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Netanyahou mis en cause par la police: quelles seront les conséquences?

Le premier ministre israélien est un animal politique avec une longue expérience et qui ne se laissera pas abattre facilement.

15/02/2018 10:00 EST | Actualisé 15/02/2018 11:46 EST
Ronen Zvulun / Reuters
Combien de temps Netanyahou arrivera-t-il à tenir sa coalition et se maintenir au pouvoir?

Elles étaient attendues depuis longtemps (et je dois reconnaître que je les avais annoncées un peu prématurément). Elles ont finalement été rendues publiques mardi soir : les fameuses recommandations de la police israélienne sur les affaires dites 1000 et 2000 impliquant le premier ministre Netanyahou.

La première affaire concerne des dons reçus par le premier ministre de la part de milliardaires américains, en échange de faveurs. La seconde porte sur les contacts entre Netanyahou et le directeur d'un des principaux quotidiens du pays en vue d'un échange de bons procédés. Dans les deux cas, les policiers chargés de l'enquête ont décidé de recommander la mise en accusation du premier ministre pour corruption et abus de confiance.

Quelle est la signification de ces recommandaations ?

D'un point de vue juridique, la route est encore longue jusqu'à la mise en accusation, sans même parler d'une condamnation, de Netanyahou. Comme leur nom l'indique, les recommandations de la police ne sont que l'expression d'un avis. Les enquêteurs considèrent, au terme d'une longue enquête et de l'audition de nombreux témoins, qu'ils ont rassemblé suffisamment de preuves tangibles. Mais la décision de mettre en accusation ne leur appartient pas.

C'est le procureur général Avichai Mandelblit qui a autorité sur le sujet et il est libre de suivre ou non les recommandations des enquêteurs. Nommé à son poste par Netanyahou lui-même, Mandelblit a déjà été au cœur de polémiques lancées par l'opposition l'accusant de ne pas agir avec neutralité. Sa décision quant à la suite à donner à ces recommandations n'en est que plus difficile à deviner. N'ayant pas de délai fixé pour rendre cette décision, il pourrait notamment faire trainer les choses jusqu'aux prochaines élections, prévues pour 2019.

Les conséquences politiques de ces recommandations sont encore plus compliquées à anticiper. Sans surprise, l'opposition a relancé ses appels à la démission du premier ministre, qui, selon elle, a perdu l'autorité morale nécessaire pour occuper son poste. On peut donc s'attendre à une reprise des actions publiques, manifestations ou autres, contre Netanyahou.

Le vrai danger politique pour lui vient de ses partenaires au sein de la coalition qu'il dirige.

Cependant, Netanyahou a déjà prouvé par le passé que ce genre d'actions n'avait pas d'impact sur ses décisions. Le vrai danger politique pour lui vient de ses partenaires au sein de la coalition qu'il dirige. Résultat naturel d'un système électoral à la proportionnelle quasi absolue et de la présence de nombreux partis à la Knesset- le parlement israélien, le gouvernement repose en effet sur six groupes parlementaires, allant du centre droit à l'extrême droite, en passant par différents partis religieux.

Or, si les recommandations de la police n'ont pas d'impact juridique direct, elles ont un poids politique indéniable. Il est évident que l'affirmation, de la part d'une équipe d'enquêteurs spécialisés, qu'il existe suffisamment d'éléments pour prouver la corruption du premier ministre nuit à son image. Certains partis pourraient ainsi considérer que siéger dans ces conditions aux côtés de Netanyahou risque d'être un inconvénient lors des prochaines législatives.

Les regards se sont donc tournés vers Moshe Kahlon, ministre des finances et président d'un parti de centre droit qui a dix mandats dans la Knesset et vers Naftali Bennet, ministre de l'éducation et chef du parti nationaliste religieux « Le foyer juif », qui occupe huit sièges au parlement. Si l'un d'entre eux décidait de quitter la coalition, celle-ci ne disposerait plus de la majorité à la Knesset.

Pour l'instant, la modération est de rigueur de la part de ces deux partis. Kahlon et Bennet ont tous les deux affirmé vouloir rester dans la coalition. Faire éclater la coalition ouvrirait la voie à des élections anticipées et les membres du gouvernement préfèrent visiblement l'assurance d'une année de pouvoir à la prise de risque que représente une campagne électorale dans ces conditions. Par pur calcul politique, les alliés de Netanyahou continuent donc de le soutenir. Mais Kahlon a, dans sa carrière politique, déjà changé d'avis à la suite de pressions venant de l'opinion publique. Il n'est donc pas certain qu'il maintienne son soutien à Netanyahou indéfiniment.

Quant au principal intéressé, il n'a pas attendu pour réagir. Depuis mardi soir, le premier ministre multiplie les déclarations confiantes dans lesquelles il réaffirme son innocence et la solidité de sa coalition. Il sait en tout cas qu'il peut compter sur le soutien de son parti qui a fait bloc autour de son chef, n'hésitant pas à parler de coup d'état judiciaire. Il sait aussi qu'une partie encore importante de la population le soutient, à en croire les sondages d'opinion. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'il fait face aux accusations de la police, et il a jusqu'ici réussi à limiter leur impact sur sa carrière politique. Cette fois encore, il a l'air de considérer que ces recommandations ne sont pas une raison suffisante pour démissionner.

Dernier point important à noter, l'apparition surprise de Yair Lapid dans le dossier. Cet ancien journaliste de la télévision qui s'est lancé avec succès en politique il y a cinq ans, apparaissait déjà dans les sondages comme le principal adversaire de Netanyahou. À en croire le dossier établi par la police, il sera aussi un témoin clé dans l'affaire 1000, en tant que ministre des finances au moment des faits reprochés.

Ces recommandations renforcent donc l'impression donnée par les sondages que Lapid est maintenant l'adversaire principal de Netanyahou. Devant les juges ou devant les électeurs, les deux hommes sont lancés dans un face-à-face frontal au sein duquel les autres partis d'opposition, notamment le parti travailliste, auront du mal à trouver leur place.

Combien de temps Netanyahou arrivera-t-il à tenir sa coalition et se maintenir au pouvoir? Comment fera-t-il face aux pressions grandissantes autour de lui ? Le premier ministre israélien est un animal politique avec une longue expérience et qui ne se laissera pas abattre facilement. Ces premières recommandations constituent néanmoins un coup de tonnerre dans le monde politique israélien, dont les conséquences à plus ou moins long terme peuvent être dévastatrices pour lui.