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Pour gagner la lutte contre la drogue, suivez les États

Publication: 10/09/2012 09:24

La lutte contre la drogue a eu des effets dévastateurs aux États-Unis. Et pourtant, alors que démocrates comme républicains se sont réunis pour leurs conventions respectives, aucun des partis n'a adopté une position forte quant au besoin critique d'une réforme de la politique des drogues.

C'est surprenant. La réforme de cette politique n'est pas une question partisane. Pour les républicains, les initiatives de cette réforme assurent et sécurisent les droits des Etats tout en évitant le gâchis de dollars fédéraux déjà limités. Quant aux démocrates, les minorités, qui constituent une large part de leur électorat, portent disproportionnellement le plus lourd fardeau de la politique anti-drogue actuelle.

Maintenant que les mœurs et les opinions ont changé radicalement, nous avons en fait atteint un seuil critique pour la réforme des drogues aux États-Unis. Un sondage Gallup indiquait l'an dernier que 50% des Américains étaient en faveur de la légalisation de la marijuana.

En tant que chef d'entreprise, j'ai appris l'importance de déléguer et de laisser les entrepreneurs se débrouiller. Dans la réforme anti-drogue, ces entrepreneurs sont les États. Soutenus par des sondages comme celui que je viens de mentionner, des états comme le Colorado, l'Oregon, et celui de Washington ont pris l'initiative de légaliser la marijuana comme équivalente à l'alcool. Ils ont reçu une majorité de soutiens et peu d'opposition (38%). Au moins 17 Etats, dont le District of Columbia, ont déjà autorisé la détention de marijuana pour raisons médicales. La Californie, évidemment, a continué à franchir de nouvelles frontières, et les politiciens seraient bien avisés de ne pas fermer les dispensaires de marijuana médicale légale par loi fédérale.

51 milliards de dollars par an pour la lutte anti-drogue

Avec de tels États innovateurs, nous savons ce que nous devons faire pour la réforme des drogues. Une bonne chose, compte-tenu des coûts exorbitants des politiques d'alternatives actuelles. Les Etats-Unis dépensent aujourd'hui pas moins de 51 milliards de dollars par an dans la lutte anti-drogue. C'est le double des bénéfices d'Apple l'an dernier. C'est un chiffre terriblement démoralisant quand vous pensez à la manière dont même une fraction de cet argent aurait pu être mieux utilisée dans la prévention et les efforts de réhabilitation. Avec autant de discours sur l'économie en cette année d'élections, c'est frappant de constater que personne n'a regardé du côté de la réforme des drogues pour débloquer des fonds.

Une large portion de l'argent dépensé dans la lutte anti-drogue augmente la criminalisation. J'ai récemment eu le privilège de passer du temps avec Bryan Stevenson d'Equal Justice Initiative. J'ai été choqué lorsqu'il a indiqué que dans les années 1970, il n'y avait que 300.000 personnes en prison aux États-Unis! Quarante ans plus tard, le nombre de personnes emprisonnées -2,3 millions- est plus grand que la population de Houston (Texas). Stevenson attribue cette augmentation à la politique américaine des drogues, avec des minorités qui en payent le plus lourd tribut. Stevenson m'a confié qu'un noir sur trois aux Etats-Unis serait incarcéré entre ses 18 et ses 30 ans (Michelle Alexander a écrit un livre, The New Jim Crow, qui illustre comment la lutte anti-drogue a créé un système d'incarcérations massives).

La criminalisation sape également de futurs développements économiques. Une étude Pew récente a ainsi montré qu'une incarcération réduit de 40% les revenus des anciens détenus, aggravant encore la situation de leurs familles et leurs communautés.

Ce type d'incarcérations massives ne prend pas en considération les causes profondes, pénalisent des millions de gens et a plus probablement pour effet d'augmenter les récidives, plutôt que de régler vraiment le problème. Nous avons besoin de nouvelles approches qui abordent la drogue comme un sujet de santé et non une question criminelle.

55.000 personnes tuées ces 5 dernières années

Plusieurs pays ont déjà ouvert le chemin. Le Portugal, la Suisse et l'Allemagne, par exemple, ont choisi une approche de santé publique pour aborder la drogue. Je suis devenu membre de la Global Commission on Drug Policy pour aider à faire tomber les barrières concernant la réforme et faciliter l'accès à des recherches objectives, nous permettant d'apprendre de ces modèles innovateurs. Mais cela ne suffit pas. En cette année d'élections, nous devons encore plus sensibiliser la classe politique à ces nouvelles approches -qui feront diminuer les fardeaux émotionnels, légaux et financiers que génèrent des politiques aujourd'hui datées.

Avec une telle majorité pour la légalisation, c'est ahurissant de penser que les Américains vont continuer à encourager la méthode actuelle. Un changement serait d'ailleurs bénéfique pour l'ensemble du continent: juste à côté de nous, au Mexique, nous sommes témoins d'une véritable catastrophe humanitaire. Selon Isaac Campos, auteur de Home Grown: Marijuana and the Origins of Mexico's War on Drugs, juste sur les cinq dernières années, 55.000 personnes ont perdu la vie. Au moins 5000 personnes et peut-être deux fois plus ont disparu et 1,6 million de personnes -un nombre stupéfiant- ont été déplacées.

La marijuana est l'enjeu central. La moitié des arrestations aux États-Unis pour possession de drogues le sont pour de la marijuana. En 2010, plus de 855.000 Américains ont été arrêtés pour détention de marijuana, dont 88 % n'avaient rien d'autre. Au Mexique, la distribution de marijuana procure une portion significative des revenus issus du trafic de drogues. La légalisation de la marijuana -qui reste politiquement la manière la plus faisable pour faire reculer les pratiques actuelles- n'est pas une balle en argent qui va enlever aux cartels leur pouvoir. Cependant, si nous réussissons à faire comprendre aux leaders politiques américains que c'est une opportunité pour agir, nous avons une vraie chance de renverser le cours de la lutte anti-drogue actuelle et de stopper des souffrances inutiles.

En cette période pré-électorale, nous devons encourager les deux partis à prendre position en faveur de la réforme. Comme mes amis de la Drug Policy Alliance me l'ont confié, une grande majorité de démocrates comme de républicains pensent déjà que le gouvernement fédéral ne devrait pas interférer avec les lois d'État concernant la marijuana médicale. 74 % des Américains soutiennent également les alternatives à l'incarcération pour possession de marijuana.

La légalisation est un pari gagnant-gagnant pour les deux partis. La porte est ouverte. Si nous ne nous unissons pas maintenant pour soutenir les efforts de réforme aux Etats-Unis, nous risquons de faire marche arrière et manquer cette opportunité.

Ce post fait partie du HuffPost Shadow Conventions 2012, qui met en lumière trois questions n'ayant pas été abordées lors des conventions républicaines et démocrates : la lutte anti-drogue, la pauvreté en Amérique et l'argent dans la politique.

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