La candidate péquiste dans Trois-Rivières, Djemila Benhabib, fait fausse route en s'attaquant au crucifix de l'Assemblée nationale. Si elle tient absolument à causer religion et laïcité durant cette campagne électorale, elle devrait plutôt prendre position sur la certification religieuse, cachère et halal, apposée parfois de force sur nos aliments. Le débat que nous avions entrepris sur cette dernière question, le printemps dernier, est demeuré entier.
Lors d'une récente sortie, Madame Benhabib a dit vouloir faire retirer le crucifix de notre parlement provincial. Le motif? Le crucifix serait un symbole religieux qui contreviendrait à l'apparence de neutralité que doit observer l'État québécois à l'endroit de nos concitoyens aux convictions les plus diverses et qui, peut-on en déduire, ne sont pas tous chrétiens.
Avec cette sortie, Madame Benhabib semble compter sur la controverse pour faire parler d'elle et faire avancer ses idées dans un Québec qui est, à la fois et paradoxalement, devenu irréligieux, mais qui demeure pourtant hyper-fier de son héritage catholique. D'origine algérienne, l'aspirante députée s'est fait connaître du public québécois avec son livre à succès intitulé Ma vie à contre Coran, paru en 2009 chez les éditions VLB. Sa dénonciation du crucifix illustre bien l'esprit rebelle et contestataire qui paraît l'animer dans son désir de laïcité.
Appelez-moi naïf, mais je crois ses intentions bonnes et sincères. D'autant plus que Djemila Benhabib dénonce le fanatisme religieux, prôné par les islamistes, dans son bouquin. Étant moi-même favorable à une laïcité bétonnée, j'aurais normalement salué la sortie de la citoyenne Benhabib. Seulement voilà, en s'attaquant au crucifix, Djemila Benhabib, s'en prend à la mauvaise cible.
En effet, la présence du crucifix à l'Assemblée nationale est loin d'être un scandale. De nos jours, ce crucifix est davantage un symbole historique, relié au patrimoine historique québécois, et non plus un symbole strictement religieux. Au risque de me répéter, le débat n'est pas là. Et loin de moi l'idée d'alimenter la controverse, mais le véritable scandale se trouve plutôt dans les supermarchés à grande surface et dans l'épicerie du coin.
Rappelons que plusieurs des aliments sur nos tablettes portent la certification juive, cachère, et la certification musulmane, halal, et ce, parfois à l'insu des consommateurs, comme dans le cas du poulet Olymel.
Qui plus est, certains supermarchés obligeraient même des producteurs québécois à faire apposer une certification religieuse sur leurs produits. À défaut, ces grandes chaînes refuseraient de distribuer les aliments des producteurs réfractaires, peut-on lire dans un billet que j'ai écrit ici.
J'entends déjà certains me dire qu'il ne faut pas confondre les pommes avec les oranges. Que le débat sur la laïcité concerne l'espace public et que celui sur la certification religieuse à l'épicerie relève de la sphère privée. C'est vrai. Par contre, il ne faut jamais perdre de vue une chose. Au Québec, personne n'a le droit d'imposer sa religion aux autres, ni dans la sphère publique ni dans la sphère privée.
À ce que je sache, le crucifix de l'Assemblée nationale n'impose rien à personne. Par contre, certains épiciers obligent nos producteurs à se conformer aux préceptes religieux d'une minorité, et ce, en raison d'impératifs commerciaux. En conséquence, c'est la majorité qui écope. Le véritable scandale, il est là. Le PQ avait promis d'encadrer la certification religieuse, le printemps dernier. Depuis, c'est le silence.
C'est sur cet enjeu que nous aimerions bien entendre la candidate Djemila Benhabib.
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Cela semble admirable à beaucoup.
Par contre son souhait de supprimer les symboles du catholicisme est plus aggressive il faudrait qu'elle soit opposée au croissant, au drapeau vert, au ramadan, aux prières publiques de l'Islam pour être équitable.
Or tout cela serait anti-démocratique envers les citoyens musulmans qui ont droit à leur foi et à ses représentations selon toutes les chartes des droits de l'homme.
Mme Benhabib a tous les droits d'exprimer ses opinions.
De part ses origines, Mme Benhabib semble avoir une sensibilité et une connaissance réduites de la foi catholique. Visiblement, elle sous-estime les sentiments de nombreux habitants du pays et n'a de leur histoire qu'une vue théorique, dénuée des passions communes à un peuple Québequois miraculé grâce au catholicisme jusque bien dans les années 1960. Le détachement actuel progressif de la population est incomplet et le poids émotionnel et structurel de la religion catholique reste fort. Mme Benhabib s'expose à une stigmatisation qu'elle ne mérite sans doute pas mais qu'elle attire sur elle - et la communauté dont elle est issue - à la façon d'un paratonnerre.
Si elle atteint une âge avancé elle apprendra à éviter ce genre de maladresse.
Voila ce qu`on peut lire dans votre propre media HUFFPOST. Ce serait bien d'arreter de repeter les Titres contradictoires de la Presse Canadienne que Radio-Canada et Quebecor ont reprit aveuglement sans verifier les propos de celle-ci lors de la conference de presse originale en affirmant qu`elle veut retirer le crucifix aujourd`hui et qu`elle relance le debat. C`est totalement injuste et faux. Je crois que cet evenement (jeu du telephone mediatique) souligne un serieux derappage de certains journaliste dont on n`a vu l`ultime spectacle lors du TVA Nouvelles avec Pierre Bruneau hier et a LCN en boucle.
Mathieu Bock-Cote le resume tres bien dans sa chronique d`hier. Je salue d'ailleurs bien bas son honnetete. Merci d'en prendre bonne note.
J'accuse réception de votre commentaire et je vous remercie. Je note que vous trouvez "totalement faux et injuste" le traitement médiatique qui a été fait au sujet de la sortie de Madame Benhabib sur le crucifix. C'est votre opinion et je la respecte.
Moi aussi, j'ai lu la chronique de Mathieu Bock-Côté dont vous parlez. Si je me rappelle bien, M. Bock-Côté y dit ne pas comprendre comment se "construit une nouvelle". J'en déduis que pour lui, les médias n'auraient pas dû faire tout un plat avec les propos de la candidate, d'autant plus qu'elle les a elle-même relativisés.
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D'abord, une nouvelle c'est quoi? Gross modo, une nouvelle c'est un élément d'information dont la nouveauté est digne de diffusion parce que, notamment, il est d'intérêt public. En l'espèce, l'engagement du PQ au sujet de l'adoption d'une Charte sur la laïcité devait d'abord être LA nouvelle,
Or, lors de cette annonce, Madame Benhabib a dit que, comme intellectuelle, elle souhaitait retirer le crucifix de l'Assemblée nationale mais qu'elle se rangeait tout de même derrière la position du PQ.
Pour un journaliste, l'analyse est simple : voilà une candidate, nouvellement arrivée en politique active, qui désavoue publiquement la position de son propre parti sur un thème aussi sensible que le crucifix; un crucifix qui pour plusieurs fait partie du patrimoine historique québécois (entendre de l'identité québécoise).
Le calcul est donc simple : voilà un élément d'information dont la nouveauté est digne de diffusion parce que, notamment, il est d'intérêt public. Cela devient alors LA nouvelle et non plus seulement l'annonce de l'adoption d'une Charte.
D'un autre côté, il faut garder nos symboles religieux parce que, ben, c'est pas des symboles religieux, c'est «la tradition». Ça vient d'où, cette tradition? Ben, on sait pas. C'est jus' la tradition.
C'est pas la tradition, c'est de l'hypocrisie pure et simple.
Le crucifix sous quelque forme que ce soit n' est pas un signe historique , c' est un signe religieux bien actuel .
Donc pas de crucifix dans les lieux administratifs , ni intrusion religieuse par force dans l' industrie alimentaire , tous les citoyens ayant un identique droit au respect de la loi .
Ainsi tout le monde tombera d' accord , athées inclus , ces derniers étant bien souvent oubliés dans ce genre de débat .
Même si plusieurs québécois ne sont effectivement plus pratiquants, essayez juste pour voir de faire changer le nom des rues comme le boul. Saint-Laurent parce qu'il y a connotation religieuse...
Ça ne m'empêche en rien de prôner la laïcité...
Le crucifix à l’Assemblée nationale est un patrimoine culturel qui nous vient tout droit du chef de la “grande noirceur”, Maurice Duplessis.
De 1791 à 1936, il n’y avait aucun crucifix au parlement de Québec ni autre signe religieux.
Maurice Duplessis a fait un pacte avec le clergé d’alors et c’est pourquoi le crucifix était l’emblème de ce pacte “politique”.
Veut-on vraiment perpétuer cette alliance politico-religieuse?
Et comme toujours, Mme Marois est contre tout signe religieux dans les endroits publics mais il faut garder le crucifix à l’Assemblée nationale…pour honorer M. Duplessis.
sauf erreur de ma aprt, le tout se fait de gré à gré, non? si oui, alors CE débat est sans intérêt. Par contre, le crucifix est un symbole explicitement religieux dans un lieu politique et n'a pas sa place
Ce qui m'importe, c'est pour accomoder les autres, quel est l'impact sur le coût de la nourriture. Quel soit Halal ou Casher ne m'importe pas car pour moi cela ne change rien et je ne porte même pas attention à ces certifications.
Le crucifix demeure l'affirmation de la suprémacie de la foi chrétienne envers ceux qui ne la partage pas et pour ça il n'a pas sa place à l'AN.
Quand à votre affirmation "un Québec ... hyper-fier de son héritage catholique.", où donc êtes-vous aller pêcher ça ?
Bien peu. Mais cela nous rappelle nos origines et ça c'est bien.