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Pont d'or à CGI: quel véritable élan vers la prospérité?

23/10/2014 10:27 EDT | Actualisé 23/12/2014 05:12 EST

Lors de la journée internationale pour l'élimination de la pauvreté, le 17 octobre dernier, j'ai été surpris d'apprendre que le gouvernement apportera son soutien à la multinationale CGI pour l'implantation à Shawinigan du centre d'excellence du Groupe CGI. Cette annonce a été faite par le premier ministre Philippe Couillard, celui même qui promettait une ère de transparence le soir de son élection.

Le futur centre d'assistance technique de CGI devrait générer quelque 300 emplois d'ici trois ans. Une très bonne nouvelle pour une région qui a été éprouvée par les pertes d'emplois récemment. Les travailleurs se verront offrir des salaires variant entre 50 000 $ et 70 000 $. Ce qui est plus difficile à comprendre, c'est que la très riche CGI, dont le chiffre d'affaires était de 18,7 milliards $ en 2013, sera admissible au crédit d'impôt remboursable pour le développement des affaires électroniques. De plus, elle jouira d'une contribution financière annuelle non remboursable de 6 % du gouvernement, laquelle s'appliquera jusqu'à un maximum de 25 000 $ par emploi par année.

Il est dommage que ces fonds aient été puisés à même le fonds de développement économique qui a été créé pour compenser la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2. Cet argent aurait pu servir à des employeurs qui n'ont pas les moyens de CGI.

Au lieu de créer des emplois destinés à rebâtir l'expertise de la fonction publique, le gouvernement préfère remettre en question les centres gouvernementaux de Chicoutimi et de Rimouski, dont la création a été saluée par le SPGQ, et donner 25 000 $ par emploi à CGI, un des plus gros bénéficiaires des contrats gouvernementaux.

En marge de la présentation de son mémoire à la commission Charbonneau, le SPGQ a lancé le 16 octobre dernier Le ContrActuel. Ce site web fait ressortir l'ampleur des contrats publics attribués non seulement par le gouvernement du Québec, mais aussi par les grandes municipalités et universités du Québec. Il permet de constater que CGI a obtenu, entre 2007 et 2014, plus de 604 millions $ de contrats publics au Québec ! Voilà donc une entreprise qui n'a pourtant besoin de personne pour subventionner ses emplois !

Sans tomber dans la démagogie et attribuer cela au fait que le frère d'un vice-président de CGI ait été nommé grand patron du Centre de services partagés du Québec (CSPQ), le plus grand donneur de contrats informatiques du gouvernement, disons que les largesses du gouvernement à l'endroit de CGI ne s'arrêtent malheureusement pas là. Le SPGQ vient d'apprendre que le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) s'apprête à lancer un appel d'offres de 1,2 million $ pour l'embauche de 2,5 ressources à temps plein, pour une période d'environ 3 ans, visant l'évolution et l'entretien de la Sphère informationnelle (SI) du MELS.

Ce même projet a fait l'objet d'un contrat d'environ 2 millions $ octroyé à CGI le 1er mars 2013. Le SPGQ avait alors déposé une plainte à la Commission de la fonction publique du Québec (CFP) sur ce premier appel d'offres pour dénoncer qu'il s'agissait là d'un contrat de travail déguisé. Cet exemple, quoique minime par rapport à l'ampleur du gaspillage en informatique au gouvernement du Québec, démontre que malgré le gel d'embauche s'appliquant au personnel fonctionnaire, les ministères et organismes continuent à donner des contrats externes pour pallier leur manque de main-d'œuvre.

Ainsi se perpétuent le bon vieux réflexe gouvernemental du recours abusif et très couteux à la sous-traitance, et l'absence de volonté pour rebâtir l'expertise à l'interne qui fait cruellement défaut au gouvernement du Québec, que nous dénonçons. Au lieu de se réapproprier l'expertise disponible et nécessaire en informatique, le gouvernement a plutôt choisi d'apporter son soutien financier à une entreprise milliardaire ! Il serait parfaitement concevable de créer un centre d'expertise en informatique à Shawinigan, mais au sein du gouvernement du Québec, ce qui aurait aussi un impact économique considérable pour la région.

La valorisation de l'expertise interne et de l'excellence de la fonction publique est la grande perdante de cette opération totalement incohérente. Le ministre de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations, Jacques Daoust, déclarait récemment qu'il fallait cesser de distribuer des subventions et crédits d'impôt à ceux qui n'en ont pas besoin

L'expertise, son maintien, son développement et sa valeur ajoutée pour une organisation, était pourtant au centre du témoignage de l'ex-président d'Hydro-Québec, M. André Caillé, à la commission Charbonneau. « L'expertise on la garde, c'est ça qui vaut de l'argent. C'est ce que ces gens-là ont dans la tête », a dit à juste titre M. Caillé. Pourquoi est-ce si difficile à comprendre pour le gouvernement ?

Lors de son discours inaugural à l'Assemblée nationale, le premier ministre déclarait : « Le Québec a tous les atouts pour être de ces grands mouvements qui marquent l'histoire. Notre travail, c'est d'en libérer tout le potentiel et de combiner ces avantages dans un véritable élan vers la prospérité ». Force est d'admettre que nous n'en sommes pas là, car le véritable élan constaté vers la prospérité se retrouve dans les poches de CGI.

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