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Accommodements raisonnables: quand un court tweet en dit long

18/08/2013 10:06 EDT | Actualisé 18/10/2013 05:12 EDT

Le 25 juillet dernier, André Pratte écrivait dans La Presse un éditorial intitulé Le modèle français. Dans ce texte, Pratte, en se basant sur les émeutes de Trappes, affirmait que le modèle français d'intégration ne fonctionne pas.

Pour avoir fréquenté de près l'élite française lors de mes études à l'École nationale d'administration, pour avoir de nombreux contacts dans le monde politique et administratif de l'Hexagone, pour lire constamment les médias français et les essais qui y sont écrits, je ne peux m'empêcher d'être d'accord avec la conclusion de Pratte: le modèle français d'intégration ne fonctionne pas.

D'entières villes, d'entiers quartiers sont devenus des zones de non-droit, où les forces de l'ordre n'osent pas entrer. Des générations de Nord-Africains (principalement) sont laissées pour compte et ne peuvent embarquer dans l'ascenseur social.

Les gens qui y vivent sont la proie de preachers radicaux, d'islamistes et de criminels et se voient bloquer à peu près toutes les avenues de sortie.

Un modèle d'intégration responsable de terrorisme?

J'ai donc tweeté que le texte de Pratte sur le sujet «méritait d'être lu».


J'ai rapidement reçu un message sur Twitter de la part de Djemila Benhabib, la militante pro-laïcité québécoise et auteure bien connue.


Transparence totale: je connais personnellement et aime bien Djemila, avec qui j'ai des discussions fort intéressantes.

Dans son tweet, Djemila ajoutait un lien vers cet article sur Hassan el Hajj Hassan, un Canadien qui a été identifié comme étant un responsable de l'attentat ignoble du Hezbollah contre des touristes israéliens en Bulgarie, le 18 juillet 2012 ayant causé la mort de 6 innocents.

Ainsi, selon Djemila, le modèle canadien est responsable de la radicalisation de Hassan el Hajj Hassan et a poussé ce dernier à commettre l'innommable.

Qu'on me comprenne bien: je ne suis pas un supporter du multiculturalisme trudeauiste. Je l'ai dit et écrit à maintes reprises, y compris dans mon livreJuif, une histoire québécoise. Mais de là à dire que Hassan el Hajj Hassan a commis son geste à cause de cela, je n'embarque pas.

Le 3 août, La Presse publiait un reportage troublant intitulé Grand malaise face aux djihadistes français sur les jeunes français radicalisés par l'islam et qui sont prêts à prendre les armes pour promouvoir leur vision fanatisée de cette religion. On aurait pu penser aussi à Mohamed Merah, responsable d'une attaque terroriste contre une école primaire juive en 2012 et qui a tué quatre personnes dont de jeunes enfants.

J'ai donc demandé à Djemila, par Twitter comme elle l'avait fait, la question suivante: Si elle croit que le modèle canadien a créé Hassan el Hajj Hassan, suivant le principe bien connu de "Si c'est bon pour Minou, c'est bon pour Pitou", le modèle français a-t-il créé tous ces djihadistes français?


Je n'ai pas reçu de réponse de Djemila, ce qui, en soi, en est une.

Le billet se poursuit après la galerie

Les principales arrestations d'islamistes en France depuis dix ans


Une solution «Made in Québec»

Je suis évidemment plus qu'ouvert à regarder ce qui se fait ailleurs. Il serait stupide de faire fi de l'expérience d'intégration acquise dans d'autres pays occidentaux à forte immigration. Mais simplement importer ce qui se fait ailleurs, sans véritablement réfléchir sur la situation qui nous est particulière à nous, Québécois, ici, au Québec, nous mènera dans un cul-de-sac.

Le modèle français de laïcité est bien mal compris ici. En fait, j'irai plus loin, j'ai souvent l'impression que le concept de laïcité lui-même est mal compris.

La laïcité est une obligation de l'État, pas une obligation pour les citoyens.

Elle oblige l'État à ne faire la promotion d'aucun culte et à assurer un espace où toutes les croyances - et non-croyance - sont sur le même pied. Elle assure aussi que les religions ne dictent pas aux autorités publiques quoi faire.

La laïcité n'est pas la chasse au phénomène religieux. La laïcité n'est pas une obligation pour les citoyens - y compris à mon avis les fonctionnaires de l'État - de ne pas manifester leur appartenance religieuse. La laïcité n'est une interdiction pour les citoyens de 'laisser leur religion à la maison ou dans leurs temples'.

La séparation de la religion et de l'État ne veut pas dire que l'État fasse la promotion de l'athéisme - ou de quelconque autre idéologie. Ou qu'il fasse de l'athéisme le fondement de quelque politique publique que ce soit.

L'État n'a pas à dire aux citoyens quoi penser et quoi ne pas penser, quoi croire ou ne pas croire.

Bref, la laïcité ne veut pas dire absence de religion dans la société. Elle veut dire neutralité de l'État vis-à-vis toutes les croyances - et non-croyances.

Ceci sans oublier, en passant, que la liberté de religion est considérée comme une des libertés les plus importantes au Québec, au Canada et dans le monde (art. 3 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, art. 2a de la Charte canadienne des droits et libertés, art. 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, art. 9 de la Convention européenne des droits de l'homme, art. 10 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, etc.)

L'immigration chez nous: plutôt un succès

Est-ce possible de se dire que, de façon générale, l'intégration se fait plutôt bien au Québec et au Canada? Et je ne minimise pas ici les défis liés à la francisation essentielle des immigrants venus s'établir au Québec.

Est-ce possible d'affirmer que, si on applique le principe "Quand on se regarde, on se désole; quand on se compare, on se console", l'immigration au Québec et au Canada est plutôt positive? Que la diversité est un plus pour nous? Qu'elle nous enrichit économiquement, démographiquement, culturellement, scientifiquement, etc.?

Que l'homogénéité rend une société plate, inintéressante?

Je comprends les défis posés notamment par l'islamisme, sujet dont j'ai déjà parlé. Mais, quand tout est dit, il y a au Québec assez d'intelligence collective, assez de sens commun, assez de pragmatisme pour trouver des solutions de chez-nous lorsque certaines frictions apparaissent entre nous. De cela, je n'ai aucun doute.

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