LES BLOGUES

Pour en finir avec le «Bonjour. Hi.» des Montréalais

Soyons fiers de notre «bonjour». Montréal est la seule métropole d’Amérique du Nord à l’offrir.

08/09/2017 13:58 EDT | Actualisé 08/09/2017 13:58 EDT
Getty Images/iStockphoto
Les gens voyagent dans une ville pour y découvrir sa culture.

Dans certains quartiers de Montréal, on se fait souvent accueillir de la sorte : «Bonjour. Hi.» Pourquoi, donc?

Certains, dans le monde de la restauration, attribuent cette salutation bilingue à la politesse. Les autres grandes villes canadiennes sont-elles donc moins polies si elles ne m'accueillent pas en disant «Hi. Bonjour.»? Ça ne m'est jamais arrivé à Ottawa, par exemple.

Des amis m'ont demandé : «Pensent-ils que je ne sais pas ce que bonjour veut dire?» D'autres ont poursuivi en me demandant si on faisait de même à Ottawa ou à Toronto. Quand je leur ai dit que non, on m'a répondu : «Je croyais que le Canada était un pays bilingue.» L'un d'eux a même ajouté : «Dois-je être insulté et croire qu'ils pensent que je ne comprenne que l'anglais? Où que je ne sais pas comment dire bonjour en français?»

Un des charmes du voyage réside dans le fait de se faire saluer dans la langue du pays.

Certains croient qu'on salue doublement afin de faire comprendre aux touristes qu'on est bilingue. Mais je ne crois pas que ce soit nécessaire. Un des charmes du voyage réside dans le fait de se faire saluer dans la langue du pays. Ensuite, un visiteur qui ne parle pas le français peut poursuivre la conversation en anglais.

Je demeure dans l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal, dans un secteur qui abrite, depuis plusieurs années, le quartier portugais et où le réputé auteur-compositeur-interprète Leonard Cohen avait une maison jusqu'à sa mort, l'an dernier. Pendant des décennies, ce fut un quartier ouvrier, jusqu'à il y a 25 ou 30 ans, quand l'embourgeoisement a frappé. C'est un coin de la ville très diversifié et où l'on parle surtout français.

À quelques pâtés de maisons de chez moi, on trouve les restos portugais Ramados et Chez Doval, l'établissement vénézuélien Arepera du Plateau, un café barcelonais et un déli libanais.

J'ai vécu à Providence, dans le Rhode Island, une ville de la Nouvelle-Angleterre où, selon les plus récentes statistiques, les hispanophones représentent le tiers (33,6 %) de la population. Alors que j'y habitais, jamais on ne m'a accueilli par un «Hi. Hola.» Et les États-Unis n'ont même pas de langue officielle.

Soyons fiers de notre «bonjour». Montréal est la seule métropole nord-américaine à l'offrir.

Les gens voyagent dans une ville pour y découvrir sa culture. Mes amis américains viennent à Montréal parce que la ville est différente; c'est pour cette raison qu'on l'aime. C'est pareil quand je retourne à Boston. J'aime entendre l'accent bostonnais quand on m'accueille quelque part.

Quand je parcours Montréal avec mes amis étatsuniens, personne n'est choqué d'entendre un commerçant le saluer avec un «bonjour».

Quand je parcours Montréal avec mes amis étatsuniens, personne n'est choqué d'entendre un commerçant le saluer avec un «bonjour». Montréal est la quatrième métropole francophone de la planète et la plus importante dans l'hémisphère ouest. C'est la seule grande ville canadienne bilingue (sauf mon respect à Ottawa-Gatineau). Nous devons être fiers de tout ça.

Lorsque je voyage au Mexique, on me salue d'un magnifique «hola». Je n'ai pas besoin qu'on me traduise la salutation en anglais dans un pays, une nation ou une région où l'on parle une langue différente de la mienne. Je voyage pour goûter à la culture, de la même façon que mes amis qui visitent Montréal viennent y apprécier ce qui en fait une ville unique des autres qui l'entourent. C'est ce qui fait la richesse d'une destination.

Nous vivons dans une ville unique qui, majoritairement, parle la langue de l'amour.

Nous vivons dans une ville unique qui, majoritairement, parle la langue de l'amour. Pourquoi ne pas embrasser l'une des caractéristiques qui font que nous sortons du lot? Surtout dans les quartiers majoritairement francophones.

La question n'est pas d'opposer le français et l'anglais. J'ai grandi au sud de la frontière, où l'anglais sera toujours la langue d'accueil comprise par la majorité (sauf dans le sud-ouest). Encore une fois, je répète que les États-Unis n'ont pas de langue officielle.

Les Montréalais gravitant dans le monde du service à la clientèle peuvent passer à l'anglais après leur salutation s'il le faut. Soyons fiers de notre «bonjour». Montréal est la seule métropole nord-américaine à l'offrir. Profitez-en lorsque vous l'entendez...

Ce texte initialement publié sur HuffPost Canada a été traduit de l'anglais.

​​​​​​​