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Palestine-Israël: une coupe moitié vide de sens, moitié pleine de désespoir

09/07/2014 06:22 EDT | Actualisé 08/09/2014 05:12 EDT

Colère, dégoût, désolation, indignation... Nombreux sont les adjectifs qui décrivent mes sentiments devant les événements qui se passent en Palestine et en Israël. Ayant grandi au cœur de ce conflit, je ne m'attendais pas à mieux et j'ai donc décidé de quitter ma Palestine natale pour aller vivre là où un cancer, une chute brutale de vélo, ou tout simplement, la vieillesse ont plus de chance d'avoir raison de ma vie qu'une balle perdue.

Tout compte fait, dans ce coin du monde, tout est perdu, la balle n'est certainement pas une exception à la règle. Un camp la jette à l'autre qui la lui renvoie à son tour, et ce, depuis 66 ans et 1 mois. D'arbitre en arbitre, on ne compte plus les pénalités, les corners, et le temps, un temps perdu depuis trop longtemps. Parfois, certains se mettent à croire que le match se terminera par des tirs au but, des buts qu'on se vantera de marquer, mais qui, en réalité, ne feront que renforcer l'équipe adverse. Des cartons jaunes et rouges? On n'en distribue plus depuis que la fédération internationale a décidé que les joueurs de ce terrain étaient dispensés de suivre les règles. À la fin du jeu, il ne restera plus que des maillots ensanglantés à s'échanger, ce sera un match nul, littéralement nul, et le spectateur qui aura payé trop cher son billet pour participer à cette compétition désolante n'aura aucune épaule sur laquelle pleurer.

En cette période de Coupe du monde, cette analogie me semble être la seule capable de capter votre attention. Lors des matchs, j'entends des personnes s'indigner, car un arbitre n'a pas compté un but ou, car une faute n'a pas été sanctionnée. La fierté nationale de nombreux pays est en jeu, le Mondial est perçu comme un moyen de combattre la crise économique et la morosité du quotidien. Quand une équipe perd, ses supporteurs pleurent, déchirent leurs habits, s'enivrent pour oublier et gardent une rancœur éternelle, car l'honneur de leur nation a été piétiné, ils se disent toujours « Chère nation, on te vengera! » Les présidents, les premiers ministres, les chefs des armées, les chefs désarmés, bref, tout le monde est là et à chaque attaque, tout le monde retient son souffle en espérant un but ou un dénouement positif pour les siens. C'est beau à voir, mais en réalité, beaucoup plus triste que ce que l'on pense : dans trois mois, le quotidien reprendra le dessus, on se souviendra de nos dettes, de nos couples dysfonctionnels, ou pire, de la télé qui ne fonctionne plus et qu'il faudra remplacer après tant d'heures d'action et de folles émotions. Où sont donc les supporteurs de l'humanisme lorsque le match n'est diffusé qu'au journal d'information? Où est l'honneur de ces grandes nations qui prétendent être des berceaux de la démocratie, de l'égalité et de la justice lorsqu'il s'agit du Proche-Orient? Faut-il appeler un numéro surtaxé et choisir entre 1, 2 ou 3 pour que ce que nous voyons à la télé intègre notre conscience de la réalité?

Le conflit au Proche-Orient n'est pas le seul, et il est loin d'être le plus meurtrier, mais il est extrêmement désolant pour toute l'humanité. Il est le symbole d'un échec vieux de plusieurs millénaires. Dans un passé pas si lointain, il s'agissait un conflit territorial, d'un conflit entre occupant et occupé. Aujourd'hui, on n'entend plus que des religieux animés de vengeance, incriminant un dieu qu'ils nous jurent bon, un dieu tantôt agent immobilier tantôt fabricant de bombes humaines, c'est lui, ce pauvre tout puissant, omnipotent, et pour le coup, vraiment omniprésent, qui serait responsable de la bêtise humaine. À sa place, ciel! J'attaquerais ces gens-là pour diffamation.

Aujourd'hui, ce sont des enfants, victimes de la rancœur de leurs pères, et parfois tristement, de leurs pairs, qui payent le prix de cette coupe du monde de la bêtise, une coupe toujours moitié vide de sens, moitié pleine de désespoir, une coupe qui déborde depuis trop longtemps et que personne ne veut boire. Les plus malins me rétorqueront que les enfants israéliens enlevés et tués dans la région de Hébron étaient des colons, des futurs soldats, et qu'ils méritaient leur sort, que l'enfant palestinien de Jérusalem, brûlé vif, allait devenir un terroriste et donc que sa mort terrible entre les mains d'extrémistes juifs est justifiée, que les soldats israéliens défendent l'honneur de leur nation en tuant des enfants, et je ne sais quoi d'autre. Je vous arrête tout de suite. Vous parlez d'honneur? Comment osez-vous prononcer le mot « honneur » en décrivant ce que l'Homme sait faire de pire?

Entre les colons (devrais-je dire, les collants) et les fous de Dieu, ou dans ce cas précis, les fous d'odieux, les civils sont bien servis, à commencer par les plus fragiles d'entre eux, soit les enfants. Aujourd'hui, Jérusalem, une ville que la tradition veut sainte, se meurt entre les mains des extrêmes. Dans ce conflit, il n'y a qu'un seul côté, une alliance diabolique entre deux extrêmes qui se servent dans le même bol de soupe, parfois avec la même cuillère. Mais quand la soupe refroidira, il n'y aura plus personne... et c'est peut-être à ce moment-là que tout le monde sera heureux !

Je suis Palestinien, et nombre des défenseurs de ma cause me critiqueront autant que les opposants, car je ne dis pas qui est responsable de quoi, je n'évoque pas l'Histoire, je ne suis pas assez rancunier et je ne demande pas la mise à mort de telle ou telle personne. Je vous rassure, je n'ai aucune intention de rentrer dans les détails de mes convictions, c'est mon instinct de survie qui me pousse à écrire ce billet. Les débats stériles, je n'en veux plus ! 66 ans et des milliers de vies gâchées plus tard, tout le monde a tort, l'échec est universel et plus aucune identité nationale ne mérite d'être traînée dans cette boue toxique, alors, de grâce, retrouvons notre dignité humaine, et surtout faisons en sorte que toute vie perdue ne le soit pas en vain : Il y a d'autres moyens que les bombes, les chars, la colonisation, les armes, les livres saints et la bêtise pour résoudre les conflits, il serait peut être temps que l'on s'efforce de les explorer.

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