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Jour commémoratif des réfugiés juifs des pays arabes: un enjeu canadien

01/12/2014 09:24 EST | Actualisé 31/01/2015 05:12 EST

Le 24 novembre 1947, à peine cinq jours avant le vote de partition aux Nations Unies, créant à partir du mandat britannique deux États pour deux peuples, le chef de la délégation égyptienne à l'ONU affirmait: «Les vies d'un million de Juifs dans les pays musulmans seront mis en danger par la création d'un État juif.»

Ces mots s'avérèrent prophétiques.

Dans les années qui suivirent, près d'un million de Juifs furent forcés de quitter leurs foyers en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

En 1956, le choix qui s'offrait aux Juifs égyptiens était clair : quitter le pays immédiatement - ou se faire envoyer dans un camp de concentration. Pensez-y : un camp de concentration 11 ans à peine après l'éradication de 6 000 000 de Juifs en Europe.

Le déplacement forcé des Juifs des pays arabes a été marqué par l'incitation de la part des autorités, par le vol, par des violentes manifestations, par des attaques incendiaires, par des pogroms et par le meurtre.

Ce traumatisme, cette haine, cette violence sont profondément inscrits dans la mémoire de la communauté juive séfarade.

Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (que j'appellerai CIJA) et les organisations qui l'ont précédé (comme le Congrès juif canadien) ont depuis longtemps pris la défense des réfugiés juifs des pays arabes. Depuis en fait pratiquement le tout début.

Par exemple, suite à des mois de requête de la part du Congrès juif canadien en 1956, le gouvernement canadien a décidé « considérant les besoins humanitaires urgents », de renoncer aux mesures de sécurité habituelles et de faciliter l'établissement des Juifs d'Afrique du Nord au Canada.

Ainsi, entre 1948 et 1967, 25 000 Juifs marocains sont venus au Canada, faisant partie de l'exode de 200 000 Juifs marocains.

En juin dernier, le gouvernement d'Israël a désigné le 30 novembre comme jour de souvenir des réfugiés juifs des pays arabes. Mais ceci n'est évidemment pas qu'un enjeu israélien. C'est aussi un enjeu canadien.

Des milliers et des milliers de Juifs ont fui les persécutions en Afrique du Nord et au Moyen-Orient en s'établissant au Canada avec leurs familles pour y construire une nouvelle vie. Pour eux et leurs familles, c'est une question de justice fondamentale.

En novembre 2013, le Comité permanent des affaires étrangères de la Chambre des communes du Canada adoptait - à l'unanimité - un rapport qui recommandait que : le gouvernement du Canada reconnaisse officiellement l'expérience des réfugiés juifs qui ont été déplacés des pays du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord après 1948.

Le 3 mars dernier, grâce notamment aux efforts de John Baird, le gouvernement du Canada faisait connaître sa réponse : il a endossé cette recommandation.

Cela fait du Canada le seul pays, outre Israël, à reconnaître formellement les réfugiés juifs à un si haut niveau.

Ce résultat est le produit d'un travail de longue haleine au Canada, culminant avec le partenariat entre CIJA et une coalition internationale menée par le groupe Justice for Jews from Arab countries.

Travaillant en coopération avec tous les partis politiques de la Chambre des communes, CIJA a facilité les audiences du Comité des Affaires étrangères qui ont débuté en mai 2013.

Le comité a entendu les témoignages de plusieurs experts incluant le PDG de CIJA, Shimon Fogel, qui a parlé de la responsabilité historique du Canada à reconnaître l'expérience des réfugiés juifs.

Ceci étant dit, les témoignages les plus percutants ont sûrement été ceux des réfugiés eux-mêmes. Gladys Daoud et Lisette Shashoua n'auraient pu mieux traduire la perte, la profondeur de la blessure vécue par les réfugiés et leurs descendants. Et elles n'auraient pu mieux exemplifier les vies extraordinaires qu'elles se sont bâties ici au Canada.

En d'autres mots, Mesdames Daoud et Shashoua ont démontré hors de tout doute que le sort des réfugiés juifs des pays arabes était un enjeu canadien, qui méritait l'attention des autorités canadiennes.

C'est majeur comme changement. Majeur. Mais le travail n'est pas terminé. Loin de là. Nous devons faire plus, beaucoup plus, afin de faire connaître cette histoire. Beaucoup trop de Juifs ne connaissent absolument rien de l'expérience des Juifs du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Cela doit changer.

Tout comme les Juifs de partout au Canada se réunissent pour Yom haShoah par exemple, la communauté juive du Québec et du Canada se doit d'inscrire le 30 novembre comme Jour commémoratif des réfugiés juifs des pays arabes dans son propre calendrier.

Le monde non-juif doit aussi connaître cette histoire parce que, malheureusement, il y a des leçons qui s'appliquent aujourd'hui.

Dans les milieux islamistes, un dicton est à l'effet qu'après les gens du samedi viennent ceux du dimanche. En d'autres mots, après les persécutions des Juifs, les chrétiens seront persécutés.

Nous voyons cela aujourd'hui à travers le monde musulman.

Des groupes islamistes tels que l'État islamique, Al-Qaeda, Hezbollah et Hamas harcèlent, persécutent, emprisonnent, massacrent, violent les minorités religieuses et les forcent à quitter, à s'exiler.

Si ce n'était de l'existence de l'État d'Israël, y a-t-il quelqu'un qui doute que le peuple juif se trouverait dans la même situation?

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