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Éducation: personne n'invente des scénarios catastrophes

06/06/2015 04:33 EDT | Actualisé 05/06/2016 05:12 EDT

Après avoir répété à tout vent que les compressions n'auraient aucun effet sur les services aux élèves, comme si en répétant un mensonge celui-ci devient une vérité, le ministre de l'Éducation tente de discréditer le mouvement d'opposition aux coupes en parlant de «scénarios catastrophes» et de manipulation par les syndicats à des fins partisanes.

Nous ne fabulons pas, nous constatons des faits: coupes cumulatives de plus d'un milliard dans les commissions scolaires; le dernier budget Leitão entraînera des coupes de près de 200 millions supplémentaires; 270 poste de professionnels coupés dans l'ensemble du réseau; 41 millions à la CSDM pour les deux prochaines années (à la condition que le ministre accepte le déficit prévu, sinon les coupes seront encore plus élevées); le transport scolaire pour certaines écoles sera aboli, le ratio maître-élève révisé à la hausse, et j'en passe. «L'atteinte de l'équilibre budgétaire est importante», affirme le ministre François Blais.

Nous sommes au summum de la vision comptable de l'éducation. Après avoir instauré des plans de réussite dans chaque école, des plans stratégiques dans les commissions scolaires, des conventions de partenariat entre le ministère et les commissions scolaires, des conventions de gestion et de réussite éducative, d'imposer une reddition de compte, l'élève n'est plus un apprenant, mais un client. L'efficience sert de critère pour justifier une bonne gestion. Les mesures d'austérité du gouvernement libéral viennent couronner le tout en confiant pratiquement la gestion des commissions scolaires aux firmes comptables, comme dans le cas de la CSDM avec les recommandations du rapport de Raymond Chabot Grant Thornton.

Pourtant, le Vérificateur général, dans son rapport de novembre 2014 sur la réussite scolaire, constate que «le ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport n'est pas en mesure d'assumer pleinement un leadership en matière de persévérance et de réussite scolaires; les outils développés par le ministère pour la gestion des commissions et des établissements scolaires manquent de la rigueur nécessaire pour assurer la bonne marche de l'éducation au Québec; les décisions sont unilatéralement prises par le ministre de l'Éducation sans tenir compte des particularités des commissions scolaires; le ministère n'a pas de vision prioritaire et ses actions ne sont pas orientées à long terme.»

Les chantiers ne manquent pas pour le ministre. Au lieu de s'attaquer aux structures, de chambarder tout le réseau sans consultation du milieu, et d'éliminer des instances démocratiques, le ministre devrait d'abord mettre de l'ordre dans sa propre cour!

Quelle est la vision du ministre en éducation? Quelles sont ses priorités? Quelle est la place de la formation générale? Pourquoi continue-t-il à financer l'école privée à plus de 75% (500 millions de dollars par année), alors qu'il étouffe l'école publique? Le ministre est-il simplement le porte-parole du ministère des Finances?

La Commission sur les états généraux en éducation, à l'automne 1996, «lançait un appel à se ressaisir pour améliorer l'éducation. La nécessité de remettre l'école sur ses rails en matière d'égalité des chances est clairement indiquée. Cela suppose de développer les services à la petite enfance, d'éliminer les pratiques qui compromettent la gratuité scolaire, d'accorder la priorité à la lutte au décrochage et de mieux répondre aux besoins de certaines catégories d'élèves comme ceux des communautés culturelles, ceux des milieux défavorisés et ceux qui éprouvent des difficultés d'adaptation et d'apprentissage. À cet égard, il semble qu'on ne prenne pas bien la mesure des problèmes de l'école publique montréalaise. La Commission s'en inquiète.»

Force est d'admettre que ces recommandations n'ont pas été prises en considération, pourtant elles demeurent aussi pertinentes que nécessaires!

Au bout du compte, ce sont les enfants les plus démunis qui vont en payer le prix, individuellement. Mais le coût social se fera sentir dans quelques années et toute la société québécoise en paiera alors le prix collectivement. Une étude de l'économiste Pierre Fortin évaluait le coût d'un décrocheur à 500 000 $ pour chaque individu et la société: un total de 4 milliards en 2008. Combien de nouveaux décrocheurs, avec les coupes chez les professionnels et l'augmentation des ratios maître-élève, viendront annuler les efforts des dernières années?

Plus personne ne croit le ministre quand il affirme que les services aux élèves ne seront pas touchés. Personne n'invente des scénarios catastrophes: les faits parlent d'eux-mêmes. Le mouvement Protégeons l'école publique prend de l'ampleur, et la vision comptable de ce gouvernement est rejetée par la population.

Le ministre de l'Éducation et ce gouvernement auquel il appartient ne croient tout simplement pas dans l'école publique. À nous de la défendre!

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