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«Attention à nos enfants, c'est peut-être le vôtre»!

01/11/2015 11:39 EST | Actualisé 01/11/2016 05:12 EDT

Bien des parents ont été choqués d'apprendre que leurs enfants ne pourraient fêter l'Halloween et qu'il leur serait même interdit de se présenter en classe costumés lors de cette journée. Toutefois, si ce petit moyen de pression des enseignants a été perçu comme inhumain par ceux-ci, je me demande alors comment ces mêmes parents peuvent bien qualifier ces coupures à la tronçonneuse que le gouvernement fait subir à tout le réseau de l'éducation depuis quelques années?

Comment ont-ils réagi, par exemple, lorsqu'ils ont appris que le plafond d'un gymnase risquait de s'effondrer ou que des moisissures se développaient dans les murs ou les planchers de certaines écoles tellement l'entretien des bâtiments laissait à désirer? Ont-ils eu un haut-le-cœur lorsqu'ils ont appris par les médias qu'une école publique avait récupéré des pupitres trouvés dans les ordures d'une école privée?

On nous informait, tout juste avant la fête de l'Halloween, que le nombre d'élèves en difficulté est en hausse au Québec. On parle de 21 % pour l'école publique alors qu'il n'est que de 5 % dans le réseau privé. Pour moi, il est là le véritable scandale. Le manque de professionnels de l'éducation au primaire, la fermeture des classes spécialisées et l'intégration de ces enfants en difficulté dans les classes «normales» seraient en partie responsables de cette hausse. Alors, ces mêmes parents ont-ils crié leur rage lorsque leur école a perdu les services d'un psychoéducateur, d'un orthophoniste ou d'un orthopédagogue, eux qui sont les mieux placés pour faire de l'intervention préventive?

En somme, comment réagissent ces parents devant l'éventualité que de plus en plus d'élèves au Québec puissent se retrouver avec le titre peu enviable d'analphabètes fonctionnels au terme de leur parcours scolaire, tellement le réseau public d'éducation n'a plus les moyens de venir en aide à ceux qui éprouvent des difficultés? J'aurais envie de dire à ces parents, à la manière de ces panneaux de signalisation que l'on retrouve dans certains villages du Québec : «Attention à nos enfants, c'est peut-être le vôtre!».

Les conséquences de toutes ces coupures sur les élèves sont bien réelles et les séquelles que ces compressions budgétaires laisseront sur eux pourraient durer toute une vie. Ainsi, face à tout ceci, que la fête de l'Halloween soit célébrée ou non dans nos écoles devient une question assez anodine.

L'école comme milieu de vie

Pour certains parents, tout ceci est sans importance, car ce qu'ils attendent avant tout de l'école, ce n'est pas que leurs enfants y apprennent les savoirs de base, comme lire, écrire et compter, des connaissances rigoureuses et une riche culture générale, mais plutôt que cette école se présente comme un milieu de vie pour leurs tout-petits, un lieu où ils pourront faire de belles rencontres, socialiser, s'initier à différents sports, pratiquer des activités culturelles et préparer des sorties académiques.

Depuis que le divertissement est entré dans l'école, c'est l'enseignement qui est devenu optionnel, nous dit Liliane Lurçat dans La destruction de l'enseignement élémentaire et ses penseurs. Et quel meilleur moyen pour occuper ces jeunes et surtout les «distraire» que le jeu et la fête!

Heureusement que la majorité des parents - je l'espère - reconnaissent la réelle mission de l'école et comprennent ce que peut avoir d'inestimable pour leurs enfants le fait d'acquérir une éducation de qualité.

Lorsque j'ai vu tout ce beau monde former d'immenses chaînes humaines autour de leur école pour manifester leur opposition aux politiques gouvernementales en matière d'éducation, je me suis dit à moi-même : quel beau symbole de solidarité! À lui seul, ce petit geste dans toute sa grandeur d'âme, m'aura rechargé les batteries pour les mois à venir et redonné confiance en l'espèce humaine.

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