Richard Marceau

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Oui, il est cachère de critiquer Israël

Publication: 12/04/2012 09:08

On m'accuse quelques fois, y compris dans les commentaires laissés après certains de mes textes publiés sur ce site, de ne pas accepter les critiques à l'égard d'Israël.

Qu'il me soit permis de clarifier mon point de vue - que je croyais plutôt clair : Oui, il est cachère de critiquer Israël.

Israël, comme toutes les organisations humaines (États, syndicats, nations, religions, gouvernements, partis politiques, institutions, etc.), n'est pas au-dessus des critiques.

Je suis à la fois un ami de l'État d'Israël et un critique de ce même État. Plusieurs de ses politiques méritent d'être critiquées. C'est notamment le cas des implantations juives, que j'ai dénoncées lorsque j'étais député et dans les pages de mon dernier livre, Juif, une histoire québécoise.

Un test simple

Il existe une façon simple de distinguer les critiques légitimes envers Israël de l'antisionisme et de l'antisémitisme à partir de la grille d'analyse des trois « D » de Natan Sharansky, un ancien dissident soviétique, qui fut ensuite ministre dans divers gouvernements israéliens.

Le premier D est celui de la démonisation. Quand l'État d'Israël est critiqué hors de toute proportion, par exemple en le comparant à l'Allemagne nazie, nous avons affaire à un premier D. Stéphane Gendron, dans une chronique parue dans le Journal de Montréal le 1er juin 2010, nous en donne un exemple éloquent lorsqu'il écrit : « Quelle est la différence entre le ghetto de Varsovie et le camp de concentration de Gaza? »

Le deuxième D, c'est le test du double standard. Quand, par exemple, Israël est condamné pour un geste, alors que les actes de tous les États des environs et du monde sont passés sous silence. C'est ce à quoi je faisais référence dans mon texte intitulé « Une flottille pour la Syrie? » publié sur ce site il y a peu.

Le troisième D, c'est le test de la délégitimation. Il apparaît très clairement quand quelqu'un affirme que l'État israélien ne devrait pas exister.

Antisionisme et antisémitisme

Il est courant pour les antisionistes de se défendre d'être antisémites. Mais ce qu'ils font, c'est refuser au peuple juif le même droit à l'autodétermination qu'ils reconnaissent à tous les autres peuples du monde. Partant de là, il est facile d'en tirer cette conclusion.

C'est bien ce qu'écrit l'intellectuel français Pierre-André Taguieff :

« Abordé dans sa dimension idéologico-politique, l'antisionisme radical se reconnaît à son argumentation, dont la finalité est de légitimer la destruction d'Israël, d'une façon ou d'une autre - par la force des armes, ou bien par une voie indirecte, qu'il s'agisse de la création d'un État binational ou du retour de tous les "réfugiés" palestiniens (descendance comprise). Sur le territoire israélien. Chez les antisionistes radicaux, l'objectif de destruction finale de l'État juif peut ne pas être conscient, ni clairement affirmé. Dans tous les cas, cependant, l'élimination d'Israël apparaît comme la conséquence logique d'une argumentation diabolisante dirigée contre Israël et qui, condamnant systématiquement les décisions et les actions politiques de l'État juif, aboutit à faire d'Israël un État en trop, le seul État au monde à être ainsi traité. L'antisionisme radical postule donc que les Juifs n'ont pas le droit de se constituer en communauté nationale dotée d'un territoire et d'un toit étatique. Le peuple juif est ainsi discriminé : il est le seul peuple auquel est nié le droit à l'existence stato-nationale. »

En d'autres mots, l'antisionisme est une forme de racisme.

D'ailleurs, l'Union européenne a elle aussi fait le lien entre antisionisme et antisémitisme. L'Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes, institution de l'Union européenne qui a été remplacée en 2007 par l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne, a publié en 2004 une définition de travail de l'antisémitisme et a donné des exemples d'attitudes antisémites :

« L'antisémitisme est une certaine perception des juifs, pouvant s'exprimer par de la haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l'antisémitisme sont dirigées contre des individus juifs ou non-juifs et/ou leurs biens, contre les institutions de la communauté juive et contre les institutions religieuses juives. »

Plus loin, l'Observatoire affirme que « l'État d'Israël, perçu comme une collectivité juive, peut aussi être la cible de ces attaques » et donne des « exemples non exhaustifs de réflexions antisémites en rapport avec l'État d'Israël:

∙ Nier au peuple juif le droit à l'autodétermination, en prétendant par exemple que l'existence de l'État d'Israël est une entreprise raciste.

∙ Faire preuve d'une double morale en exigeant d'Israël un comportement qui n'est attendu ni requis d'aucun autre pays démocratique.

∙ Utiliser des symboles et images associés à l'antisémitisme classique (par ex. : l'affirmation que les Juifs ont tué Jésus ou les meurtres rituels) pour caractériser Israël et les Israéliens.

∙ Faire des comparaisons entre la politique actuelle israélienne et celle des nazis.

∙ Tenir les juifs de manière collective pour responsables des actions de l'État d'Israël.

Toutefois, les critiques à l'égard d'Israël comparables à celles exprimées à l'encontre d'autres pays ne peuvent être qualifiées d'antisémites. »

L'antisionisme est une forme de haine

Je le dis franchement: l'antisionisme est une forme de haine, une haine qui amène quelqu'un à souhaiter la disparition d'un pays en entier (Israël). Parce que c'est bien cela l'antisionisme: vouloir que l'État d'Israël n'existe pas. Qu'il n'existe plus. Qu'il disparaisse. Et pourtant, cette haine est couramment acceptée au Québec et ailleurs en Occident (sans parler évidemment du monde arabo-musulman). Je me demande d'ailleurs comment serait traitée la personne qui ferait la promotion de la disparition de la France, de la Russie ou du Québec...

La critique disproportionnée

En d'autres mots, critiquer le seul État juif du monde n'est pas de l'antisémitisme, mais le faire d'une façon complètement disproportionnée, ça l'est.

 

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