Reynaldo Marquez

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Le choc des valeurs

Publication: 30/04/2012 16:04

Tout d'abord, merci pour vos nombreux commentaires au sujet de mon dernier billet intitulé Pourquoi je porte le carré vert. Plusieurs d'entre vous m'ont reproché un soi-disant manque de substance quant aux motifs pour lesquels je suis en faveur de la hausse des frais de scolarité.

Pour information, le but de mon billet n'était pas de convaincre personne d'appuyer la hausse. Mon texte s'adressait aux convertis qui croient, tout comme moi, que cette hausse est justifiée afin qu'ils manifestent plus bruyamment leur opinion. Relisez-le, vous verrez. Mais puisque vous insistez tant à connaître le fond de ma pensée, alors le voici :

1- Tout d'abord, je suis en faveur de cette hausse parce que je la trouve raisonnable. Pourquoi? Parce que cette hausse n'est que de 1625$ sur cinq ans, soit de 325$ par année. Cela veut dire que malgré la hausse, les frais de scolarité au Québec demeureront inférieurs à la moyenne canadienne actuelle. En 2016-2107, les droits de scolarité au Québec atteindront 3800$ contre 5400$ pour la moyenne canadienne actuelle, qui elle aussi risque d'augmenter au cours des prochaines années.

2- Dans un même ordre d'idées, il est vrai que la hausse peut paraître élevée en pourcentage puisque les frais feront un bond de l'ordre de 75%. Cependant, il s'agit en réalité d'un rattrapage des années où les droits ont été maintenus artificiellement.

3- Ensuite, la hausse est raisonnable puisque la contribution des étudiants au budget de fonctionnement des universités demeurera à des niveaux plus que respectables. À l'heure actuelle, la contribution des étudiants est de 13% et elle atteindra seulement 17% en 2016-2017. Malgré l'annonce d'une hausse des frais de scolarité, le financement de nos universités restera largement subventionné par l'État et les frais assumés par les étudiants demeureront bien inférieurs au coût réel de leur formation.

4- Maintenir le gel est une mesure irresponsable et peu solidaire. En effet, tandis que les droits de scolarité se maintiennent au même niveau, les dépenses des universités, elles, augmentent d'année en année. Résultat : le gouvernement doit augmenter son financement. Au bout du compte, ce sont les contribuables qui finissent par payer la note.

5- Et puisque les dépenses des universités augmentent d'année en année, cela explique pourquoi ceux qui étudient après nous doivent payer plus que nous, tout comme nous avons déboursé plus de sous que ceux qui ont étudié avant nous.

6. De plus, le gel en vigueur au cours des neuf années précédentes ne pouvait plus perdurer. N'oubliez pas que nous sortons d'une crise économique, nos exportations reculent ou au mieux stagnent depuis deux ans. Sans compter qu'Ottawa a réduit ses paiements de transfert pour l'éducation postsecondaire dans le cadre de sa lutte contre le déficit. Bref, nos finances publiques sont mal en point. Le gel était un luxe, on n'en a plus les moyens.

7- C'est sans compter que le gouvernement a bonifié son programme de prêts pour minimiser le plus possible les problèmes d'accessibilité aux études qui pourraient survenir. N'oublions pas que l'éducation universitaire est avant tout une décision personnelle et la première personne qui en bénéficiera c'est l'étudiant lui-même, pas juste la société.

8- Est-ce que les universités sont mal gérées? Oui. Est-ce que le gouvernement devrait hausser les impôts des entreprises? C'est une piste intéressante. Est-ce que l'argent pourrait provenir d'ailleurs? Sans doute. Mais est-ce qu'il faut maintenir le gel pour autant? Non, pourvu que cette hausse soit raisonnable. Et elle l'est.

9- Le vrai problème est le suivant : nous assistons à un choc des valeurs en ce moment. D'un côté, il y a ceux qui croient que le gouvernement devraient continuer d'intervenir dans notre économie et dans notre société. D'un autre, il y a ceux, comme moi, qui croient, en une responsabilisation de l'individu. On peut bien se lancer dans une guerre de chiffres; les chiffres, ça se discute. Les valeurs, comme le goût et les couleurs, ça ne se discute pas.

 

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