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Justin Trudeau a-t-il agi trop vite?

19/11/2014 10:56 EST | Actualisé 19/01/2015 05:12 EST

Dans l'affaire des allégations de harcèlement sexuel à l'endroit de deux députés fédéraux, il est possible d'affirmer une chose et son contraire. D'une part, certains se félicitent que le chef de parti ait pris des mesures immédiates et fermes à la suite de confidences troublantes d'une députée se présentant comme une victime. D'autant qu'une cueillette d'informations supplémentaires était venue appuyer les dires de la plaignante et fait ressortir une autre situation problématique. D'autre part, des personnes s'indignent que monsieur Trudeau ait agi, alors que les deux victimes potentielles ne voulaient pas que ces situations deviennent publiques. C'est que, la suspension des deux mis en cause entrainait automatiquement la mise en lumière des cas de harcèlement allégué. Que fallait-il donc faire?

Soulignons qu'il n'est pas anodin de faire une plainte de harcèlement. C'est encore plus vrai dans un milieu réputé dur, comme, semble-t-il, le parlement canadien. En effet, même reconnus fondés, les faits sont parfois reprochés aux victimes ou encore elles sont accusées d'avoir l'épiderme trop sensible ou même de vouloir briser la carrière du mis en cause. C'est sans compter qu'en soi, un processus de traitement de plainte n'est jamais une agréable petite promenade. Malgré ces embuches, il est des portraits qu'il est très difficile d'ignorer. Certaines situations peuvent être tellement toxiques, qu'un responsable peut estimer qu'il doive protéger la victime et la santé ou les droits d'autres personnes. Comment alors trouver l'équilibre entre les droits à la confidentialité et les responsabilités de faire cesser l'inacceptable?

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Disons-le, il n'y a pas de réponse facile ici. Par contre, il est opportun d'affirmer qu'en cas de doute, il est urgent de prendre son temps. L'absence de balises établies et les contradictions entre des droits des personnes impliquées commandent un mélange de prudence et de détermination. C'est à ce chapitre que monsieur Trudeau semble avoir fauté.

Une responsabilité collective

Il ressort que sur la colline parlementaire, il n'existe pas de politique de harcèlement s'appliquant aux députés. Pourtant, d'après plusieurs journalistes, ces phénomènes y seraient trop fréquents. Donc, une responsabilité collective n'a pas été assumée par nos élus. L'absence de normes, de règles et de mécanismes pour les gérer complique énormément l'intervention. Aussi, faut-il affirmer qu'une première avenue de solution devait se trouver dans la concertation entre les principaux décideurs. Il y a effectivement eu des discussions de cette nature. Nous apprenons aujourd'hui qu'après trois rencontres, l'impasse persistait. Cela aurait incité monsieur Trudeau à agir.

Des actes potentiellement criminels

De surcroit, un député néodémocrate aurait statué qu'à la lumière des faits rapportés, l'une des situations serait une agression sexuelle caractérisée. Ces actes relèveraient du Code criminel. On comprend qu'un chef de parti ne veuille pas d'un député capable de tels actes au parlement. Mais, rappelons qu'il n'y avait pas de plaintes, ni de harcèlement, ni de nature criminelle. Par conséquent, aucun processus n'a permis de statuer sur la véracité ou la gravité des actes reprochés.

Une solution pour deux situations

Il est peu probable que les deux situations aient été semblables, à tout le moins sur le plan de la sévérité. Était-il alors pertinent d'imposer une suspension pour ces deux situations? Cette décision a rendu les deux cas publics, tout en les amalgamant. Comme il n'y avait pas d'accusation, ni de processus adéquat d'intervention, les victimes potentielles ont eu l'impression d'être poussées à l'avant-scène et les mis en cause ont été placés devant l'impossibilité de se défendre, même en étant publiquement condamnés. Une situation totalement inacceptable qui pourrait conduire à des poursuites en diffamation. Il ressort de tout cela l'impression d'un décideur jonglant avec une patate chaude.

Un savoir-faire et une expertise

Au Canada et en particulier au Québec, il existe une expertise importante en matière de harcèlement au travail. Des enquêteurs, des médiateurs, des responsables de politiques agissent chaque jour sur des situations complexes. Ils sont habitués à tenir compte de la souffrance, des droits contradictoires et des versions opposées. Les informations qui émanent du parlement laissent voir que cette expertise est maintenant mise à contribution pour l'avenir. La prudence aurait impliqué que ce soit également fait avant de décider d'agir sur les cas apparemment troublants qui ont été signalés au parti libéral. Comme l'ont déjà souligné des intervenants, d'autres solutions étaient envisageables avant la suspension des deux députés.

Après que ces situations soient devenues plus claires, il sera important que, dans le respect de la confidentialité qui sera exigée, monsieur Trudeau explique par quelles étapes il a traité les signalements qui lui ont été faits. Cela permettra possiblement de dissiper les impressions d'impulsivité et d'improvisation.

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