Reynaldo Marquez

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Pas sans «nous»

Publication: 09/08/2012 01:44

Alors que Pauline Marois accuse les libéraux d'être une menace pour l'identité québécoise, le spectre du « nous » exclusif semble refaire surface.

Or, faut-il rappeler que cette identité québécoise se transforme progressivement pour tenir compte des concitoyens, comme moi, qui sont issus de l'immigration? D'ailleurs, force est d'admettre que plusieurs membres des communautés culturelles font ou refont le saut en politique active, lors de la présente campagne électorale. Ces candidats le font dans l'espoir de façonner un Québec qui leur ressemble, à eux aussi, et ce, dans le respect des valeurs québécoises.

C'est le cas au sein du Parti libéral, de la Coalition avenir Québec, mais c'est aussi le cas au sein du Parti québécois. En effet, chacun des trois partis susceptible de prendre le pouvoir le 4 septembre prochain, compte près de 10% de candidats issus de l'immigration parmi ses rangs. C'est du moins ce que j'ai pu constater en consultant le site Web du PLQ, du PQ et de la CAQ, le 7 août dernier. Certains candidats ont sans doute peu ou pas de chance de se faire élire, puisqu'ils se présentent dans un bastion ennemi. Qu'à cela ne tienne, je m'en réjouis.

Par exemple, le PLQ compte au moins 14 candidats issus de l'immigration, la CAQ 12 et le PQ au moins 10. En disant "issus de l'immigration", je fais référence aux candidats qui sont des immigrants de première génération, c'est-à-dire nés dans leur pays d'origine, ou encore de deuxième génération. C'est ainsi qu'on nomme officiellement les Québécois nés de parents immigrants. C'est sans doute la communauté noire du Québec qui compte le plus grand nombre de représentants en vue du prochain scrutin. Cela s'inscrit dans l'ordre des choses, puisque nos concitoyens noirs forment l'une des communautés culturelles plus nombreuses dans la belle province.

Des candidats noirs en vedette

Hormis les grosses pointures, que sont la ministre sortante Yolande James et le député Emmanuel Dubourg, qui se représentent dans les circonscriptions montréalaises de Nelligan et de Viau, le Parti libéral compte sur une nouvelle venue en politique active. Il s'agit d'une jeune étudiante en droit de 22 ans, Madwa-Nika Cadet, qui se présente dans Rosemont. Mme Cadet fait certainement face à un défi de taille, puisque la circonscription de Rosemont est un bastion péquiste, et ce, depuis 1994.

De son côté, le PQ a aussi mis un peu de « couleur » dans ses rangs. Outre l'incontournable Maka Kotto, qui se représente dans Bourget, d'autres visages moins connus du public refont le saut. C'est le cas de l'expert-comptable et animateur de radio communautaire, Badiona Bazin, dans Laurier-Dorion. Fait à noter, M. Bazin est aussi un blogueur invité au Huffington Post Québec. Enfin, le juriste Neko Lokingo, né d'un père congolais, retentera sa chance dans Jean-Talon dans la région de la Capitale nationale.

Du côté de la CAQ, deux jeunes femmes dans la mi-trentaine, l'ingénieure de formation, Dominique Anglade, et l'avocate généraliste Julie Boncompain, se présentent respectivement dans les circonscriptions de Fabre et de Mercier.

Des arabes aussi à l'honneur

Au second chef, la communauté arabe, également très présente au Québec, compte plusieurs représentants dans cette campagne électorale.

La députée sortante Fatima Houda-Pepin d'origine marocaine se représente dans La Pinière, sur la Rive-Sud de Montréal. La militante libérale de longue date, Farida Chemmakh d'origine algérienne, brigue pour la première fois les suffrages dans la circonscription de Marie-Victorin, en Montérégie. Cette dernière devra faire des miracles si elle espère devenir députée, puisque les libéraux n'ont pas fait élire de candidats dans Marie-Victorin, et ce, depuis 1985.

Par ailleurs, et bien qu'il ne soit pas d'origine arabe, mais plutôt syrienne, rappelons que le ministre sortant Sam Hamad se représente dans Louis Hébert, dans la région de la capitale nationale.

La CAQ, pour sa part, mise sur une enseignante d'anglais de 31 ans, Carla El-Ghandhour, pour conquérir la circonscription de Crémazie, au nord de Montréal. D'origine libanaise, cette jeune femme, née en Côte D'Ivoire, est arrivée au Québec en 2005. La CAQ compte également sur un autre immigrant d'origine libanaise, l'ingénieur de formation, Walid Hadid, pour ravir la circonscription montréalaise de Viau aux libéraux.

De son côté, le PQ compte sur deux Algériens d'origine. La journaliste et écrivaine-vedette, Djemila Benhabib, se présente dans la circonscription de Trois-Rivières, tandis que le militant Rachid Bandou, se présente dans l'Acadie, au centre-nord de la métropole.

Ce n'est pas tout

C'est sans compter les candidats d'origine grecque Gerry Sklavounos (PLQ), Denis Leftkakis (CAQ), latino-américaine Marc Bustamante (PLQ), Gabriel Arbieto Munayco (PQ), asiatique Victor Tan et Angely Pacis (CAQ) et roumaine Lizabel Nitoi (PQ), pour ne nommer que ceux-là.

Évidemment, je salue la participation d'autant de candidats issus de l'immigration dans la présente campagne électorale. D'un côté, cela démontre bien l'ouverture salutaire dont font preuve progressivement les partis politiques en tenant compte du tissu social québécois qui se diversifie. D'un autre côté, cela démontre bien le grand intérêt qu'ont les membres des communautés culturelles pour la chose politique.

Certes, et au risque de me répéter, certains d'entre eux ont peu de chance de se faire élire. Mais qu'à cela ne tienne, je m'en réjouis tout de même.

Je m'en réjouis parce que, dans tous les cas, cela ne signifie qu'une chose, et n'en déplaise à personne : le Québec de demain ne se fera pas sans nous; un « nous » inclusif, celui-là.

 

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