Richard Marceau

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Peut-on véritablement parler de liberté de religion chez nous?

Publication: 21/03/2012 05:01

L'attaque horrible contre une école juive en France le 19 mars dernier, attaque qui a fait quatre morts innocents et plusieurs blessés, est une occasion de se poser, chez nous aussi, certaines questions qui peuvent être désagréables.

Cette attaque a eu lieu quelques jours après qu'il fut connu que la principale organisation juive du pays, le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (organisation qui a succédé entre autres au Congrès juif, au Comité Québec-Israël et au Comité Canada-Israël) mettait sur pieds une stratégie de sécurité afin de mieux protéger les lieux fréquentés par la communauté juive notamment - mais non exclusivement - les synagogues.

Une sécurité liberticide?

Nous sommes en droit de nous poser la question : peut-il véritablement y avoir liberté de religion si celle-ci ne peut être exercée que derrière d'imposantes mesures de sécurité?

Chaque synagogue du pays doit dédier une part importante de ses (maigres) revenus à des gardiens de sécurité, des caméras de sécurité et autres outils de protection. (Je soupçonne que c'est aussi la même chose pour les mosquées de nos concitoyens musulmans.)

Pourquoi et comment pouvons-nous considérer qu'il est normal de devoir passer par un détecteur de métal avant d'aller à un service religieux?

Pâques arrive à grands pas. Nombreux seront les catholiques peu ou non-pratiquants qui iront à la messe. Pour accompagner un parent plus vieux, par tradition, par nostalgie ou simplement par goût. Que diraient-ils s'ils devaient passer par un détecteur de métal, vider leurs poches, faire inspecter leurs sacs à main et se déchausser - comme à l'aéroport - avant de pénétrer dans l'église?

Or, c'est exactement ce qui se passe dans les synagogues du Québec et du Canada.

Peut-on véritablement parler de liberté de religion si celle-ci ne peut être pratiquée que dans de mini-forteresses?

Et les écoles

C'est la même chose pour les écoles juives. Comment les jeunes Juifs peuvent-ils se sentir libres si, pour quelque chose d'aussi banal que d'aller en classe, ils doivent subir des procédures de sécurité dignes de Fort Knox?

Comment leurs parents peuvent-ils ne pas se sentir coupables de laisser leurs précieux enfants à un endroit qu'ils savent pouvoir être une cible potentielle?

Moi-même, qui envoie mes enfants à l'école publique, partageais ces craintes lorsque je laissais mes enfants à l'école religieuse les mercredi soir et dimanche matin afin qu'ils puissent recevoir l'éducation religieuse que je voulais leur impartir.

L'indignation

Plusieurs de mes coreligionnaires considèrent maintenant tout cela comme étant normal, que « ça fait partie de la vie ». Apparemment, vu l'évident manque d'intérêt pour ce sujet, c'est la même chose pour la population générale.

Mais si l'église de la paroisse du coin, si l'école du quartier n'ont pas besoin d'un tel appareil de sécurité, pourquoi serait-il normal que la synagogue et l'école juive locales en aient, elles, besoin?

Peut-être n'ai-je pas encore perdu la faculté de m'indigner. Mais j'aimerais bien que cette indignation soit largement partagée.

En effet, au Québec du 21è siècle, il devrait être considéré comme inacceptable par tous qu'une minorité religieuse doive ainsi se protéger.

 

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