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Guerre des clans ou communauté de sentiments?

16/05/2014 08:21 EDT | Actualisé 16/07/2014 05:12 EDT

Montréal, le 14 mai 2014

« Le 28 juin 2013, à 21h, Marc-André Fontaine se rendait a son travail a vélo; il circulait sur le boulevard Rosemont. Il faisait noir, mais la rue était éclairée. Un peu à l'ouest de la rue De Lorimier, il a percuté une portière d'auto que le conducteur d'un véhicule de livraison de restaurant a subitement ouvert devant lui.

Il portait son casque, son vélo était équipé de lumières clignotantes à l'avant et à l'arrière. À l'arrivée des ambulanciers, il a mentionné une forte douleur au cou et au thorax. L'impact de la porte lui a cassé des côtes, ce qui a occasionné un arrêt respiratoire dans l'ambulance. Pendant son transfert à l'hôpital, son état s'est détérioré rapidement. À son arrivée à l'hôpital, il était en arrêt cardio-respiratoire, et a dû être réanimé. Marc-André a été dans le coma sept jours. Il a subi une opération au cerveau, mais en vain. Après avoir été extubé, il a réussi à respirer durant 15 heures. Marc-André est décédé le 6 juillet 2013 à 5h30 du matin.

Marc-André avait des projets, il avait des rêves...mais tout ça lui a été dérobé par un geste irresponsable et non réfléchi... Il avait 35 ans... L'ouverture d'une portière... Marc André avait une famille, des amis, et chacun devra vivre avec son absence pour le reste de leur vie. Un coup d'œil avant d'ouvrir votre portière ne prend qu'une seconde... la perte d'un être aimé dure toute la vie ».

Tels sont les mots témoignant de la mort violente accidentelle de Marc-André Fontaine. Ces mots sont ceux utilisés par sa soeur, Rachel, qui est venue nous rencontrer. Comme toute sa famille, cette femme est consternée par l'arrogance de la loi, par l'insouciance du geste, par cette mort qui aurait facilement pu être évitée.

Éviter la mort, éviter l'hôpital, c'est avant tout se poser la question de savoir ce que nous souhaitons.

Vivre seul ou vivre en société?

La guerre des clans

Ce début de saison du cyclisme urbain, marquée par plusieurs « accidents » graves, reçoit un traitement médiatique et public particulièrement empreint de cynisme.

Lorsque l'on parle de « cohabitation », il semble nécessaire de rajouter cette drôle d'appellation : « autos-vélos ». Lorsque l'on parle de la mort d'une personne sous un viaduc, il faut aussitôt traiter le sujet des angles morts des véhicules hors normes. Lorsqu'un cycliste se fait agresser par deux jeunes adultes pour avoir cherché à sensibiliser leur mère de sa conduite particulièrement dangereuse, les policiers se sentent redevables et encouragent la responsable à rentrer chez elle. « Pas de blessures, rien sur le bicycle ? Alors, pourquoi s'alarmer ? » relate la victime de cette agression. Une jeune fille de 11 ans rentre chez elle en vélo après l'école dans un quartier résidentiel ? « J't'avais pas vu », dit le chauffard, ayant allègrement oublié l'arrêt exigé à l'intersection. Une jeune femme se fait rentrer dedans par un patrouilleur qui écrase son vélo ? Rien. Pas de remise en question. Pas d'excuses.

La liste est longue, pas de place pour la continuer...

Récemment, les pouvoirs publics ont pris des mesures d'urgence fort appréciables et fort appréciées.

Dans la plupart des cas, il est possible d'utiliser en vélo les trottoirs qui passent sous ces « tunnels de la mort ».

Possible. Il n'y a là aucune obligation, fort heureusement!

Devrait-on obliger les cyclistes à circuler sur un trottoir? Devrait-on remettre en question le droit pour tous les usagers de bénéficier des infrastructures qui sont en place et auxquelles ils participent allègrement? Devrait-on imaginer vivre dans une société dont le message serait : « Plutôt que de faire en sorte que tous les usagers reçoivent le même bénéfice du bien public, nous préférons en exclure quelques-uns, et ainsi éviter d'avoir à repenser l'aménagement de ce bien collectif afin de mettre en place une réelle cohabitation » ? C'est pourtant ainsi que certains médias s'expriment lorsqu'ils s'étonnent du fait que peu de cyclistes circulent sur les trottoirs « partageables ».

La victime ne portait pas de casque

Encore une belle information! Une autre belle manière d'éviter la mise en cause du « gros ». C'est de sa faute si le (ou la) cycliste est mort(e)! Certain que le casque l'aurait empêché de se faire rouler dessus. Évidemment que le casque aurait lui aurait permis d'être plus « visible ». « Avec un casque, j't'aurai vu! », va-t-on bientôt entendre. Pourtant, lorsque plusieurs piétons meurent en chaîne, happés par des camions, aux coins de rue, sans casque, le résultat est le même. Court texte, on attend l'enquête, mais on se demande d'abord si ces « maudits pas d'gaz » étaient à leur place.

Une ouverture de porte intempestive et non diligente, des arrêts non respectés, des aveugles au volant. De l'autre côté, un service de police qui regarde, mais n'agit pas. Un service de police qui croit que discrétion veut dire « je fais ce que je veux ». Un service de police où l'on tolère des comportements criminels, où l'on accepte l'agression, où l'on encourage alors cette forme de ségrégation. Enfin, et pour faire en sorte que la mayonnaise prenne, un système médiatique où l'information est traitée sous un angle ou sous l'autre. « La victime ne portait pas de casque », c'est sa faute. « Il faut repenser nos lois et protéger le plus faible », c'est la faute au législateur, aux policiers, aux « ferraillés », aux autres, dans tous les cas.

Choisis ton clan, camarade!

Nous ne sommes pas des « usagers de la route », nous ne sommes pas les « propriétaires du bien public », nous n'en jouissons pas. Nous sommes « les vélos », « les autos », « les camions », ou « les piétons ». Les pouvoirs publics ne sont pas des administrateurs; ils sont les « chefs », ceux qui doivent nous dire quoi faire, comment vivre, choisir, rouler. Les policiers ne sont pas des protecteurs ; ils sont juges et bourreaux à la fois. Les auteurs médiatiques ne sont pas journalistes, mais deviennent des délateurs, des influenceurs, des « columnistes ».

Quelle drôle d'organisation, vous ne trouvez pas?

« L'Homme est un animal politique », dit-on. « [...] C'est le caractère propre à l'Homme par rapport aux autres animaux, d'être le seul à avoir le sentiment du bien et du mal, du juste et de l'injuste, et des autres notions morales, et c'est la communauté de ces sentiments qui engendre famille et cité », Aristote (330 av. J-C.), La Politique (Traduction Jean Tricot), (mes italiques).

Marc-André Fontaine est mort par la faute d'une autre personne. Marc-André Fontaine est mort parce qu'une personne a posé un geste sans imaginer qu'un autre pouvait se trouver proche. Marc-André Fontaine est mort parce qu'une personne a commis un acte hors normes et pourtant actuellement accepté par notre société, un acte cependant exclu de cette communauté de sentiments. Et c'est pourtant toute sa famille qui en souffre, c'est toute la cité qui est atteinte.

Voulez-vous continuer ainsi ou bien forger famille et cité?

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