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Chantage culturel

14/02/2013 01:18 EST | Actualisé 16/04/2013 05:12 EDT
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gramophone

Je me fiche de l'état de la chanson au Québec. C'est plutôt l'état de la musique qui me préoccupe. Quand je vois qu'un Forum sur la chanson québécoise est organisé par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), je me dis que le postulat de départ est d'emblée erroné et que tout ce qui s'ensuivra sera par conséquent loin de la réalité. Qui plus est, beaucoup ont tendance à sauter tout de suite de la chanson québécoise à la chanson francophone, comme si les deux ne faisaient qu'un. Distorsion des mots. Distorsion du sens.

Réduire la musique aux mots et à la langue est une grave erreur. La musique mérite mieux que ça. Les artistes et musiciens ont le devoir d'être libres, d'explorer la matière comme ils le veulent. Si Malajube ne veut pas mettre la voix à l'avant-plan dans ses chansons au point de ne presque plus entendre les mots, pourquoi pas. Si un artiste veut s'exprimer dans une langue inventée ou qui n'est pas sa langue maternelle, pourquoi pas. La musique est un joyeux foutoir où tout est permis.

Personnellement, au fil des années, j'ai composé de la musique avec des chanteurs, des rappeurs, des vocalistes de tous les horizons. Plusieurs langues et accents se sont côtoyés dans mes productions allant de l'espagnol au créole, du patois au français et de l'anglais à l'arabe. Et ce n'est pas fini.

Le Québec d'aujourd'hui est multiple et même s'il ne l'était pas, ça ne changerait rien à la musique, car celle-ci défie les frontières et les langues.

Tenter de culpabiliser les artistes parce qu'ils veulent chanter dans une langue plutôt qu'une autre est bien pernicieux. De plus, il existe déjà de sérieux incitatifs pour chanter en français au Québec par le biais de quotas radios et télés ainsi que de subventions.

Le Québec n'a pas besoin d'une mise au point au niveau des mots. Ce dont il a besoin c'est d'une sérieuse mise au point musicale afin de s'inscrire durablement dans le panorama mondial. En fait, ça se passe déjà, mais on dirait qu'un certain establishment ferme les oreilles et vit dans un passé idéalisé.

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