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Quand Ottawa exploite les immigrants pour faire mousser les cotes d'écoute

19/03/2013 11:28 EDT | Actualisé 19/05/2013 05:12 EDT
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La télésérie populaire américaine Survivor, qui a lancé le genre «téléréalité» en grande pompe il y a presque dix ans, fait toujours jaser. C'est une émission dans laquelle 20 participants se battent en équipe, entre eux et contre mère Nature pendant 39 jours. Le prix: un million de dollars. C'est la StarAc en camping sauvage, sauf que ce sont les participants qui votent, et non pas l'auditoire.

Des milliers d'Américains (et de Canadiens) se portent volontaires pour cette expérience unique d'un jeu sociopolitique et interculturel. Contrairement à d'autres émissions à potins, Survivor a un peu plus de "classe". Elle ne plonge pas dans les ténèbres de la télépoubelle qui règne sur les ondes de MTV,BET, etc.

Certains prétendent qu'il faut du courage pour livrer des luttes personnelles, les angoisses et les expériences de vie douloureuses à nu à la télévision. Peu importe, des millions de téléspectateurs suivent leurs péripéties hebdomadaires sur Survivor.

Des questions ont été soulevées la semaine dernière lorsque le participant nommé Brandon a démontré des indices d'instabilité mentale durant l'émission du réseau CBS. Le malaise était difficile à regarder, pour les homologues de Brandon et pour les téléspectateurs. Comme un chien enragé, les tendances violentes de Brandon ont mené à une confrontation inoubliable... et des cotes d'écoute de rêve. Est-ce qu'une maladie mentale devrait être exploitée pour hisser des cotes d'écoute? Les réalisateurs de télé n'ont-ils pas une responsabilité de protéger les personnes les plus vulnérables contre l'effet "spectacle public"? La décence humaine a-t-elle une place au pays du capitalisme sauvage et de la pseudo liberté illimitée?

Le sous-titrage codé capitaliste

Ces mêmes questions ont été soulevées dans les années 1990, lorsqu'un entrepreneur américain a filmé des sans-abri qu'il a appelés à se battre entre eux pour la modique somme de 50 $. Les vidéos ont été mises sur le marché à l'aide de publicités permettant à tout acheteur de se procurer un exemplaire de «l'UFC des sans-abri» pour 22 $. Les États-Uniens n'ont pu s'empêcher de gratter le fond du baril. Bien que cette réflexion revient une fois de plus après l'effondrement épique sur Survivor, les Canadiens (moi inclue) se réconfortent: on ne ferait jamais de chose pareille au Canada. On est plus civilisés que ça, nous autres.

Eh bien, j'avais tort.

Notre propre gouvernement fédéral a mis son sceau d'approbation sur une émission de «téléréalité de misère»: selon des documents obtenus par une femme de Vancouver nommée Helesia Luke, le ministre de la Sécurité publique Vic Toews a approuvé le tournage de l'arrestation de présumés clandestins, et le bureau du premier ministre a prévisionné une bobine démo de l'émission. En plus, c'est le temps et l'expertise des bureaucrates qui servira de fil conducteur dans l'astuce, car les fonctionnaires passeront au peigne fin chaque segment de l'émission avant sa diffusion.

Mme Luke s'est exprimée de la façon suivante à la CBC (traduction libre): «Je pense que l'ASFC fait une contribution en nature par l'entremise du temps de travail de son personnel. Évidemment, ils se réservent un énorme fardeau en termes d'évaluation des clips vidéos.»

LIRE AUSSI:Une émission de téléréalité controversée à Ottawa

Les travailleurs sans-papiers (ou « Les marchands de rêves » qu'a chanté Corneille) cherchent désespérément à quitter leur patrie pourrie, à faire leurs adieux à la misère afin de commencer une vie nouvelle dans le 11e pays au monde où il fait bon vivre. Ils forment désormais le fourrage de divertissement aux abonnés de la télé cablée - un Hunger Games pour immigrants. L'État offre des contributions en nature (le temps des fonctionnaires) pour amplifier les cotes d'écoute et accroître les précieuses recettes publicitaires sous la fourberie d'une «promotion de l'engagement du Canada envers la sécurité frontalière».

Ils nous prennent pour des valises.

Le reportage laisse sous-entendre que les formulaires de consentement de télédiffusion ont été distribués à ces présumés travailleurs sans-papiers avant qu'ils aient eu accès à un avocat. Comment cette hiérarchisation est-elle propice à «l'engagement du Canada envers la sécurité frontalière»?

Des images des centres de détention pour immigrants aux États-Unis

Le billet de Rachel Décoste se poursuit après la galerie

Immigrant Detention

Vikileaks et la vie de Vic

Le ministre de la Sécurité publique Vic Toews a sans doute commis sa part de maladresses: il est condamné en 2005 pour violation de la loi sur le financement électoral du Manitoba, il a déclaré que toute personne s'opposant à son Projet de loi sur la cybersurveillance donnait donc son approbation aux pornographes juvénile, et l'homme marié a eu une liaison amoureuse avec nulle autre que la gardienne de ses propres enfants. Combien de vies ce Viki-chat a-t-il?

Cette tragédie télévisée n'est que le dernier maillon de saucisse que le gouvernement Harper fait passer comme "un gouvernement majoritaire conservateur fort, stable, et national".Criblé d'une myopie sélective et d'un manque de jugement, le sans-coeur Harper n'a aucun scrupule à mettre ses racines réformistes avant le bien commun et le respect de l'homme, quelle que soit la race, l'origine ou la religion.

Reprise instantanée

N'ajustez pas votre appareil. Le régime du gouvernement Harper a ses priorités à l'envers:

Avec la complicité documentée du bureau du premier ministre, Vic Toews a mis une croix sur la décence humaine et les valeurs traditionnelles que véhicule l'image nationale du Canada. Le gouvernement Harper poursuit sa diffusion d'une condescendance envers le petit peuple. Les électeurs canadiens ne seront pas en mesure de changer le poste jusqu'en 2015.