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Nous ne sommes pas des machines!

08/07/2014 03:29 EDT | Actualisé 06/09/2014 05:12 EDT

Il n'est pas question de céder aux demandes du maire Coderre. S'il dit qu'il a fait des consultations, les chauffeurs de taxi, eux, ne l'ont pas été. Ce sont tout de même les premiers concernés. En tout cas, moi, je suis chauffeur de taxi et je n'ai pas été consulté. Si on m'avait demandé ce que je pense des caméras de surveillance, j'aurais dit, contrairement à ce que le maire Coderre prétend, qu'elles n'amélioreront pas la sécurité des chauffeurs. Devant le meurtre ou l'agression d'un chauffeur, les images ne pourraient que montrer les instants fatals.

Vous pensez, monsieur Coderre, que le fait de savoir qu'il y a une caméra de surveillance aura un effet dissuasif ? Pas du tout. L'agresseur, sachant d'avance qu'il y a une caméra, aura prévu de faire profil bas et, si ça se trouve, il pourra même tirer un coup de feu sur la caméra, après avoir tiré sur le chauffeur. À ce sujet voir l'article d'un de mes collègues. Une vitre pare-balles serait plus utile bien que cela réduise de beaucoup l'aspect convivial. J'y reviendrai plus loin.

Les risques d'être agressés ne sont pas aussi fréquents qu'on veut bien nous le faire croire. En 28 ans de métier, je n'ai jamais vécu de problèmes graves au point de sentir ma vie menacée. J'ai bien subi quelques vols indirects, mais jamais de hold-up, quand je parle de vols indirects cela comprend ceux qui n'ont pas d'argent pour payer, ceux qui se sauvent en courant ou ceux dont les cartes crédit ou débit ne fonctionnent pas. Il y a aussi les clients désagréables qui sont impolis, arrogants, méprisants, hautains, bref qui font chier parce qu'ils se croient supérieurs, mais ça, comme je dis souvent, ça ne représente qu'un faible 1% de la clientèle. 1 sur 100, il n'y'a pas de quoi fouetter un chat.

Dans la société, il n'y a pas que les chauffeurs de taxi qui peuvent être victimes d'agression armée. Le métier d'enseignant n'est pas à l'abri non plus. Allons-nous installer une vitre pare-balles entre les élèves et le professeur parce qu'il y a un malade mental qui a décidé de faire le ménage d'une école un moment donné ? Et puis e installant une vitre pare-balles dans les taxis on se couperait de la majorité des gens sympathiques pour de rares déséquilibrés.

Et puis il faut voir à qui profite le non-crime. Serait-ce une question qui intéresse l'administration Coderre plus que les chauffeurs eux-mêmes ? On voudrait donner l'image d'une ville sécuritaire, mais en même temps ça donne aussi l'image d'une ville pas très sécuritaire puisqu'elle laisse croire aux touristes, par exemple, qu'ici à Montréal on doit prendre de telles mesures, car il y a beaucoup de criminels. François Cardinal, dans un article paru dans La Presse du 4 juillet dernier, dresse un tableau qui a l'effet de calmer bien des paranos. Il y a de moins en moins de vols qualifiés. 130 par année dans les années 1990, 76 en 2007, 34 en 2010 et 22 en 2013. C'est même le taux le moins élevé de toutes les grandes villes d'Amérique du Nord, un vol par 150 000 courses. Alors on se clame le pompon, monsieur le maire.

Contrairement à monsieur le maire, j'ai parlé à beaucoup de chauffeurs, les premiers visés par ces mesures, ils sont tous contre ces mesures. On a déjà le bouton de panique (911) en cas de danger, je n'ai jamais eu besoin de l'utiliser en passant depuis que ce système est implanté il y a de cela deux ans. Avant cela on appelait le répartiteur qui lui appelait la police, même chose, en 28 ans je n'ai jamais eu besoin de recourir à ces services.

J'aime bien faire ce métier, mais malheureusement je constate que plusieurs lobbys sont intéressés depuis quelque temps à nous soutirer de l'argent en nous imposant toutes sortes de bébelles. D'abord quand j'ai commencé à faire ce métier en septembre 1986 le Bureau de Taxi n'existait pas, nous faisions affaire directement avec la SAAQ pour le renouvellement de notre permis de travail. Les cours de formation n'existaient pas non plus. Il suffisait d'avoir déjà un permis de conduire et une bonne connaissance de la ville. On passait un examen théorique et un examen pratique, c'est tout. Maintenant il y a des cours de formation de base pour tous les nouveaux et, nouveauté depuis deux ans, on oblige tous les chauffeurs à suivre à tous les deux ans un cours de formation continue. Ainsi donc, après 28 ans de conduite de taxi, sans avoir reçu aucune plainte, ayant un dossier vierge, je devrai pour la première fois de ma vie suivre un cours de formation continue dans les mois qui viennent, 2 journées complètes au coût de 50$.

Maintenant, parlons de la couleur uniforme que le maire projette de nous imposer. On avait tenté de le faire en 2008 et les chauffeurs s'étaient opposés en bloc. Mais le maire allègue que ça nous prend un signe distinctif comme les taxis jaunes de New York. Justement, nous ne voulons pas copier sur New York, notre signe distinctif c'est celui qui existe présentement, chaque chauffeur a sa personnalité et sa voiture le reflète. Bien sûr s'il y a des améliorations à faire ce serait de ce côté. Mais on ne peut pas non plus uniformiser des comportements, des caractères. Comme dans la vie il y a des gens qui sont plus courtois que d'autres. L'expérience nous apprend beaucoup. Nous devons avoir le plus grand respect pour les clients, car ce sont eux qui nous font vivre.

Récapitulons : nous ne voulons pas de caméra de surveillance, cela n'augmenterait pas du tout la sécurité, nous occasionnerait des coûts supplémentaires inutiles et nous aurions l'impression d'être justement sous surveillance, contrôlés, "big brother"! sort de ce corps administratif de la ville! Le lobby des caméras devra donc trouver une autre clientèle. Nous ne voulons pas non plus de couleur uniforme, notre signe distinctif est bien celui que nous avons actuellement et je ne vois pas qu'est-ce qu'une couleur uniforme viendrait ajouter au service ou à la sécurité, d'autant plus que les gens d'ici ainsi que les touristes savent très bien reconnaître les taxis à Montréal. Nous ne voulons pas non plus être confinés à conduire à l'intérieur d'une cage de verre, nous voulons garder l'aspect humain et convivial, qui est aussi ce qui nous distingue de New York ou de Paris.

Je crois bien refléter l'ensemble des chauffeurs que le maire n'a pas pris la peine de consulter. Faites d'abord ce travail, nous ne sommes pas des machines à qui on n'impose n'importe quoi! Vous aussi vous avez une exigence de respect envers nous, monsieur le maire.

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