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Les Forces canadiennes peuvent tout faire, sauf... recruter des femmes et des minorités

26/08/2013 11:22 EDT | Actualisé 27/10/2013 05:12 EDT

Les Forces Canadiennes (FC) sont en mesure de se rendre sur une terre étrangère hostile, comme en Afghanistan, et de réaliser des exploits inégalés. Dans un environnement que le ministère de la Défense nationale (MDN) décrit comme «instable et difficile», les réalisations importantes des FC jusqu'à présent touchent toutes les sphères d'activité: la formation et l'encadrement, la sécurité, l'éducation, la santé, le développement économique, l'aide humanitaire, la gouvernance, la diplomatie régionale. Dans une autre mission qui a suivi le violent tremblement de terre en Haïti en 2010, les FC ont assuré des services de recherche et de sauvetage, des soins médicaux, de l'aide humanitaire, et des services de sécurité et de génie.

Devant ces impressionnantes listes de réalisations triomphales, on se demande: existe-t-il une épreuve à laquelle notre armée canadienne ne peut se soumettre?

Eh bien. Il s'avère qu'il en a une. Le défi que les militaires canadiens ne peuvent guère relever, c'est le recrutement des femmes et de minorités visibles... Ici, à domicile.

Une évolution

Il fut un temps où les rangs les plus prestigieux du service militaire étaient réservés aux hommes blancs «purs», ayant le sang européen. En 1939, la Marine dite «royale» du Canada n'acceptait que les recrues «d'origine européenne pure et de race blanche». L'Aviation royale canadienne exigeait alors des candidats qui étaient «sujets britanniques et de pure descendance européenne.» À cette époque, il n'existait aucun corps d'armée n'utilisait le français.

La dite «barre raciale» restreignait les minorités visibles voulant défendre leur pays à une seule voie: les réserves armées. Quant aux femmes, elles étaient écartées sans équivoque.

Eventuellement, les forces de l'air et de la marine ont abandonné les pratiques de discrimination raciale et linguistique officielles. Les femmes ont reçu l'autorisation de prendre des rôles non-combattants en 1941. Bien que les Forces canadiennes ont aboli les conventions discriminatoires, la mentalité et la culture militaire n'évoluent pas au même rythme: de nombreux anciens combattants le relatent.

Les FC ne se sont dotées d'une politique portant spécifiquement sur le racisme qu'en 1993. Même après son entrée en vigueur, le Code de prévention du harcèlement et du racisme est délibérément omis dans nombre de cas.

Au fil des ans, les FC sont demeurées disproportionnellement masculines et monochromatiques, alors que notre nation a accepté la diversité et le multiculturalisme d'un océan à l'autre.

L'idée de promouvoir l'égalité des chances dans les forces armées a fleuri il y a quelques années. Les FC se sont fixé le mandat d'adopter des initiatives d'équité en emploi afin de mieux refléter la population et la société canadiennes. Avec cette démonstration de maturité socioculturelle, les Forces canadiennes ont fait du chemin.

Une mission impossible?

Le pourcentage de nouvelles recrues féminines inscrites en formation de base a chuté de 16% à 13% entre 2008 et 2011.

La représentation des minorités visibles tourne autour de 3%. L'accroissement anémique de 1% entre 2008 et 2011 est assez gênant.

Le nombre d'autochtones dans les Forces canadiennes a augmenté de moins d'un quart d'un pour cent. Il faut une loupe pour percevoir cette maigre «croissance»: de 1,96% en 2008 à 2,16% 2011.

La déroute militaire

Dans un étonnant aveu d'échec, l'armée a choisi de jeter le blâme. Les FC affirment que les objectifs actuels sont «irréalisables». Le National Post révèle ainsi que les responsables militaires canadiens vont abaisser les objectifs liés au recrutement de femmes et des minorités visibles.

Dans une série de excuses échappatoires, l'audit du département de la Défense affirme que les objectifs ont été mal calculés, que les objectifs ont été «imposés» aux Forces canadiennes, que l'objectif fixé pour recrutement de femmes et de minorités raciales est «inaccessible sans l'imposition de mesures importantes.»

Curieusement, les calculs effectués pour fixer le recrutement des Autochtones ont été jugées «réalisables» par les responsables du ministère de la Défense. Ne serait-ce que les Forces canadiennes sont sur le point de réaliser cet objectif particulier?

Les FC suggèrent de fixer de nouveaux objectifs de diversité qui ressemblent à ceux de l'Angleterre et de l'Australie - des modèles militaires beaucoup moins performants. L'efficacité des stratégies de recrutement de nos voisins américains met en relief la sous-performance canadienne. Par conséquent, les FC évitent ces comparaisons à tout prix.

Le sabordage et le retrait?

En abaissant les objectifs, les Forces canadiennes sont essentiellement en train de renoncer à inclure la majorité des citoyens qu'ils visent à défendre. Les femmes, les minorités visibles et les Autochtones sont tout aussi dignes que les aspirants du bassin «traditionnel» de recrutement. Selon le professeur Christian Leuprecht du Royal Military College, ce sont les jeunes hommes de race blanche issus de communautés rurales qui forment la démographie fétiche. Étant donné les responsabilités des FC qui dépassent de loin le stéréotype du combat physique, il y a place à s'interroger: pourquoi les groupes cibles ne peuvent-ils pas trouver leur place au sein de ce commandement?

Les Forces canadiennes, dont les Canadiens sont si fiers, ne sabordent pas un engagement: elles réévaluent leurs méthodes, revoient leur plan d'action, et reviennent à la charge afin de réussir.

Stratégie de recrutment inexploitée

Les Forces canadiennes auraient intérêt à faire un examen interne pour aborder les préoccupations ethniques, raciales et sexuelles qui subsistent depuis trop longtemps. La meilleure stratégie de recrutement pluriel c'est de mettre un terme à l'étouffement des allégations d'agressions sexuelles, à la récurrence de grossièretés verbales à l'endroit des groupes cibles, et autres formes de comportements indignes. Au lieu de donner un coup de grâce au objectifs de recrutement, les Forces canadiennes se doivent relever le défi.

Les Forces canadiennes ont fait du succès une habitude. Les Canadiens en souhaitent sa continuation.

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