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Les leçons de l'Holocauste pour aujourd'hui

08/04/2013 02:58 EDT | Actualisé 08/06/2013 05:12 EDT
AP

La devise du Québec est «Je me souviens».

Malheureusement, ceci est plus souvent un souhait qu'une réalité. Les Québécois d'aujourd'hui ne connaissent pas assez leur propre histoire, ce qui, à mon avis, ne les aide pas à savoir où ils veulent aller.

Pour survivre, pour vivre, pour prospérer, pour progresser, un peuple - surtout un peuple peu important en termes de nombre - a besoin de connaître ses origines, ses racines, ses sources. C'est vrai pour les Québécois. Et c'est vrai pour les Juifs.

Les Juifs du monde entier ont eux aussi une obligation de se remémorer. De se souvenir. Si vous lisez la Bible, celle-ci est plus un livre racontant l'histoire (véritable ou mythifiée, selon vos croyances) du peuple juif qu'un traité de théologie.

J'écris ces lignes lors du Jour commémoratif de l'Holocauste, journée officielle au Canada depuis 2003, alors qu'une loi à cet effet fut adoptée par le Parlement (j'en étais le parrain alors que j'étais député).

Je ne suis pas un fan de la victimisation. Je préfère les épisodes où les Juifs se battaient. J'ai lu tous les livres sur la Brigade juive et sur les résistants juifs, en particulier sur Aba Kovner et les frères Bielski - période qui fut d'ailleurs le sujet du film Defiance avec Daniel Craig, le dernier acteur incarnant le fameux agent secret James Bond. J'ai rencontré personnellement des gens qui ont fait face et ont résisté à la plus puissante machine militaire de son époque, la Wehrmacht allemande.

Mais, évidemment, la très grande majorité des Juifs fut happée par la machine nazie et n'a même pas eu la chance de se défendre. Et fut torturée, massacrée et gazée.

Les leçons qu'il faut tirer de la Shoah sont importantes.

Le billet de Richard Marceau se poursuit après la galerie

International Holocaust Remembrance Day

Deux dimensions : universelle et particulière

L'Holocauste a deux dimensions, à première vue contradictoires: une dimension universelle et une dimension particulière.

Le message universel est qu'un groupe (ethnique, national, religieux, sexuel ou autre) peut être la victime d'une haine si intense, si féroce, que cela mène à des actes innommables.

Le génocide arménien après la Première Guerre mondiale, les massacres au Cambodge dans les années 70, le génocide rwandais en 1994 et, aujourd'hui, la situation au Darfour montrent que l'Homme est capable du pire. Les Juifs n'ont pas le monopole de la souffrance - et n'ont jamais prétendu l'avoir non plus.

Par contre, la dimension particulière, spécifique de l'Holocauste, c'est que le peuple juif a été, depuis des millénaires, l'objet d'une haine spéciale.

Par les païens du monde grec, et plus tard romain, qui rejetaient le monothéisme. Par le monde chrétien qui n'acceptait pas le refus du peuple juif de reconnaître Jésus comme le Messie.

Par le régime nazi qui a mis les immenses ressources de la nation allemande au service de la destruction des enfants d'Israël.

Et aujourd'hui, par les nombreux mouvements islamistes implantés un peu partout dans le monde.

Le rôle des autorités publiques

Le nombre de rescapés de la Shoah diminue très rapidement. Bientôt, il ne restera plus de témoins de cette période sombre de notre histoire.

Seules les commémorations publiques et l'éducation permettront de ne pas oublier.

En ce sens, les déclarations de nos leaders politiques (le premier ministre Harper, le chef du NPD Thomas Mulcair et le chef libéral Bob Rae) sont importantes et essentielles.

C'est ainsi que le «N'oublions jamais» suivant l'Holocauste se mariera avec notre «Je me souviens».