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Vous êtes premier ministre d'Israël...

09/01/2014 12:09 EST | Actualisé 10/03/2014 05:12 EDT

Le secrétaire d'État américain John Kerry revient du Proche-Orient. Il y a effectué sa 10e visite, ce qui démontre bien sa détermination à trouver une solution au conflit israélo-arabe.

J'ai indiqué plusieurs fois, dans mes chroniques ici de même que dans mon livre Juif, une histoire québécoise, combien je désirais la paix entre Juifs et Arabes, une paix juste, durable, basée sur le concept de «deux États pour deux peuples».

Mais, comme le disent les Anglo-Saxons, le diable est dans les détails.

Je vous pose donc la question suivante: vous devenez demain premier ministre de l'État d'Israël. Que faites-vous, considérant que:

- Votre voisin le plus important, l'Égypte, est en pleines convulsions, avec la chute de Mubarak, la prise de pouvoir des Frères musulmans, le coup d'État de l'armée et la dictature effective maintenant du général Sisi, sans parler des manifestations meurtrières qui s'y déroulent toujours et les attaques contre les chrétiens coptes;

- Un autre voisin, la Syrie, est en pleine guerre civile, dont le nombre des victimes dépasse les 100 000 personnes et dans laquelle on a vu l'utilisation d'armes chimiques.

- Le voisin avec lequel vous partagez la plus longue frontière, la Jordanie, est dépassé par le nombre de réfugiés syriens et est par nature fragile.

- Votre voisin au nord, le Liban, est au bord de le la guerre sectaire, subit les contrecoups de la guerre civile en Syrie et de l'implication du Hezbollah dans celle-ci. De plus, le Hezbollah, marionnette du régime des ayatollahs de l'Iran, est plus armé que jamais, avec des dizaines de milliers de missiles pointés vers vos centres urbains.

- L'Irak est instable, avec de fortes tensions entre chiites et sunnites et même un pied-à-terre d'Al-Qaeda à Falouja.

- L'Iran vogue vers l'arme nucléaire et est dirigé par un régime d'islamistes qui ne respectent pas les droits de la personne et qui ont des visées hégémoniques dans la région.

- Le conflit plurimillénaire intra-islamique entre chiites et sunnites continue, avec des conséquences tant locales qu'internationales et des tensions croissantes entre l'Iran chiite et l'Arabie Saoudite sunnite.

- Les États-Unis sont en retraite stratégique avec à leur tête un président plus préoccupé par des enjeux domestiques qu'à assumer un leadership mondial et sans vision globale cohérente.

De plus, vous savez qu'après chaque retrait récent de votre armée, l'espace territorial que vous avez quitté est tombé sous le contrôle de groupes islamistes extrémistes comme le Hezbollah au Sud-Liban et le Hamas dans la Bande de Gaza.

Vous n'êtes pas sans savoir non plus que le président palestinien avec qui vous négociez, Mahmoud Abbas, est dans la 9e année de son mandat de... 4 ans, qu'il est faible et que son autorité est presque illusoire.

En d'autres mots, vous comprenez que le soi-disant Printemps arabe a eu d'importantes conséquences, que les États qui vous entourent, nés pour l'essentiel de décisions franco-britanniques après la Première Guerre mondiale, sont fragilisés, que le nationalisme arabe fait place au tribalisme et que la (quasi) modernité arabe recule devant l'islamisme militant.

Prenez-vous la chance de revenir (à peu près) aux lignes d'armistices de 1949 (appelées à tort «frontières de 1967»), avec le danger que le cœur de votre pays tombe sous la menace d'armes islamistes?

Un État palestinien hostile ne serait qu'à quelques centaines de mètres de votre Parlement, de vos ministères. Il ne serait qu'à quelques kilomètres du cœur industriel, économique et commercial de votre pays, c'est-à-dire Tel-Aviv. De plus, cet État palestinien occupant les montagnes de Judée surplombant votre seule véritable porte d'entrée internationale, l'aéroport Ben Gourion, vous savez qu'un seul missile tombant sur celui-ci pourrait avoir des conséquences désastreuses sur votre économie.

En d'autres mots, pour paraphraser ce qu'a écrit le journaliste de gauche Ari Shavit dans son livre My Promised Land, en tant que premier ministre israélien, vous faites face au dilemme suivant :

- Si Israël ne se retire pas de Cisjordanie/Judée-Samarie, s'il continue l'occupation des Palestiniens, il risque sa survie pour des raisons politiques, démographiques et morales.

- Si Israël se retire de ces territoires, il pourrait faire face à un régime inspiré des Frères musulmans, appuyé par l'Iran des Ayatollahs, armés d'armes sophistiquées, risquant ainsi aussi sa survie.

En somme, si la nécessité de mettre fin à l'occupation est plus urgente que jamais, les risques sont aussi plus importants que jamais.

Vous êtes premier ministre israélien. Vous faites quoi? Quels sont vos objectifs stratégiques? Quels sont les gestes que vous posez?

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