Reynaldo Marquez

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Le crucifix, c'est la mauvaise cible

Publication: 15/08/2012 12:29

La candidate péquiste dans Trois-Rivières, Djemila Benhabib, fait fausse route en s'attaquant au crucifix de l'Assemblée nationale. Si elle tient absolument à causer religion et laïcité durant cette campagne électorale, elle devrait plutôt prendre position sur la certification religieuse, cachère et halal, apposée parfois de force sur nos aliments. Le débat que nous avions entrepris sur cette dernière question, le printemps dernier, est demeuré entier.

Lors d'une récente sortie, Madame Benhabib a dit vouloir faire retirer le crucifix de notre parlement provincial. Le motif? Le crucifix serait un symbole religieux qui contreviendrait à l'apparence de neutralité que doit observer l'État québécois à l'endroit de nos concitoyens aux convictions les plus diverses et qui, peut-on en déduire, ne sont pas tous chrétiens.

Avec cette sortie, Madame Benhabib semble compter sur la controverse pour faire parler d'elle et faire avancer ses idées dans un Québec qui est, à la fois et paradoxalement, devenu irréligieux, mais qui demeure pourtant hyper-fier de son héritage catholique. D'origine algérienne, l'aspirante députée s'est fait connaître du public québécois avec son livre à succès intitulé Ma vie à contre Coran, paru en 2009 chez les éditions VLB. Sa dénonciation du crucifix illustre bien l'esprit rebelle et contestataire qui paraît l'animer dans son désir de laïcité.

Appelez-moi naïf, mais je crois ses intentions bonnes et sincères. D'autant plus que Djemila Benhabib dénonce le fanatisme religieux, prôné par les islamistes, dans son bouquin. Étant moi-même favorable à une laïcité bétonnée, j'aurais normalement salué la sortie de la citoyenne Benhabib. Seulement voilà, en s'attaquant au crucifix, Djemila Benhabib, s'en prend à la mauvaise cible.

En effet, la présence du crucifix à l'Assemblée nationale est loin d'être un scandale. De nos jours, ce crucifix est davantage un symbole historique, relié au patrimoine historique québécois, et non plus un symbole strictement religieux. Au risque de me répéter, le débat n'est pas là. Et loin de moi l'idée d'alimenter la controverse, mais le véritable scandale se trouve plutôt dans les supermarchés à grande surface et dans l'épicerie du coin.

Rappelons que plusieurs des aliments sur nos tablettes portent la certification juive, cachère, et la certification musulmane, halal, et ce, parfois à l'insu des consommateurs, comme dans le cas du poulet Olymel.

Qui plus est, certains supermarchés obligeraient même des producteurs québécois à faire apposer une certification religieuse sur leurs produits. À défaut, ces grandes chaînes refuseraient de distribuer les aliments des producteurs réfractaires, peut-on lire dans un billet que j'ai écrit ici.

J'entends déjà certains me dire qu'il ne faut pas confondre les pommes avec les oranges. Que le débat sur la laïcité concerne l'espace public et que celui sur la certification religieuse à l'épicerie relève de la sphère privée. C'est vrai. Par contre, il ne faut jamais perdre de vue une chose. Au Québec, personne n'a le droit d'imposer sa religion aux autres, ni dans la sphère publique ni dans la sphère privée.

À ce que je sache, le crucifix de l'Assemblée nationale n'impose rien à personne. Par contre, certains épiciers obligent nos producteurs à se conformer aux préceptes religieux d'une minorité, et ce, en raison d'impératifs commerciaux. En conséquence, c'est la majorité qui écope. Le véritable scandale, il est là. Le PQ avait promis d'encadrer la certification religieuse, le printemps dernier. Depuis, c'est le silence.

C'est sur cet enjeu que nous aimerions bien entendre la candidate Djemila Benhabib.

 

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