LES BLOGUES

L'art de concilier travail, famille… et bouchons de circulation

Regardez n’importe quelle famille autour de vous, vous remarquerez que le temps est compté à la minute près pour faire tenir dans vingt-quatre petites heures tout ce qu’il y a à faire dans une journée.

20/09/2017 09:00 EDT
Weekend Images Inc. via Getty Images
La conciliation famille-travail s’impose de plus en plus comme une priorité dans la société québécoise.

Les bouchons de circulation n'occasionnent pas que des pertes de productivité, d'énergie et d'argent. Pour de nombreuses familles, les minutes – pour ne pas dire les heures – qui s'ajoutent au temps de trajet peuvent bouleverser profondément l'équilibre de l'organisation familiale.

Regardez n'importe quelle famille autour de vous, vous remarquerez que le temps est compté à la minute près pour faire tenir dans vingt-quatre petites heures tout ce qu'il y a à faire dans une journée. Dans ce jeu d'équilibriste de haute voltige, le moindre dérangement à la routine parfaitement chorégraphiée peut entrainer une cascade de conséquences.

Pour tenter de soulager le fardeau des familles et favoriser un meilleur équilibre du temps personnel et du temps professionnel, les Européens ont adopté une approche globale. Elle consiste à regarder, non pas uniquement la relation entre par exemple, le temps consacré au travail et aux tâches familiales, mais plutôt l'équilibre de l'ensemble des « temps de vie ».

Selon cette approche, on classe généralement en cinq catégories l'emploi du temps d'une personne, ce que l'on appelle les « temps de vie ». On parle ici du temps domestique (tâches ménagères, courses, entretien du terrain, etc.), du temps parental (devoirs, repas, soins, etc.), du temps professionnel (travail, études, temps de trajet), du temps personnel (loisirs) et du temps physiologique (sommeil, santé, repas, hygiène, etc.).

Ces « temps de vie » sont autant de vases communicants qu'il faut rééquilibrer lorsqu'un événement – par exemple, un bouchon de circulation – vient perturber l'une des variables.

Comme les familles veulent à tout prix éviter de couper dans le temps consacré aux soins des enfants, c'est le temps personnel qui écope.

Comme les familles veulent à tout prix éviter de couper dans le temps consacré aux soins des enfants, c'est le temps personnel qui écope. Et comme celui-ci frise le zéro absolu pour les parents, c'est le temps domestique qui y passe et, bientôt, le temps de sommeil qui se retrouve amputé. Avec ce que l'on sait d'impact sur la fatigue et le stress.

Dans l'optique de pouvoir intervenir plus globalement en soutien de la gestion du temps des familles, plusieurs villes européennes se sont dotées d'un « Bureau des temps », c'est-à-dire une instance de concertation locale qui assure une meilleure planification de tous les services qui influencent l'emploi du temps des familles. Cela peut aussi bien être les horaires scolaires et de garderie, que les horaires d'ouverture et de fermeture des commerces, des établissements de santé, des services de transport, etc.

L'idée, c'est de faire en sorte que l'ensemble de la communauté se synchronise aux besoins des familles qui la composent. Bien souvent, ces instances permettent d'apporter des aménagements qui, sans coûter une fortune, viennent réduire d'importants irritants dans la gestion du temps des familles.

Au Québec, une expérience semblable a été menée par la MRC de Charlevoix-Est, en collaboration avec le Carrefour action municipale famille, de 2009 et 2014. L'Agence des temps qu'ils ont mise en place regroupait les municipalités, les acteurs de développement régional et de tourisme, le milieu institutionnel et le milieu communautaire, dans le but de « réorganiser les rythmes de la communauté autour du rythme des familles ».

Le ministre de la Famille a annoncé son intention de procéder prochainement à des consultations dans le but de rédiger une première politique de conciliation famille-travail-études.

La conciliation famille-travail s'impose de plus en plus comme une priorité dans la société québécoise. Les jeunes travailleurs exigent un meilleur équilibre de vie. Les employeurs sont conscientisés à ces nouvelles exigences et sont à la recherche de balises pour se doter des meilleures pratiques. Le ministre de la Famille a annoncé son intention de procéder prochainement à des consultations dans le but de rédiger une première politique de conciliation famille-travail-études.

L'intérêt évident de l'approche des « temps de vie » est qu'elle permet de responsabiliser un grand nombre d'acteurs qui sont susceptibles d'intervenir sur chaque élément de l'équation.