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L'argent est-il le sauveur face au décrochage scolaire?

10/06/2017 11:59 EDT | Actualisé 10/06/2017 11:59 EDT

Au Québec, comme dans certaines provinces ou d'autres pays, le taux de décrochage est alarmant. Chaque année, chaque moment préélectoral est souvent l'occasion d'entendre nos politiciens en débattre. Que disent-ils ? Il faut combattre le décrochage scolaire et augmenter le taux de diplomation de nos étudiants et de nos enfants. Que font-ils ? Pas grand-chose, sauf des réformes ou des coupes budgétaires dans des aides aux enfants en difficulté.

En date du 8 mai 2017, un millionnaire, Mitch Graber, a proposé que le gouvernement octroie une prime ou une récompense aux élèves de secondaire à l'occurrence de 1000$ par année. Si l'idée peut être soulignée de la part de cet homme, il nous faut nous demander si nous désirons ce genre de société pour nos jeunes. Voulons-nous signifier à nos jeunes que chaque effort est forcément récompensé par une somme d'argent ? Devons-nous leur montrer que l'argent est le Graal absolu ? Je ne crois pas. D'ailleurs, le gouvernement a refusé de suivre cette recommandation. Le Parti libéral du Québec, la Coalition Avenir Québec et Québec Solidaire ont refusé. Quant au Parti Québécois, il a laissé une porte ouverte.

Pourtant, les intentions de ce milliardaire sont louables. Il veut effectivement faire en sorte qu'il y ait moins d'absentéismes, moins de décrocheurs et donc plus de travailleurs. Il reprend l'idée qu'un décrocheur sera forcément un chômeur ou un allocataire social sombrant dans la délinquance. Une vision qui me paraît quelque peu réductionniste. Des enfants ou des étudiants peuvent réussir en ayant été décrocheurs, et ce, parce que les raisons de ces décrochages sont multiples.

Il faut savoir que cette idée de rémunérer les élèves n'est pas nouvelle. En effet, des essais ont eu lieu dont notamment en France en 2009 à Créteil. La récompense n'était pas individuelle, mais collective. En Suède, il est possible de se faire rémunérer pour les étudiants de 16 ans à 20 ans. Ceux-ci reçoivent un montant de 187 dollars par mois, soit versé sur un compte au nom des parents (les mineurs) ou sur le compte du jeune. Les autorités ne parlent pas vraiment de rémunérations, mais d'aides financières ou de bourses. La condition est d'être assidu à l'école et présenter de bons résultats. Aux États-Unis, des projets sont nés également de ce genre en offrant de l'argent aux élèves à chaque livre lu.

Mais, au-delà de cela, est-ce que la rémunération ou la récompense en argent peut s'avérer efficace pour lutter contre le décrochage scolaire et permettre une plus grande diplomation des étudiants québécois ? Car la question se situe effectivement à ce niveau.

Des études ont été menées sur les raisons du décrochage scolaire auprès des enfants du primaire et du secondaire (nous pourrions en dire autant des élèves au collégial ou université). Celles-ci expliquent, et énoncent notamment diverses raisons au décrochage comme : l'aspect familial et environnemental (entourage familial), le manque d'estime de soi, le mal-être lié à un échec, un défaut d'apprentissage des bases (français, mathématiques), des problèmes psychosociaux ou d'ordres comportementaux. Les raisons sont donc multiples et variées. Ce qui apparaît cela dit souvent, c'est la motivation d'aller à l'école ou encore le manque de soutien en cas de difficultés.

Il faut dire aussi, au Québec, que le gouvernement libéral actuel n'a pas aidé dans la lutte contre le décrochage scolaire.

Il faut dire aussi, au Québec, que le gouvernement libéral actuel n'a pas aidé dans la lutte contre le décrochage scolaire. En effet, en coupant considérablement dans le budget de l'éducation, il a fragilisé les aides offertes aux étudiants éprouvant des difficultés scolaires en raison d'un comportement ou d'une situation difficile. Des postes ont été supprimés afin de satisfaire à la politique d'austérité.

Pour ma part, mais cela n'engage que moi-même, je ne pense qu'en donnant de l'argent aux élèves du secondaire, nous ayons la solution à la situation. Oui, nous aurons probablement moins d'absentéisme. Oui, nous aurons peut-être un peu moins de décrocheurs. Oui, quelques-uns pourront avoir de bons résultats et auront donc cette somme. Mais que faisons-nous des élèves éprouvant déjà des difficultés ? Que faisons-nous des enfants souffrant de situations empêchant de suivre une scolarité dite « normale » ? Donner de l'argent ne résoudra pas les problèmes des décrocheurs. Il permettra aux jeunes ayant déjà les capacités de réussir. L'argent confortera les élèves n'ayant pas de difficultés et fragilisera les autres. Les solutions sont donc ailleurs, et, plus en amont.

Si nous désirons combattre réellement le décrochage scolaire, nos représentants politiques doivent agir sur différents fronts. En voici quelques idées :

  • Augmenter les aides aux élèves en difficultés par l'aide aux devoirs, la présence d'éducateurs spécialisés ou encore d'un psychoéducateur ;
  • Diminuer le nombre d'élèves dans les classes : un professeur ne peut pas s'occuper de vingt élèves sans laisser l'un ou l'autre face à ses difficultés ;
  • Redonner le goût d'apprendre en modifiant et en favorisant des méthodes alternatives d'enseignements ;
  • Relier les études au monde extérieur : montrer aux élèves les bienfaits des études.

Ne pas empêcher les élèves de vivre un ou des échecs scolaires. Si ceux-ci vivent un échec, les accompagner afin de faire comprendre ce qui a raté et pallier les lacunes éventuelles. L'échec est une partie de la vie de tous les jours. Cela évitera qu'ils se découragent et qu'ils se retrouvent peut-être au Cégep en vivant un premier échec ;

Nous devons agir sur les causes réelles amenant nos enfants à arrêter l'école. Nous devrions les écouter quand ils décident de stopper l'école. Notre devoir d'adulte est de fournir un système d'instruction agréable et enrichissant pour nos enfants. Non pas, un univers les préparant à être de futurs travailleurs dociles, mais des adultes épanouis.

Vous aurez compris, l'argent ne peut être la solution au décrochage scolaire, et ce, du fait que c'est un problème multifactoriel.

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