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Catalogne, Espagne et la fin de la démocratie

Empêcher le peuple de s'exprimer est un acte d'une grande brutalité et intolérable au sein d'une démocratie digne de ce nom.

04/10/2017 09:00 EDT
NurPhoto via Getty Images
Le chef du gouvernement espagnol doit répondre de ces mesures coercitives et brutales envers sa population.

Nous ne pouvons pas ignorer ce qui se passe en Catalogne depuis des semaines.

Nous ne pouvons fermer les yeux et boucher les oreilles quant aux demandes des Catalans et Catalanes face au pouvoir du gouvernement espagnol.

Nous devons penser et réagir aux diverses actions et mesures prises par les autorités espagnoles depuis quelques semaines et, surtout en date du dimanche 1er octobre 2017.

Pourtant, un certain silence règne péniblement et outrageusement en Europe de la part des personnalités politiques. Heureusement, quelques-uns s'insurgent et demandent un dialogue social et serein entre les différentes parties. Le silence, même s'il ne fait pas de bruit, signifie quelque chose. Une symbolique du silence est possible.

En dehors du « oui » ou du « non » à l'indépendance de la Catalogne, la question est d'ordre démocratique. Peut-on empêcher un peuple à se prononcer sur tel ou tel sujet ? Les moyens de la force publique (police, armée, sécurité civile) doivent-ils et peuvent-ils être utilisés pour calmer et taire les demandes de la population, du peuple ?

Les évènements se déroulant en Catalogne et en Espagne sont révélateurs d'un problème plus complexe et plus grand : la démocratie.

Les évènements se déroulant en Catalogne et en Espagne sont révélateurs d'un problème plus complexe et plus grand : la démocratie.

Mais qu'est-ce au fait que la démocratie ?

J'ai eu la chance d'écrire un livre sur la démocratie, publié en avril 2017 à la maison d'édition alternative Edilivre (France). Dans celui-ci, j'ai repris diverses définitions de la démocratie. J'en retiendrais deux pour cet article, la définition du livre Concept et vocabulaire pratique du travail social et celle énoncée dans une citation d'Albert Camus, écrivain et philosophe français.

La première définition est :

La démocratie peut se définir comme un mode d'organisation de la société en vertu duquel des individus libres et égaux en droit seront appelés à décider des mécanismes qui permettront le développement équilibré de la collectivité dans le respect du pluralisme des opinions.

Quant à Albert Camus, il énonce :

La démocratie, ce n'est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité.

À tort, nous avons tendance à penser que la démocratie est gagnée dans les pays de la vieille Europe ou encore en Amérique. Nous nous vantons des progrès en raison des droits octroyés à tous. Mais, nous devons nous rendre à l'évidence que la démocratie perd peu à peu du terrain depuis quelques années, et ce, dans beaucoup de pays.

Pour l'Europe, des mesures sont prises pour taire les opposants aux idées de la majorité. Les débats doivent être de plus en plus aseptisés. Quiconque est contre le projet européen en matière de libres échanges, de libre concurrence entre les nations est automatiquement taxé de fasciste, communiste, nationaliste (vu comme un défaut) ou encore de conservateur vivant dans le passé. Pourtant, l'Union européenne s'est technocratisée. Elle est devenue une machine de bureaucrate en costumes, discutant des pays sans en avoir une seule idée de ce qui se passe. Elle impose sa vision et ses décisions. L'Union européenne fonctionne pour elle-même et en faveur des nations plus riches. Il suffit de voir les réactions des députés européens dans la crise espagnole et catalane. Quelles sont les réactions ? AUCUNE (au moment de rédiger ces lignes)

Certes, quelques ministres sont sortis comme le premier ministre belge ou encore les dirigeants écossais. En dehors de cela, aucune réaction de Madame Merkel (Allemagne), rien du côté de Monsieur Macron (France), et ainsi de suite.

Il ne s'agit pas ici, dans cette crise, de se positionner « pour » ou « contre » l'indépendance de la Catalogne. Non, il s'agit de laisser un peuple, une nation reconnue comme une communauté autonome administrativement et juridiquement, depuis 1979, de se positionner par référendum sur une question sociétale. Cependant, le gouvernement centralisateur espagnol ne l'entend pas de cette façon. Il a décidé de déclarer cette idée référendaire illégale et de tout mettre en œuvre pour empêcher la tenue de ces élections. Pour ce faire, il fait preuve d'une énorme répression envers la population et les dirigeants catalans. Des individus sont mis en prison, frappés, blessés et mis à l'amende. Des mesures autoritaires et antidémocratiques envers son peuple.

Si nous laissons ce genre d'actes se produire, nous risquons de donner un signe de soumission envers nos dirigeants.

Nous devons, en tant que citoyens, nous insurger de ces actions. Si nous laissons ce genre d'actes se produire, nous risquons de donner un signe de soumission envers nos dirigeants. Des dérives risquent de se produire dans d'autres pays. Le chef du gouvernement espagnol doit répondre de ces mesures coercitives et brutales envers sa population. L'Union européenne et les pays démocratiques doivent condamner ce genre d'actions.

S'ils ne font rien, s'ils ne disent rien, cela signifie qu'ils sont possiblement d'accord avec ces actes liberticides. Ne dit-on pas « qui ne dit mot, consent » ?

Le 1er octobre 2017 est une date à retenir pour la mort de la démocratie en Espagne. Un régime autoritaire est en vigueur. Empêcher le peuple de s'exprimer est un acte d'une grande brutalité et intolérable au sein d'une démocratie digne de ce nom. Mais peut-être, avons-nous été bernés depuis le début ?

De fait, peut-être que la démocratie n'existe plus depuis longtemps, mais nous en voyons seulement maintenant le vrai visage. Un jour triste pour la liberté. Un jour de deuil pour l'idéal et le fait démocratique.