, au premier plan, de nous présenter les vrais chiffres.

En faisant mentir ces chiffres, le gouvernement justifie ses mesures d'austérité. Pourtant, rarement dans l'histoire du Québec, un débat sain et ouvert sur les finances publiques a été aussi nécessaire. Et dire que le gouvernement fait encore la sourde oreille à notre demande, depuis des années, de doter l'Assemblée nationale d'un directeur parlementaire du budget...Bonjour la transparence!

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