LES BLOGUES

La loi 62, alliance de la sécurité avec la liberté

Même si la loi 62 causera surement des remous encore longtemps, il n'en reste pas moins que la société québécoise a, enfin, avancé sur le sujet.

21/10/2017 08:00 EDT
Getty Images/iStockphoto
Le crucifix n'est pas uniquement un outil de commémoration, mais bel et bien un symbole puissant d'une pensée religieuse, le catholicisme.

En date du 18 octobre 2017, le gouvernement du Québec a adopté la controversée loi 62 sur la neutralité religieuse. Même si la dénomination de cette loi me semble quelque peu inopportune, je dois dire que je suis assez satisfait de cette loi. Mais il ne suffit pas de dire si nous en sommes contents ou non. Voyons en quoi cette loi me semble appropriée, pour le moment.

Dans un premier temps, la loi 62 stipule dans son article 9 que les services devront se donner et se recevoir à visages découverts. Des accommodements seront cependant possibles au cas par cas. De plus, certains métiers demandant de recouvrir le visage sont exemptés, cela va de soi, par cette mesure. Que dire de ce volet de la loi qui semble faire polémique et hérisser les cheveux de quelques personnes ?

À titre personnel, je pense que ce volet de la loi est pertinent et a du sens. En effet, il est normal de demander aux citoyens de montrer son visage en public, et ce, surtout pour des raisons de sécurité. Je ne parle évidemment pas ici uniquement des femmes musulmanes en burqa ou en niqab, même si elles sont aussi visées par loi. Il s'agit, dans ce cas, de faire en sorte que tout usager d'un service ou tout professionnel puisse être identifiable.

Prenons l'exemple de l'autobus. Si un individu rentre avec une cagoule recouvrant le visage, agresse quelques passagers et le chauffeur, comment l'identifier afin qu'il puisse répondre de ces actes répréhensibles par la loi ? Aucunement, car non identifiable.

Prenons l'exemple d'un service pour recevoir une aide sociale ou une aide gouvernementale, dans lequel, il est nécessaire de vérifier l'identité de la personne. Comment cela peut-il se faire avec une personne ayant un visage recouvert ? Aucunement. À cet effet, je me souviens d'une anecdote personnelle en tant que travailleur social s'occupant des aides financières de première ligne. Une dame en burqa est entrée dans mon bureau en demandant une aide gouvernementale. Comme je devais vérifier son identité, celle-ci refusa. Je l'ai alors orientée vers des collègues, femmes évidemment. Néanmoins, la dame a refusé de montrer son visage sous prétexte qu'elle avait le droit de se vêtir de cette façon et de refuser de montrer son visage. Ne pouvant satisfaire à sa demande d'aide sociale en raison d'une impossibilité d'identification, la dame s'est écriée vivre une injustice et une discrimination. Cependant, il me semble qu'il soit logique de vérifier l'identification d'une personne en fonction de sa pièce d'identité quand nous offrons un service public.

Je sais que certains diront que cette loi entrave la liberté de religions ou de croyances des femmes musulmanes.

Je sais que certains diront que cette loi entrave la liberté de religions ou de croyances des femmes musulmanes. Oui, cela affectera les femmes portant un niqab ou une burqa, ces vêtements laissant entrevoir juste les yeux, dans le meilleur des cas. De fait, pour le même principe de sécurité, elles devront se soumettre à la loi. Néanmoins, nous ne devons pas oublier qu'il n'existe pas uniquement des droits au sein d'une société. Il existe aussi des devoirs, même si parfois cela semble être oublié. Comparativement à la liberté, une société démocratique doit aussi faire valoir un principe de sécurité. Il n'y a pas de libertés sans une certaine dose de sécurité. C'est ce que nous pouvons appeler le contrat social, comme l'entendait d'ailleurs le philosophe britannique Thomas Hobbes. Je reviendrais, dans un article postérieur, sur la notion de droits et de devoirs au sein d'une démocratie qui se respecte.

Brièvement, dans un second temps, j'aimerais revenir sur la dénomination de cette loi. Je regrette que nous nous limitions à une loi sur la neutralité de l'État sans nous attaquer à des symboles hautement religieux. Ainsi, si le gouvernement veut être neutre religieusement alors il se doit de retirer le crucifix dans l'Assemblée nationale. Le crucifix n'est pas uniquement un outil de commémoration, mais bel et bien un symbole puissant d'une pensée religieuse, le catholicisme. En ce sens, le crucifix devrait rejoindre d'autres éléments représentatifs de l'histoire du Québec au sein d'un musée ou d'une pièce destinée à la mémoire de jadis. Ainsi, le lieu des délibérations et des décisions gouvernementales serait dénué de tout ornement à connotations religieuses.

Même si la loi 62 causera surement des remous encore longtemps, il n'en reste pas moins que la société québécoise a, enfin, avancé sur le sujet. Après des années de tergiversations et d'hésitations, une loi est adoptée. Nous verrons maintenant sa mise en œuvre, ce qui nous donnera encore l'occasion de discuter et débattre dans les mois et années à venir.

Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost