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Une société ouverte aux nouvelles technologies

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Afin de prospérer, une société doit être ouverte aux nouvelles technologies et connectée au reste du monde.

Lorsqu'on vit à l'étranger depuis dix ans, revenir à Montréal fait toujours chaud au cœur, même quand c'est juste pour une semaine en plein hiver. Mais il y a toujours des choses qui nous agacent, surtout quand on n'observe pas le progrès qu'on aurait imaginé lorsqu'on a quitté la ville la dernière fois. Cela commence par l'arrivée à Dorval. Les options de transport vers les différents coins de la ville sont peu nombreuses. Le métro ne s'y rend pas. Il n'y a pas de train vers le centre-ville, malgré une gare juste de l'autre côté du stationnement. Le taxi ou le bus 747 semblent les seules options possibles, et jusqu'à récemment ce dernier requérait qu'on paie avec le compte juste. Après avoir retiré des dollars et fait du change, les touristes n'ont plus qu'à aller s'aventurer dans le trafic.

Quand on débarque à Amsterdam, Berlin ou Copenhague, il est toujours facile de prendre le métro et ce n'est pas cher. On doit relier Dorval au métro ou au train. C'est la moindre des choses pour une métropole du 21e siècle.

Il n'y a pas de service Uber non plus. Les taxis montréalais ne semblent pas vouloir prendre part au mouvement. Or, il n'y a pas plus pratique que Uber. À Londres, je l'utilise constamment quand le trajet de métro n'est pas optimal, et cela m'a été bien utile à Bangkok quand je n'avais plus de monnaie locale ou que je n'avais pas le goût de négocier avec les chauffeurs traditionnels.

Pratique pour les touristes, plus confortable et bien moins cher qu'un taxi ordinaire, Uber ou un service similaire dominera le marché à un moment donné. Combien de temps veut-on avoir l'air arriéré? Les technologies, certes, suppriment des emplois à court terme, mais cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas les adopter. Elles créent d'autres emplois et améliorent notre qualité de vie. Il faut avoir un regard vers l'avenir et les accueillir à bras ouvert tout en dédommageant et guidant ceux qui perdent leur job.

De quoi aurions-nous l'air si on ne permettait pas aux consommateurs d'acheter des billets d'avion en ligne, bien que cette méthode ait plus ou moins mis fin aux agences de voyages?

L'autre agacement, c'est que ce n'est pas juste avec le centre-ville que Dorval manque de connectivité. C'est aussi avec les grandes villes nord-américaines. Il n'y a pas de train rapide vers Québec ou Ottawa ni de vols directs vers Chicago, par exemple. Entre Tokyo et Sapporo, une ville de deux millions d'habitants au nord du Japon, il y en a 80 par jour, soit toutes les 15 minutes. Le vol vers New York quant à lui coute 350 $ quand on est chanceux. Cela coûte à notre prospérité.

Les régions connectées prospèrent, celles isolées décrépissent. Le bas coût de mes voyages professionnels et personnels dans la majorité des pays en Europe est dû à deux merveilleuses compagnies: easyJet et Ryanair. Ces compagnies d'aviation permettent de sauter d'une ville à l'autre pour environ 100 $ aller-retour, en moyenne.

C'est incroyable pour le tourisme mais aussi pour rapprocher les pays, permettre aux idées de circuler, aux technologies de se diffuser, aux universités de collaborer étroitement, et aux gens d'affaires de tisser des liens commerciaux. En les permettant d'opérer en Amérique du Nord, Bombardier aurait la possibilité de vendre une centaine de CSeries. De quoi convaincre le gouvernement québécois d'ouvrir son espace aérien?

Voyager en train reste une expérience encore plus agréable qu'en avion. Moins de contraintes pour les bagages, moins (ou pas) de files d'attente, plus d'espace pour travailler, un service direct d'un centre-ville à un autre, et tout ça avec des heures de départ et d'arrivée plus fiables et prévisibles.

Un train rapide comme le japonais Shinkansen permettrait de faire le trajet Montréal-New York en moins de deux heures. L'industrie montréalaise en profiterait; les liens rapides étendent les marchés. Les bagels montréalais pourraient arriver encore chauds à New York et dominer le marché.

Tout comme les vols directs et à bas prix, un train rapide de Québec à Miami aurait sûrement des retombées économiques incalculables, en abolissant les contraintes aux échanges commerciaux et intellectuels, en plus de faciliter le tourisme et de réduire les émissions de gaz à effet de serre émises par les camions.

Cela encouragerait la revitalisation des villes le long du parcours et offrirait aux travailleurs un réseau plus large d'emplois possibles le long des rails. Avec un train rapide, il serait facile par exemple pour deux conjoints de vivre ensemble et de travailler à Montréal et à Sherbrooke. Malgré un réseau déjà extrêmement dense, l'Angleterre projette de construire une ligne rapide entre Londres et Birmingham, la deuxième ville du pays, pour réduire à 50 minutes un trajet qui en prend 85.

Et qui va participer à sa construction? Bombardier, le leader mondial en technologies ferroviaires. Alors pourquoi pas chez nous? Investir dans les voies ferrées en Amérique du Nord en plus de vendre beaucoup d'avions CSeries créerait beaucoup d'emplois, permettrait à Bombardier de réaliser des économies d'échelle, et ainsi une productivité accrue et une compétitivité mondiale inégalée.

Alors que les Japonais et les Chinois construisent des trains encore plus modernes à lévitation magnétique, j'ai l'impression qu'au Québec on se contente de regarder nos infrastructures se dégrader, voire s'effondrer en se plaignant qu'on n'a pas assez d'argent pour de tels projets. Peut-être devrions-nous nous rappeler qu'on est une des nations les plus riches du monde?

Vivre à l'étranger est une expérience révélatrice. Cela nous permet d'observer une multitude de politiques publiques et de technologies nouvelles, d'en juger les avantages et les inconvénients et de les comparer à ce qu'on fait chez nous. Afin de prospérer, le Québec devrait adopter toutes les meilleures pratiques et arrêter de protéger les droits acquis des taxis ou des compagnies aériennes.

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