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Faut-il des limites à la liberté d’expression?

Doit-on empêcher l'extrême droite ou gauche s'exprimer ? Non, je pense que nous devrions les laisser s'exprimer.

15/08/2017 09:00 EDT | Actualisé 15/08/2017 09:00 EDT
Getty Images/iStockphoto
Devons-nous instaurer des limites à la liberté d'expression?

La semaine dernière, j'ai parlé de la liberté d'expression et de son traitement au sein de nos démocraties sous un texte titré « Pauvre liberté d'expression ». Je faisais ainsi référence à l'annulation d'une conférence du désormais célèbre « Stu Pitt », des surveillances de nombreux journalistes au Québec, de la place du Canada en matière de liberté de la presse ainsi que des attaques au tribunal de Djemila Benhabib. Dans ce texte, je déplorais que la liberté d'expression soit muselée et bafouée.

Néanmoins, nous pouvons aussi nous demander si la liberté d'expression doit être encadrée ou non. Devons-nous instaurer des limites à cette liberté d'expression? Si oui, sous quels motifs? Sinon, pourquoi?

Dans un camp, nous avons les prolimites à la liberté d'expressions. Ceux-ci estiment effectivement que cette liberté n'est pas un absolu et qu'elle doit répondre à des critères, notamment de sécurité. Ainsi, les gens sont libres de s'exprimer, si et seulement si, ils restent dans les limites de la loi prescrite. En France, par exemple, il n'est pas question de porter atteinte à l'image d'autrui, d'interdire les propos pouvant conduire à la haine, à la violence, ne pas tenir des propos diffamatoires ou encore de se tenir à un devoir de « réserve » dans certaines fonctions professionnelles. Ce genre de lois existe également au Canada et au Québec. La diffamation, l'incitation à la haine ou encore l'atteinte à l'image d'autrui est passible de sanctions.

Cependant, il est souvent difficile de savoir la limite entre atteinte, ou non, à l'image ou la vie d'une personne. Certes, si un individu énonce qu'il désire tuer tel ou tel individu, cela est aisé à prouver, mais la réalité est bien plus complexe qu'elle en a l'air. Dès lors, le pouvoir judiciaire joue un rôle considérable afin de statuer sur l'atteinte ou non à une personne. Ce même pouvoir joue donc un rôle de « tampon » avec les limites de la liberté d'expression.

Si un individu énonce détester tel ou tel groupe, cela ne signifie pas qu'il appelle à sa destruction ou son atteinte.

Dans un autre camp, nous retrouvons les fervents défenseurs d'un droit d'expression illimité. Les gens devraient pouvoir dire ce qu'ils veulent. Seuls les actes comptent. Si un individu énonce détester tel ou tel groupe, cela ne signifie pas qu'il appelle à sa destruction ou son atteinte. Si un groupe est réfractaire à l'expression de telle ou telle croyance, cela ne veut pas dire que ce dernier demande de l'éradiquer. En soi, l'acte est plus important que la parole.

Un philosophe belge, Raoul Vaneigem, dans son livre Rien n'est sacré, tout peut se dire. Réflexions sur la liberté d'expression, se montre partisan d'une liberté quasi totale en matière d'expression. Cela dit, selon lui, il faudrait punir et sanctionner les actes des individus qui commettraient ou auraient l'intention de porter atteinte à une personne ou un groupe. Sa justification est la suivante :

« Interdire un propos sous le prétexte qu'il est peut-être nocif ou choquant, c'est mépriser ceux qui le reçoivent et les supposer inaptes à les rejeter comme aberrant ou ignoble. » (p.28)

Selon lui, il est également essentiel de rappeler que la liberté d'expression ne donne pas le droit de tuer ou nuire à autrui. Il déclare d'ailleurs :

« Le droit de tout dire, de tout écrire, de tout penser, de tout voir et entendre découle d'une exigence préalable, selon laquelle il n'existe ni le droit ni liberté de tuer, de tourmenter, d'affamer, d'exploiter. » (p.16).

À travers ces deux visions, nous voyons bien qu'il existe des jugements et des idées divergentes quant aux limitations à la liberté d'expression. La question centrale, de savoir si les gouvernements doivent limiter cette liberté, est plus que jamais d'actualité. En dehors de l'actualité, cette question est également complexe. Prendrions-nous le risque de laisser des propos racistes ou d'appels à la haine en nous basant sur les actes pour sanctionner ?

En effet, il m'apparaît important de laisser une grande liberté d'expression aux gens, et ce, peu importe ce qu'ils énoncent. Le débat d'idées doit primer sur la censure.

Pour ma part, je me situerai dans un entre-deux. En effet, il m'apparaît important de laisser une grande liberté d'expression aux gens, peu importe ce qu'ils énoncent. Le débat d'idées doit primer sur la censure. Nous avons tendance à vivre dans un monde trop aseptisé et de la belle-parole. Un individu ne peut plus dire qu'il déteste tel ou tel groupe ethnique sans se faire traiter de racistes, xénophobe et se faire attaquer en justice. Nous ne pouvons plus critiquer telle ou telle religion ou croyance sans nous faire attaquer en justice. L'aseptisation du débat et de la parole nuit à la démocratie.

Ainsi, doit-on empêcher l'extrême droite ou gauche s'exprimer ? Non, je pense que nous devrions les laisser s'exprimer. Nous devons confronter les idées afin de montrer en quoi des propos peuvent se montrer blessants ou faux. En laissant l'extrême s'exprimer, nous pouvons démonter les jugements et les incohérences de la pensée. En les empêchant de s'exprimer, nous faisons le jeu de ces groupes. Ils se posent en victimes et attirent de plus en plus d'adeptes.

En résumé, faut-il limiter la liberté d'expression ? Si oui, quelles limites ?

Une belle question qui hante nos pensées depuis des générations et qui, je pense, ne cessera jamais de nous hanter.

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