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Être juif au Québec en période de crise au Proche-Orient

27/11/2012 01:57 EST | Actualisé 27/01/2013 05:12 EST
Getty Images
Palestinian schoolboys look through a hole at their damaged United Nations run school in Gaza City, on November 24, 2012, three days after a truce was declared between Israel and Hamas. Gaza's children, virtually absent from the streets since the violence, are beginning to return to school after a truce between Israel and Gaza's Hamas rulers ended eight days of deadly bombardment. AFP PHOTO/MOHAMMED ABED (Photo credit should read MOHAMMED ABED/AFP/Getty Images)

Les flambées de violence au Proche-Orient sont, et c'est bien normal, présentées et analysées sous l'angle des conséquences qu'elles ont pour les États et les populations qui y sont installées.

J'aimerais cependant vous partager l'impact que ces événements peut avoir sur des Québécois de confession religieuse minoritaire. Car cet impact est majeur dans la vie de plusieurs - dont la mienne.

Silence - furie

D'abord, de façon générale, cela commence par... le silence. Auditeur régulier de la radio israélienne, lecteur assidu de la presse de l'État juif, je savais que les missiles de Gaza tombaient sur Israël. J'entendais combien la vie des civils était infernale, combien ils avaient peur, que les garderies, écoles et universités étaient fermées. Que la peur était tangible, très réelle. Mais, à lire, regarder et écouter les médias québécois, on n'en savait rien. En d'autres mots, quand les Juifs se font bombarder, ce n'est pas une nouvelle.

Puis, Israël réplique et nos médias se réveillent, les manchettes s'écrivent, les correspondants spéciaux se déplacent, les émissions spéciales se succèdent.

En d'autres mots, quand les Juifs répliquent, ça devient une nouvelle - et une source de condamnations répétées - avec les exceptions notables des Joseph Facal, Mario Dumont et Dominic Maurais, dont l'indépendance d'esprit et la volonté de ne pas toujours suivre les consensus ne sont plus à démontrer.

Les tueries d'Arabes sont nombreuses en Syrie (plus de 30 000 morts) et nos rues sont désertes. Aucune manifestation. Aucune dénonciation des groupes de gauche et de Québec solidaire. Et des groupes disant défendre les Arabes. Les civils syriens sont la cible d'un régime dictatorial et sanguinaire, silence.

Israël riposte de façon chirurgicale à des tirs de groupes obscurantistes, islamistes, extrémistes, anti-femmes et anti-gays et - magie! - nos manifestants professionnels se manifestent.

Que doit penser un Québécois juif de tout cela? Qu'un bon Juif est un Juif passif quand il est agressé?

Le rôle des médias

Non seulement les médias ne se réveillent-ils que lorsque les Juifs cessent d'être des cibles passives, mais ce qu'ils présentent ne peut, trop souvent, que faire monter la pression.

La chroniqueuse culturelle de La Presse Nathalie Petrowski présente des jeunes femmes israéliennes comme des écervelées qui seraient heureuses de tuer simplement parce qu'elles mettent des photos souriantes d'elles-mêmes en uniforme sur Facebook. Ces jeunes femmes, conscrites pendant deux ans, tentent de garder une vie normale dans une situation anormale et dans une région du monde hostile.

Pendant qu'ici, leurs consoeurs vont au CÉGEP et à l'Université et sortent dans les bars et discothèques pour s'amuser - et cela devrait être de même pour toute la jeunesse du monde - les jeunes Israéliennes doivent donner deux ans de leur vie pour le service militaire.

Au lieu de se préparer pour leurs examens, elles doivent se préparer à affronter des groupes armés qui rêvent de les tuer et de faire disparaître leur société et leur pays. Chaque Israélien a perdu un parent ou des amis à la guerre et aux attentats terroristes. S'il y a une jeunesse qui connait les affres de la guerre, c'est bien la jeunesse israélienne.

Comment Petrowski peut-elle ainsi blâmer ces jeunes femmes d'essayer tout de même de vivre leurs vies?

Un populaire animateur de nuit - Jacques Fabi pour ne pas le nommer - se fait appeler par une auditrice arabe (elle s'auto-identifie ainsi), celle-ci se dit partisane d'Hitler, affirme que l'Holocauste (qui a fait, rappelons-le 6 000 000 de victimes innocentes, enfants, femmes et hommes) a été "la plus belle chose qui puisse arriver pour (sic) l'histoire"et que trouve à faire Fabi? Non seulement ne condamne-t-il pas cette nazie arabe, il en remet en se plaignant que la liberté d'expression s'arrête à la critique des Juifs et que ceux-ci peuvent être emmerdants et problématiques. (1) Comment un Juif québécois peut-il se sentir quand un média responsable diffuse de telles choses chez nous?

Même à l'université

Nos universités sont le lieu de formation de nos élites. Un lieu où les idées doivent être discutées, analysées, débattues. Or, un professeur de l'Université de Montréal - Julien Bauer - sort du consensus pro-palestinien québécois, il voit son bureau se faire vandaliser, il est la cible de graffitis antisémites. Comment un Juif québécois peut-il se sentir quand de telles choses se produisent?

Comme je l'ai écrit dans mon livre Juif, Une histoire québécoise, le Québec n'est pas une société antisémite. Mais il y a de l'antisémistisme chez nous.

Nous nous sommes dotés d'institutions et de législations qui protègent nos droits. Et c'est tout à notre honneur.

Mais n'est-il pas permis d'affirmer tout de même que, lorsque le seul État juif du monde est impliqué, quelque chose est pourri au Québec?

(1) L'employeur de Jacques Fabi a depuis suspendu l'animateur, et celui-ci s'est vu forcé de s'excuser.

Les gazaouis célèbrent la trêve

Les Gazaouis célèbrent

Les images du conflit compilées par nos collègues américains. Attention, certaines photos peuvent choquer.


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