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Les Allemands non plus ne savaient rien

25/10/2013 12:34 EDT | Actualisé 24/12/2013 05:12 EST

Le procès des Rédemptoristes pour des agressions sexuelles multiples au Séminaire Saint-Alphonse est maintenant entré dans la séquence de témoignages convoqués par la défense. Sans faire état de tous les propos qui ont été émis jusqu'ici, il est intéressant de se pencher sur les affirmations niant toutes connaissances ou tous soupçons de harcèlement ou d'agression sexuels.

À ce chapitre, il y a deux types de témoins : les religieux et les laïcs. Il va de soi qu'étant poursuivis au civil les premiers n'ont pas intérêt à s'incriminer. Ajoutons que, si la rectitude morale amenait un prêtre à témoigner en ce sens, le poids de ce geste serait particulièrement difficile à assumer de retour au presbytère. La crédibilité de ces témoins n'apparait donc pas très grande.

La posture des laïcs est moins facile à saisir. À l'époque de ma fréquentation de cette institution, nous voyions très peu les enseignants laïcs à l'extérieur de leur prestation de cours. Ils avaient un statut nettement différent des prêtres. Même si cette situation a pu changer avec le temps, le statut des laïcs n'était pas égal à celui des religieux.

Rappelons maintenant que plusieurs anciens étudiants ont affirmé avoir signalé des gestes déplacés ou sordides à plusieurs religieux, dont trois directeurs (Plourde, Blanchet, Pilote). Au mieux, rien ne se serait produit. Au pire, la situation se serait envenimée.

Clarifions que les laïcs étaient tous des employés des rédemptoristes. Souvent, ces personnes avaient une longue histoire de cohabitation étroite avec les gardiens du sanctuaire. Et, remettons à nouveau en évidence que ces prêtres avaient un statut ainsi qu'un prestige majeur au Québec. Cela était encore plus vrai sur la Côte-de-Beaupré.

Il ressort de cela que le rapport de pouvoir n'était pas favorable à des confidences aux laïcs. Si les dénonciations aux autorités n'ont rien donné, les autres étudiants ayant des soupçons devaient le pressentir. Dans ces circonstances, comment envisager de parler à une personne disposant moins de pouvoir? Par ailleurs, chacun sait aujourd'hui le poids de la honte que supportent les victimes d'actes sexuels (un type de crime sous-signalé). Pourquoi alors exposer sa honte à quelqu'un ne pouvant aider?

Aussi, est-il est très crédible que la grande majorité des employés laïcs n'ait jamais eu de confidences ou de soupçons. Toutefois, ces témoignages ne peuvent faire un contrepoids à celui des nombreuses victimes. Le permettre serait un déni de vérité et de reconnaissance pour elles qui en ont un besoin vital.

Il est certain que plusieurs Allemands n'aient pas su qu'il y ait eu des camps de l'horreur. C'était des gens sans pouvoir, qu'il était utile de garder dans l'ignorance. Après la défaite, ils sont involontairement devenus encore plus utiles en servant de forêt pouvant cacher les nombreux bourreaux. Soyons clair, il ne s'agit pas ici d'affirmer que le Séminaire Saint-Alphonse était un camp de concentration, mais plutôt que des témoignages sincères peuvent être utilisés à de mauvaises fins. Jusqu'à maintenant, 70 personnes disent avoir été agressées sexuellement. Sont-ce tous des menteurs?

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