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La laïcité, ce mot mis à toutes les sauces

La laïcité permet la libre expression de la croyance ou incroyance de chacun tant que cela respecte la loi.

11/07/2017 09:00 EDT | Actualisé 12/07/2017 11:46 EDT
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Quand j'ai décidé d'écrire sur ce principe, j'ai décidé de me baser sur le dictionnaire. Après tout, il sera plus objectif que moi et que tout autre individu, même des philosophes ou des intellectuels.

J'ai fortement hésité dans l'écriture et la publication d'un article sur la laïcité, et ce, en raison des réactions parfois enragées que cela éveille chez certains. Oui, parler de la laïcité dans notre époque prônant le droit d'expression, c'est être en quelque sorte suicidaire. Chacun a, d'une certaine façon, une définition personnelle de la laïcité. Il faut dire qu'elle a souvent aussi été mise à diverses sauces par des intellectuels ou des politiciens. Ainsi, nous avons entendu parler de laïcité "ouverte", de laïcité "fermée", de laïcité d'accommodements, de laïcité républicaine, etc. Nous pourrions trouver dix milles façons de définir la laïcité en fonction de notre convenance, notre envie et nous arrangeant à un tel ou tel moment.

Pour faire face à cela, quand j'ai décidé d'écrire sur ce principe, j'ai décidé de me baser sur le dictionnaire. Après tout, il sera plus objectif que moi et que tout autre individu, même des philosophes ou des intellectuels. Il n'a aucun intérêt à défendre, aucune démonstration pour convaincre, aucune polémique à engendrer. Non, il est neutre. Quel beau mot, non ? La neutralité.

Ainsi, si je regarde dans le dictionnaire Larousse de poche (édition 2014), je lis que la laïcité est un

«système qui exclut les Églises de l'exercice du pouvoir politique ou administratif, et notamment l'organisation de l'enseignement. »Dictionnaire Larousse, 2014

Dans le Multidictionnaire de la langue française (6e édition), nous pouvons lire qu'il s'agit d'un

« système politique préconisant la séparation de l'Église et de l'État, le caractère non confessionnel de l'État. »Multidictionnaire de la langue française, 2015

En résumé, la laïcité est la séparation pure et simple de l'Église et de l'État. De manière concrète, cela signifie que l'État ne peut s'occuper du culte, et ce, inversement, le religieux ne doit pas s'occuper de la gestion étatique et sociétale. Le premier pays ayant parlé de laïcité est la France. Celle-ci s'est effectivement dotée d'une loi en 1905 sous l'impulsion de quelques intellectuels de renoms comme Aristide Briand, Ferdinand Buisson ou encore Nicolas Condorcet. Ces trois grands hommes ont prôné la séparation de l'Église et de l'État.

Pour mieux comprendre la laïcité, nous pouvons effectivement faire appel à divers auteurs, penseurs, intellectuels ou chercheurs. Ainsi, je vous propose la définition ou plutôt l'explication présente dans le livre, Pour une reconnaissance de la laïcité au Québec. Enjeux philosophiques, politiques et juridiques, sous la direction de Daniel Baril et Yves Lamonde (PUF, 2013). Ceux-ci énoncent à la page 2, dans l'introduction, que:

« la laïcité a pour but d'assure l'indépendance de l'État face aux divers systèmes de croyances, de garantir la liberté de conscience de chacun ainsi que la liberté de religion dans les limites prescrites par la loi. »

Retenons quelques notions dans ces définitions et explications : liberté de conscience, indépendance de l'État face aux religions et la loi.

La liberté de conscience signifie que chaque individu peut croire ou ne pas croire en quoi que ce soit, sans être inquiété par les autres. La loi, l'État protège toutes les personnes face à cet arbitraire ou discrimination sur base du religieux.

L'indépendance de l'État amène vers l'idée que l'État ne doit pas se mêler du religieux, car cela ne le concerne pas. Il est indépendant de la religion et n'a donc pas compétence pour juger du "bien" ou du "mal" de telle ou telle religion. Il y a cependant une limitation (le dernier point) : la loi.

La loi doit être respectée par tous, et ce, religion ou pas de religion. Cette loi est la garantie du traitement égal de chacun, qu'il croit ou non, musulman, chrétien, juif ou athée. La loi s'applique à tous les citoyens, et ce, sans exceptions.

Ce rappel de ces quelques éléments me semblait important dans une époque dans laquelle nous avons tous, sans exception, tendance à juger ou faire des conclusions hâtives sur telle ou telle situation. Nous devons faire attention aux associations que nous faisons. En effet, nous entendons des gens associer le féminisme avec la laïcité, la tolérance et laïcité, islamophobie et laïcité, etc.

Nous ne devons pas tout confondre.

La laïcité permet la libre expression de la croyance ou incroyance de chacun, et ce, tant que cela respecte la loi.

À titre d'exemple, pour interdire les signes religieux, certaines personnes ont recours à la laïcité. Cela est contradictoire, car si nous prenons la définition de la laïcité, celle-ci n'empêche aucunement l'usage de tel ou tel signe religieux. C'est même le contraire. La laïcité permet la libre expression de la croyance ou incroyance de chacun tant que cela respecte la loi. Nous ne devons donc pas confondre la laïcité avec l'interdiction des signes religieux.

Si des signes doivent être interdits, il faudrait donc faire appel à une autre notion ou règle que celle de la laïcité. À cet effet, je pense que nous devrions penser et retourner aux sources de l'institution d'une nation, d'un pays. Se souvenir de ce principe du contrat social entre le gouvernement et ses citoyens.

L'idée du contrat social énonce notamment que nous décidons délibérément d'abandonner une partie de notre liberté à condition que l'État nous garantisse la sécurité. L'État a donc pour fonction de s'assurer de notre sécurité à tous, du libre exercice de la liberté (limitée) et enfin de promouvoir et instaurer une égalité de droit entre les individus.

Arrêtons alors de faire appel à la laïcité pour tout et n'importe quoi. Si les mots ont encore un sens, une histoire et une justification, faisons attention leurs usages. La laïcité ne pourra que mieux s'en porter.

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