René Villemure

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Présidentielle française: Entre le vide et le néant

Publication: 7/03/2012 08:28

Un beau parleur, c'est un homme qui jongle très bien avec des boules vides.

- Jules Renard

De passage pour quelques semaines à Paris, il est impossible d'éviter le sujet de la campagne présidentielle française. Que faut-il en penser?

Eh bien, sans surprise, la campagne à l'élection de la présidence de la République est d'un ennui sans nom. Plus personne, ou presque, ne croit que changer la vie des autres est important pour soi. L'individualisme des politiciens triomphe. Le slogan de n'importe lequel des partis pourrait être : « Regardez-moi », sans plus.

Cette campagne est celle du triomphe du vide.

Les bonnes et souvent dérisoires intentions des partis politiques nous distraient des grandes menaces, des grands enjeux de société bien réels. La crise économique et le chômage? On n'en parle pas. « À force de ne pas en parler, ils finiront bien par ne plus nous en parler », semblent penser les politiques français.

À les écouter, il semble que les politiciens n'ont plus de projets, ils n'ont que des postures, des slogans, des clips destinés aux médias qui les relaient sans y ajouter un sens ou une perspective. Il semble, d'ailleurs, que ces slogans tiennent trop souvent la place des idées.

En conséquence, tous l'ont compris, il vaut mieux être télégénique qu'intelligent.

Les chefs des partis sont devenus esclaves des sondages et des médias. Un observateur, même non aguerri peut remarquer que les politiciens sont plus soucieux de « ce que les autres diront de ce qu'ils ont dit » que de ce qu'ils auront réellement dit. Le message ne vise plus le destinataire d'origine, l'électeur, mais bien le messager, le journaliste, qui en devient le destinataire par défaut. Medium is the messsage...

C'est à croire que ces politiciens recherchent l'effet sans la cause; qu'ils recherchent les vivats en n'énonçant rien, rien que du vide.... Peu importe, ils n'en sont pas une contradiction près...

Si les dernières années ont une quelconque valeur indicative, il semble que tout ce que désirent les politiciens c'est d'être élu. C'est tout. Certes, une fois élu, il faut bien gouverner, mais, au fond, ce n'est pas ce qui les passionne. L'accession au pouvoir et l'usage du pouvoir discrétionnaire sont plus enivrants que gouverner...

C'est pourquoi aucun des partis actuels ne se risque à lancer de grands débats d'idées. Lancer une idée, c'est risquer la confrontation... En conséquence, tout ce qu'on entend c'est l'habituel discours vide de sens sur la « grandeur de la France » ou sur son influence sur l'échiquier international. Pendant ce temps, outre cette « grandeur » ou cet échiquier international, qu'arrive-t-il au pays? Qu'arrive-t-il aux citoyens qui sont soucieux pour la nature, pour la culture, qui sont craintifs quant à leur avenir? Peu de mots sont avancés à ce sujet.

Au fait, et on le constate depuis le début de la campagne: les politiciens n'expriment leurs idées que lorsqu'ils y sont forcés. Et encore...

Ainsi, force est de constater que nous sommes placés devant un triste fait: aucun des chefs de partis n'ose nous faire rêver.

« Peut-on vivre autrement? » devrait être un enjeu électoral.

Au lieu de cette grande question et de ses possibles réponses, il n'y a que du vide, il n'y a aucune proposition concrète, ou si peu. Il n'y a que du vide et des insultes lancées à la volée. « Lorsque l'on ne sait plus quoi dire, on crie des noms », dit-on chez nous. Eh bien je crois que la campagne présidentielle est arrivée à ce point.

Pendant ce temps, du côté du citoyen on dirait que celui-ci est prêt à abandonner, s'attendant de toute manière à l'être. Sans être fatale, la situation est tout de même grave.

Il est impératif que les citoyens exigent des réponses des politiciens, que les citoyens refusent ce vide intellectuel qui caractérise cette campagne.

Les citoyens français doivent exiger des politiciens qu'ils aillent au-delà des clips de 10 secondes destinés aux médias et des répliques assassines destinées à se faire valoir auprès de leurs propres troupes. Au fond, il faut exiger des politiciens qu'ils démontrent leur réflexion, qu'ils justifient les raisons pour lesquelles ils devraient être élus au lieu de tenter de démontrer les raisons pour lesquelles leur adversaire ne devrait pas l'être.

L'exercice d'une telle sagesse suppose une certaine réflexion qui va bien au-delà de l'habituel opportunisme et des pensées qui s'énoncent en clips de 10 secondes.

Pour l'emporter, les candidats devront susciter la passion de connaître, puis cultiver l'étonnement.

Ce qui constitue, il faut en convenir, une tâche éminemment plus philosophique que le piètre spectacle qui nous est offert quotidiennement par les principaux acteurs de la classe politique.

 

Suivre René Villemure sur Twitter: www.twitter.com/renevillemure

Un beau parleur, c'est un homme qui jongle très bien avec des boules vides. - Jules Renard De passage pour quelques semaines à Paris, il est impossible d'éviter le sujet de la campagne pr...
Un beau parleur, c'est un homme qui jongle très bien avec des boules vides. - Jules Renard De passage pour quelques semaines à Paris, il est impossible d'éviter le sujet de la campagne pr...
 
 
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17:32 sur 07/03/2012
Il semble que les discours de Mélanchon et Hollande soient très différents des promesses et du bilan de Sarko! Il faut voir la réalité de la campagne et non la pub de Sarko!
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Pierre Deruelle
pierre m de ruelle
15:01 sur 07/03/2012
En France ou ailleurs, on ne vote que pour mettre le gouvernement actuel a la porte, si cela avait ete les socialistes au pouvoir durant les 5 dernieres annees, la crise aidant on voterait l' UMP... Bonnet blanc blanc bonnet. Regardez l'Espagne qui avait un gouvernement socialiste , or ils ont opte pour un gouvernement de droite . On fera la meme chose au Quebec , lors des prochaines elections, en elisant un Gouvernemaman.... Voyez de qui je parle.
pierre m de ruelle
Ile des soeurs
Quebec. Canada
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Reflexion01
Reflexion 101
13:44 sur 07/03/2012
Il faut dire qu'en ces temps difficile n'importequi ne peut plus promettre n'importe quoi ...
à moins que ce soit des restrictions sur les largesses de certains programmes dits sociaux ......
mais qui voudrait dire la vérité au risque de ne pas être élu ?
07:42 sur 07/03/2012
Contrairement à ici et aux EU le débat d'idées et baucoup plus présent en France. Je ne suis pas d'accord avec votre vision des choses. On questionne beaucoup la pertinence de la politique monétaire de la zone euro, le recours de l'état aux banques privées, l'immigration.

À ce sujet j'ai vu l'entrevue de Marine LePen à Ruquier, longue entrevue de 40 minutes de droit de réponse. Je n'ai jamais vu ce type d'entrevue ici. Elle est la seule candidate à avoir écrit un livre pour expliquer ses positions, sa compréhension. Bien entendu le sujet de l'immigration est un sujet tabou. Je n'y ai pas vu l'extrémisme tel que rapporté par les médias.

Moi je trouve que la présidentielle française se situe à un autre niveau de ce que nous sommes habitués de voir ici et au sud.
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Godefroi
Honni soit qui mal y pense
23:48 sur 06/03/2012
« Cette campagne est celle du triomphe du vide.»

Je lis régulièrement les nouvelles politiques sur HuffPost France, c'est plutôt intéressant. Je crois que vous exagérez.

Si ce que vous écrivez est vrai, Marine Le Pen a de toute façon gagnée et, ça va sentir de plus en plus mauvais en Europe. Ce qui est troublant ce sont les emprunts d'idées de la droite extrême par Sarkozy.