Richard Marceau

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Signes religieux: le projet de Charte des valeurs va trop loin

Publication: 21/08/2013 00:04

Une fuite - probablement voulue - dans le Journal de Montréal (article payant) nous a donné mardi les grandes lignes du plan Drainville sur la place des signes religieux. Ce plan va très loin. Trop loin.

Pratiquement personne au Québec n'est contre la séparation de la religion et de l'État. Ce principe, né des Lumières, veut faire en sorte qu'aucune église ne contrôle l'État mais, et c'est tout aussi important, assure aussi que l'État n'impose pas aux individus la manière de vivre leur foi - ou leur absence de foi.

Le Québec est de facto une société laïque depuis longtemps. Est-ce une bonne chose? Absolument.

La question qui se pose a plutôt rapport aux modalités de l'application de ce principe. Et c'est là que le bât blesse.

Une grande respiration collective

Prenons tous une grande respiration collective, utilisons ce GBS (gros bon sens) qui est une des caractéristiques du peuple québécois et posons froidement certaines questions.

En quoi un informaticien sikh portant un turban travaillant dans un ministère nuit au principe de laïcité et de séparation de la religion et de l'État? En portant un turban, cherche-t-il à imposer sa religion aux autres citoyens de l'État québécois?

Comment une enseignante portant le voile (avec son visage découvert) peut-elle être considérée tellement «dangereuse» pour le reste de la société qu'on lui interdirait de manifester son appartenance religieuse?

En quoi un bibliothécaire juif portant la kippa chercherait-il à imposer sa religion à ses confrères et consœurs, voire au Québec tout entier?

Les chrétiens, à la différence des Juifs et des Sikhs pratiquants, n'ont pas à porter de signes distinctifs. Or, qu'est-ce qui garantit qu'un juge chrétien à la tête nue n'imposera pas une idéologie extrême?

Depuis quand un pratiquant portant un signe religieux distinctif serait moins modéré, plus dangereux, que quelqu'un qui n'en porte pas mais qui partage des valeurs rétrogrades? Je peux donner des dizaines d'exemples de Sikhs portant le turban et de Juifs portant la kippa qui partagent à 100% les valeurs d'égalité de l'homme et de la femme et de séparation de l'Église et de l'État. De même que des dizaines d'exemples de gens qui ne portent aucun signe distinctif, mais qui aimeraient que la religion ait un rôle beaucoup plus important dans l'espace public (je le sais, j'ai eu à me frotter à plusieurs d'entre eux pendant le débat sur le mariage des conjoints de même sexe).

Pourquoi fait-on fi du fait que la liberté de religion est un droit fondamental universel et que celle-ci inclut le droit de la manifester? Par exemple, l'article 10 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne se lit ainsi:

Liberté de pensée, de conscience et de religion

1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites.

Ce qu'on porte ou ce qu'on pense?

Comme je l'ai écrit ailleurs, la laïcité oblige l'État à ne faire la promotion d'aucun culte et à assurer un espace où toutes les croyances - et non-croyance - sont sur le même pied. Elle assure aussi que les religions ne dictent pas aux autorités publiques quoi faire.

La laïcité n'est pas la chasse au phénomène religieux. La laïcité n'est pas une obligation pour les citoyens - y compris les fonctionnaires de l'État - de ne pas manifester leur appartenance religieuse.

L'État n'a pas à dire aux citoyens quoi penser et quoi ne pas penser, quoi croire ou ne pas croire. Ni comment s'habiller.

La neutralité religieuse n'est pas fonction de ce qu'une personne porte mais bien de ce qu'elle pense.

Porter un turban ou une kippa est un choix personnel et n'a aucune incidence sur l'impartialité de cette personne.

Il est encore temps de bien réfléchir et d'en arriver à un document qui réitère les fondements de la société québécoise, qui part du Québec d'aujourd'hui, qui bâtit un Québec pour tous et où tous ceux qui partagent les valeurs d'égalité, de liberté et de diversité puissent s'épanouir.

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