LES BLOGUES

<em>God Save Justin Trudeau</em>: phénomène de la politique spectacle

22/11/2014 09:12 EST | Actualisé 22/01/2015 05:12 EST

Trame sonore captivante, montage insidieux, images satiriques sous le couvert de l'information et de la politique spectacle, le documentaire God Save Justin Trudeau d'Éric Ruel et Guylaine Maroist propose une lecture différente et éclairée sur ce fameux combat de boxe qui opposa le député libéral de Papineau, Justin Trudeau au sénateur conservateur, Patrick Brazeau.

2014-11-21-safe_image.jpg

Les images sont fortes, mais c'est vraiment l'introduction du documentaire qui nous tient sur le bout de notre chaise. 31 mars 2012, nous sommes que quelques heures avant la présentation du fameux combat, les deux pugilistes sont fébriles. On voit l'importance du combat lorsque le premier ministre, Stephen Harper lui-même contacte Patrick Brazeau par téléphone pour lui faire savoir qu'il l'appuie et lui souhaitant du même coup bonne chance pour la suite. On voit Trudeau fils, avec sa confiance démesurée, chuchoter à l'oreille de sa conjointe Sophie Grégoire que tel un Dieu, on l'a mis sur cette planète pour réaliser cet exploit et celle-ci de rétorquer tout simplement « Sois humble! ».

Ça y est, le public est déjà conquis, on voit les deux pugilistes monter sur le ring et soudain, on nous ramène 3 mois plus tôt. On assiste alors à ce crescendo télévisuel délesté de tout projet politique pour se concentrer sur cette métaphore burlesque de l'arène politique.

À l'ère de la personnalisation de nos leaders politiques, il semble on ne peut plus primordial de mettre en perspective l'apport important qu'ont les médias quant à la vedettisation et au cadrage sportif entourant la politique. On parle souvent, tel que mentionné précédemment, de cette arène politique : le documentaire God Save Justin Trudeau nous éclaire quant à ce phénomène. La plupart du temps, on décrit le paysage politique comme une métaphore sportive.

Fiers de nos origines vouant un culte au bleu-blanc-rouge, la politique nous apparaît à tort et à travers comme un lieu où nous-mêmes l'intériorisons comme une image sportive : « marquer des points », « compter un but », « être à l'offensive / sur la défensive », etc. Même lorsqu'il s'agit de projets de lois ou encore de politiques publiques à présenter aux citoyens, on parle de « ballon d'essai ». Bref, une multitude d'images afin de simplifier, voire infantiliser un électorat de plus en plus indécis : des cadrages de journalistes afin de nous conforter dans cette information qui doit être avant tout du divertissement.

Bref, le documentaire God Save Justin Trudeau est un événement incontournable de l'actualité canadienne et québécoise cet automne. Que vous aimiez ou non Justin Trudeau, le documentaire d'Éric Ruel et Guylaine Maroist ne laisse personne indifférent. La thèse de celui-ci porte à réflexion : Justin Trudeau sort gagnant du combat et devient chef du Parti libéral du Canada. Quant à son opposant, Patrick Brazeau connut un sort différent pour la suite des choses : exclusion du caucus sénatorial conservateur pour ses multiples bévues.

À la fin du documentaire, je n'ai cessé de me demander depuis, s'il eut été d'une défaite de ce combat pour Justin Trudeau, aurait-il pu se porter en victime face à cette défaite et gagner le cœur de l'électorat par une certaine forme de pitié? Le nom qu'il porte en héritage l'aurait aidé, on peut le penser certainement. D'ailleurs, j'ose imaginer qu'il avait préparé un discours advenant le cas d'une défaite.

À VOIR AUSSI

Justin Trudeau au fil des années

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter