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Israël: une démocratie très vivante

16/01/2013 12:26 EST | Actualisé 18/03/2013 05:12 EDT
AP
FILE - In this Monday, March 5, 2012 file photo, Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu listens as President Barack Obama speaks during their meeting in the Oval Office of the White House in Washington. President Barack Obama's re-election leaves Israel's prime minister in a bind. Benjamin Netanyahu has clashed with Obama and was widely seen as backing challenger Mitt Romney. In coming months, however, Netanyahu will need American support as the Palestinians seek upgraded U.N. recognition and the world grapples with Iran's nuclear program. (AP Photo/Pablo Martinez Monsivais, File)

Je reviens tout juste de plusieurs jours en Israël (et à Ramallah et la nouvelle ville de Rawabi en Cisjordanie, mais j'y reviendrai une autre fois).

Israël est à la fin d'une campagne électorale que tous prédisaient sans surprise. Or, on le sait bien, une campagne électorale est rarement sans surprise. L'électorat peut soudainement s'enthousiasmer pour un candidat ou un parti, ou les rejeter tout aussi soudainement. J'ai personnellement vécu cela lors de la campagne du Bloc de 2005-2006 dans la région de Québec. À l'échelle du Québec, les élections du 2 mai 2011 sont aussi un bon exemple, alors que le Bloc québécois se faisait pulvériser par la vague orange du NPD.

Les élections israéliennes se font sous le modèle de la proportionnelle pure. Le pays en entier est une seule circonscription électorale. Un parti qui a 10% des voix aura 10% des sièges.

Plusieurs partis en lice

Trente-quatre (!) partis se disputent les faveurs des électeurs israéliens.

Le principal parti de droite, le Likoud, a créé une liste commune avec le parti Yisrael Beitenou (Israël est notre maison) du ministre Avigdor Liberman. Or, cette liste conjointe se dirige vers un résultat plus faible que ce que les deux partis auraient eu s'ils avaient lutté un contre l'autre en campagne! De plus, Netanyahou, officiellement en faveur de la solution des deux États (ce qui, pour un chef du Likoud, est l'équivalent de Pauline Marois se déclarant en faveur du fédéralisme canadien), a dans sa liste des gens qui y sont sceptiques, voire réfractaires.

Le parti qui avait récolté le plus de sièges lors de la dernière élection, Kadima, est sur le point de se faire anéantir. Les meilleures projections lui accordent 3 sièges (sur 120).

Il faut dire que son espace politique, le centre, est disputé aussi par les deux partis centristes que sont Yesh Atid (Il y a un avenir) d'une vedette de la télévision israélienne (son émission était une des plus regardées en Israël), Yaïr Lapid (fils du très anti-clérical ex-ministre de la Justice Tommy Lapid) et par Le Mouvement de Tzipi Livni, dirigé par...Tzipi Livni.

Le Parti travailliste a quant à lui fait un pari risqué : alors que les élections israéliennes se décident normalement sur les enjeux sécuritaires, le Parti travailliste a décidé de se focaliser sur les enjeux sociaux, allant jusqu'à recruter une des meneuses du mouvement social de l'été 2011, Stav Shaffir, 26 ans, sorte de Léo Bureau Blouin, Gabriel Nadeau-Dubois et Martine Desjardins en un. Les manifestations qu'elle a menées avaient amené, à un certain moment, 10% des Israéliens (800 000) dans la rue, beaucoup plus que ce que nous avons vu chez nous lors du Printemps érable.

J'ai rencontré Shaffir pendant quelques heures et ai eu de très intéressants échanges sur les suites à donner à de telles manifestations. Réticente au début à s'impliquer en politique, elle a bien dû se rendre compte que la politique, malgré ses imperfections, reste encore la meilleure façon de faire changer les choses.

Naftali Bennett, du parti Habait Hayehoudi (La Maison juive) est la plus grande surprise de ce cycle électoral. Soldat de la plus prestigieuse unité de l'armée israélienne, le Sayeret Matkal (unité qui a mené le raid d'Entebbe en 1976 pour libérer des otages d'un avion détourné vers l'Ouganda), un self-made multimillionnaire, son charisme, sa jeunesse et son côté direct plaisent même à des gens qui ne partagent pas ses vues de droite dure.

Finalement, les partis arabes obtiendront probablement encore une dizaine de sièges, assez pour continuer de faire entendre haut et fort la voix des Arabes israéliens et s'assurer que les préoccupations de cette importante minorité soient entendues à la Knesset.

Ceci étant, en Israël, contrairement à ici, la campagne électorale n'est qu'un étape dans la formation d'un gouvernement. Tous les gouvernements israéliens, tous, depuis la fondation de l'État en 1948, ont été des gouvernements de coalition. Des chefs de partis qui débattent férocement en campagne (et les campagnes israéliennes sont plus dures que les nôtres en termes de férocité) se retrouvent quelques semaines plus tard à partager les banquettes gouvernementales.

Il sera intéressant de voir quel genre de coalition le gagnant probable, Netanyahou, formera.

Ses partenaires naturels se trouvent à sa droite. Mais Netanyahou aime être au centre de l'échiquier politique, ce qui peut l'amener à pratiquer une ouverture vers le centre.

Tout cela pour dire que les résultats électoraux du 22 janvier prochain seront bien sûr passionnants à suivre, mais il sera difficile de connaître la direction que prendra le gouvernement israélien avant de voir qui sera membre de la coalition gouvernementale.

Une chose est sûre : Israël est une démocratie très vivante.